France/ Suisse/Trafic

Blanchiment d’argent ou fraude fiscale, une élue parisienne dans la nasse

Les policiers ont saisi en France et en Suisse près de deux millions d'euros en liquide.
Les policiers ont saisi en France et en Suisse près de deux millions d'euros en liquide. youtube.com

L’affaire de blanchiment d’argent de la drogue qui vaut à dix-sept personnes, dont une élue parisienne d’Europe Ecologie-Les Verts une mise en examen, est hors norme. A la fois par l’ampleur du trafic de stupéfiants entre la France et la Suisse, mis au jour le 10 octobre, et par les personnalités impliquées parmi lesquelles Florence Lamblin élue du XIIIe qui a depuis démissionné de ses fonctions.

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C’est une gigantesque machine à laver d’un type bien particulier qu’a découvert l’Office central de répression du trafic de stupéfiants. Pour les limiers de l’« anti-stup », l’enquête démarre en février 2012 au moment où ils repèrent un go fast, ainsi qu’on appelle les voitures puissantes chargées de transporter de la drogue depuis le Maroc, via l’Espagne jusqu’en France, dans la banlieue parisienne.

Huit mois plus tard, les enquêteurs sont parvenus à dérouler la pelote cachant à la fois un important trafic de drogue et un réseau de blanchiment d’argent entre la France et la Suisse. Sous le nom de code de « Virus », l’opération parvient à remonter la filière du blanchiment de l’argent provenant du trafic de drogue qui aboutit à l’interpellation de dix-sept personnes en France et trois en Suisse. Au total, neuf personnes dont deux en Suisse, dorment derrière les barreaux depuis vendredi dernier, 12 octobre 2012.

40 millions en quelques mois

Le coup de filet est d’importance puisque, selon l’Agence France-Presse, au cours des cinq derniers mois, le réseau aurait blanchi quelque 40 millions d’euros. Parmi les dix-sept personnes impliquées dans l’affaire, figure une élue locale, maire adjointe du XIIIe arrondissement de Paris : Florence Lamblin. Elle a aussitôt démissionné de ses fonctions.

Les policiers ont en effet découvert au domicile de l'élue, et dans des coffres lui appartenant, la somme de 350 000 euros en liquide. Selon son avocat, Maître Jérôme Boursican, « cet argent provient d’un héritage familial qui était placé sur un compte suisse depuis les années 1920 ». Madame Lamblin serait, de ce fait, tout juste passible de fraude fiscale, soutient Me Boursican. Cela n’est pas du tout l’avis du juge d’instruction chargé du dossier qui a mis en examen Florence Lamblin pour « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs » et qui lui a également imposé une caution de 80 000 euros.        

Florence Lamblin se serait fait piéger en prenant contact avec une « personne de confiance » qui se serait chargée de rapatrier en France les 350 000 euros de son arrière-grand-père qui dormaient sur un compte suisse depuis des décennies. Une opération tentante parce qu’en procédant ainsi, elle échappait évidemment à tout prélèvement fiscal… Le secret de cette filière était partagé par quelques personnes tout aussi soucieuses que l’élue de se soustraire aux indiscrétions de l’inspecteur des impôts du quartier.

Un circuit financier complexe

C’est en combinant une approche financière et criminelle que les enquêteurs sont parvenus à faire le lien entre le trafic de cannabis et le blanchiment de l’argent. Tout repose, ont-ils découvert, sur trois frères suisses d’origine marocaine, les El-Maleh qui opéraient en France et en Suisse et qui sont aujourd'hui tous les trois écroués. D’un côté, on récupérait l’argent de la vente du cannabis, de l’autre, à Genève en l’occurrence, on injectait l’argent « sale » dans un circuit financier complexe passant par Marrakech, Dubai, Londres, Madrid, Panama, où il était « recyclé ».

Une petite affaire rondement menée puisqu’elle a permis en un an de blanchir 100 millions d’euros. Une fois le circuit effectué, l’argent revenait en France où il était distribué à des notables qui pouvaient ainsi récupérer, moyennant une commission de 8%, de l’argent mis à l’abri du fisc sur des comptes hors de l’Hexagone. Outre Florence Lamblin, on compte parmi les personnes placées sous contrôle judiciaire, un avocat, un dentiste, un marchand d’art, un ingénieur du son, un entrepreneur et deux chefs d'entreprise qui auraient donc bénéficié du système.

Au cours des perquisitions menées tant chez les trafiquants que chez leurs « obligés » les 115 policiers mobilisés pour l’opération « Virus » ont saisi en France plus d’un million d’euros, des lingots d’or, des pistolets automatiques, des gilets pare-balles, sans oublier des machine à compter les billets. Côté Suisse, la récolte s’est avérée également fructueuse avec l’équivalent de 800 000 euros en liquide, 160 montres de collection d’une valeur de 2 à 3 millions de francs suisses (entre 1,6 et 2,5 millions d'euros) ainsi qu’une importante quantité de bijoux de grand prix.

  

 

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