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Littérature / Entretien

«Le Terroriste noir» de Tierno Monénembo : «Je suis là pour raconter une histoire»

Tierno Monenembo, écrivain guinéen, prix Renaudot 2008
Tierno Monenembo, écrivain guinéen, prix Renaudot 2008 AFP/STR

Le Terroriste noir, c’est comme cela que les Allemands appelaient Mamadou Hady Bah, un tirailleur guinéen devenu héros de la Résistance française. C’est l’histoire d’un soldat du 12e régiment de tirailleurs sénégalais pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par les Allemands sur la Meuse en 1940 et il s’évade avec une quarantaine de ses compagnons. Il se réfugie dans un village des Vosges et va devenir en 1942 le chef, et même celui qui va créer le premier maquis de la région. Le prix Renaudot 2008, Tierno Monénembo, nous raconte son histoire.

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Comment est-ce que vous avez été amené à vous intéresser au Terroriste noir ?

Tout à fait par hasard. J’ai découvert Hady Bah pour la première fois dans les colonnes d’un journal, qui a totalement disparu, une revue qui s’appelait à l’époque L’Evénement du jeudi. C’est la première fois que j’apprenais quelque chose sur ce personnage. Donc, je ne savais rien. C’est quand même un héros méconnu, aussi bien ici en France qu’en Guinée. Et puis, de fil en aiguille, je me suis mis à m’y intéresser. Je me suis aussi rendu compte, après avoir écrit Le Roi de Kahel, qu’il complétait un peu Olivier de Sanderval [aventurier et explorateur français de l’Afrique de l’Ouest, ndlr]. Ce sont des personnages qui se rencontrent, qui se croisent, qui sont complémentaires. L’un quitte le monde des Blancs, la France, pour aller se mêler à  l’histoire des Africains, et l’autre c’est l’inverse : il quitte l’Afrique pour venir se mêler à l’histoire des Blancs en France.

Vous êtes un habitué des romans historiques qui revisitent un peu les grands destins, en particulier les grands destins africains. C’est un roman ou est-ce un document historique ?

Ah ! C’est un roman. C’est une fiction. Vous savez, moi je suis un romancier. Je ne suis pas un scientifique. Enfin je suis scientifique de formation, mais je ne suis pas un historien au sens scientifique du terme. Je ne suis pas là pour vérifier objectivement les faits. Je suis là pour raconter une histoire. Mais c’est vrai que, en l’occurrence, pour raconter une histoire, quand même on s’inspire des documents. On s’inspire des réalités, des archives en quelque sorte.

Les traits de caractère d’Hady Bah, correspondent-ils au personnage réel ?

Je pense que oui. J’ai voulu au maximum que le fil historique soit maintenu et en même temps, je tenais à restituer autant que possible la personnalité d’Hady Bah, aussi bien la personnalité physique que la personnalité psychologique.
 
Vous avez raconté l’épopée des Peuls dans un livre précédent, Les Peuls, en 2004. Qu’est-ce qu’il y a de peul dans votre écriture ?

Je ne sais pas vraiment. Je sais qu’on naît toujours quelque part et qu’on naît au monde avec un héritage conscient ou inconscient, que la part peule de ma culture, de mon éducation, je sais qu’elle est énorme, qu’elle est immense mais je ne sais pas la mesurer. Est-ce que ma part peule, est-ce que ma part musulmane, est-ce que ma part française sont égales ou il y a une différence ? Je n’en sais rien. Mais je sais que je suis Peul, je suis né dans une atmosphère culturelle peule et évidemment, tout ce que j’écris s’en ressent.

Hady Bah, « le Terroriste noir », aussi est Peul. Ce n’est pas un hasard ?

C’est presque un hasard. Quand j’ai découvert pour la première fois qu’un tirailleur sénégalais, guinéen en l’occurrence, avait été résistant, ce n’est pas quelque chose de courant. C’est pratiquement à ma connaissance l’unique tirailleur sénégalais à avoir été chef de maquis de la résistance. Voici l’originalité de ce récit et c’est certainement le point qui m’a attiré vers ce personnage.

Ce livre est à la fois une conversation et un monologue. La narratrice s’appelle Germaine Tergoresse. Elle reçoit le neveu d’Hady Bah. On est le jour de l’inauguration d’une rue et d’une plaque à sa mémoire dans le village. Elle lui raconte donc l’histoire de son oncle. Cette conversation, et à travers elle ce livre, il est d’abord adressé aux Africains, aux descendants des tirailleurs sénégalais ?

Il est adressé à tout ceux qui voudraient lire le livre, pas seulement aux Africains puisque l’histoire est aussi l’histoire d’un village des Vosges. Ce n’est pas seulement l’histoire d’Hady Bah. J’ai restitué le contexte social dans lequel Hady Bah a évolué en créant ce maquis des Vosges. Le monologue de cette vieille femme, Germaine Tergoresse, est sur deux tons : vous avez le monologue complètement intérieur où en quelque sorte Germaine Tergoresse se parle à elle-même et à ce moment là elle règle des comptes avec son propre passé ; et à certains moment elle s’adresse au neveu d’Hady Bah et ce moment-là, elle parle plutôt du village et donc évidemment de l’histoire d’Hady Bah.

Quand vous décrivez ce village des Vosges, on a parfois l’impression que vous parlez presque d’un village africain ?

C’est vrai. Tous les villages du monde se ressemblent plus ou moins. Ce sont des villages faits de proximité, faits de routine, faits aussi d’un parler local, d’une tradition orale.
 

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Tierno Monénembo : Le Terroriste noir, éditions du Seuil.

 

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