FRANCE

Loi sur le mariage homosexuel: des maires organisent la fronde

Le projet de loi sur le mariage homosexuel sera présenté en Conseil des ministres le 31 octobre.
Le projet de loi sur le mariage homosexuel sera présenté en Conseil des ministres le 31 octobre. DR

Le Conseil des ministres examinera le 31 octobre un projet de loi ouvrant le droit au mariage homosexuel en France, a annoncé mercredi 11 octobre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il passe outre l'opposition de certains élus locaux, notamment des maires qui affirment qu'ils refuseront de les célébrer.

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Elle devait passer sans le moindre heurt, la loi sur le mariage gay, autrement dit « le mariage et l'adoption pour tous » présentée mercredi par le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault. Dans plusieurs sondages, deux tiers des Français ont approuvé le mariage homosexuel.

Or, une fronde de maires est en train de s'organiser. L’un des instigateurs est Franck Meyer, maire Nouveau centre de Sotteville-sous-le-Val, une petite commune de Seine-Maritime, qui a déjà de l'expérience en la matière. Suite au mariage gay célébré en 2004 par Noël Mamère à Bègles, Franck Meyer avait lancé le « Collectif des maires pour l'enfance ».

Le « Collectif des maires pour l'enfance » est de retour

Aujourd'hui, Franck Meyer relance ce collectif, qui avait mobilisé 12 500 élus à l'époque et qui part du principe que, selon le maire Nouveau centre, « le mariage est l’union d’un homme et d’une femme et doit le rester ».

Le maire de Sotteville-sous-le-Val dit penser surtout aux enfants lorsqu'il dit non au mariage homosexuel : « Nous pensons que d’avoir un père et une mère, ce sont des repères fondamentaux pour la construction de la personnalité. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de bien regarder les choses avec la hauteur de vue nécessaire sur ce sujet. Il n’y a pas de hauteur de vue quand il n’y a pas de consultation. Nous, les officiers d’état civil, souhaitons nous exprimer. »

La droite et l’extrême droite se mobilisent

De nombreux maires de droite ont fait part de leur hostilité envers le mariage homosexuel. Ainsi, Jean-Jacques Descamps, maire UMP de Loches en Indre-et-Loire, dit être prêt à refuser de marier des homosexuels qui se présenteraient à la mairie. Pour lui « c’est une question plus grave qu’une simple décision sur l’égalité des sexes ». Et Xavier Lemoine, maire et membre du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, réclame une « clause de conscience » pour les élus « comme cela existe chez les médecins pour l'IVG ». Lui-même ne célébrera pas de telles unions, au risque de « poursuites pénales », a-t-il prévenu.

Quant au député-maire d'Orange Jacques Bompard (Ligue du Sud, extrême droite), il a lancé le 21 septembre une pétition contre le mariage homosexuel que plus de 1 400 maires ont signé en trois semaines.

Des propos d’une rare violence

François Lebel, maire UMP du VIIIe arrondissement de Paris, est allé jusqu’à affirmer dans l’éditorial d’un journal d’information municipale que la légalisation du mariage homosexuel pourrait ouvrir la porte à « la polygamie, l’inceste et la pédophilie ». « Si le tabou immémorial du mariage hétérosexuel vient à sauter, qui et quoi s’opposera désormais à ce que d’autres tabous le concernant, bien moins anciens, bien moins universels, ne tombent à leur tour ? », demande François Lebel, qui annonce que lui-même ne procédera « personnellement, à aucun mariage de cette nature ».

Immédiatement critiqués par la gauche, les propos du maire UMP ont été également dénoncés dans sa propre famille politique. Ainsi, François Fillon a condamné dans un tweet des propos « qui n'ont pas leur place dans le débat ».

Les réactions à gauche

A gauche, de rares maires se déclarent contre le mariage homosexuel. « Entre obéir à Dieu et obéir aux hommes, mon choix est fait », a dit Raymond Occolier, maire PS de Vauclin, en Martinique. Et Bernard Poignant, maire PS de Quimper estime qu’« un enfant se construit dans l’altérité des deux genres, un père et une mère ».

En dehors de ces voix dissidentes, la gauche organise la contre-offensive. « Je tiens à rassurer nos compatriotes qui attendent la loi sur le mariage pour les couples de même sexe : ils trouveront toujours un élu de la République pour unir deux personnes qui s'aiment », souligne ainsi le sénateur-maire PS d'Alfortville, Luc Carvounas.

Le maire Parti radical de gauche de Carrières-sous-Poissy, Eddie Aït, lance « un appel à la majorité silencieuse des maires qui, demain, célébreront les mariages de couples de même sexe, de la même façon qu'ils le font aujourd'hui pour les couples hétérosexuels », les invitant « à se rassembler pour proclamer fermement leur engagement à respecter les principes démocratiques ».

Les homosexuels redoutent une loi a minima

Les homosexuels, eux, considèrent que le projet de loi ne va pas assez loin. Ils regrettent que certaines questions ne soient pas réglées : « Si le texte n’aborde pas l’AMP (l’accès à l’assistance médicale à la procréation) ou les questions de filiation, on ne résoudra pas les problèmes de nombreuses familles », a notamment déclaré Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans).

Le projet de loi sur «le mariage et l'adoption pour tous» sera présenté en Conseil des ministres le 31 octobre.

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