Cinéma

«César doit mourir» des frères Taviani: «C'est tout vrai et tout faux»

« César doit mourir » des frères Vittorio et Paolo Taviani.
« César doit mourir » des frères Vittorio et Paolo Taviani. Bellissima Films

César doit mourir, le film qui a remporté l'Ours d'or au dernier festival de Berlin est sorti en salle en France. C’est une adaptation un peu particulière de la tragédie de William Shakespeare par les frères Vittorio et Paolo Taviani. L’histoire se déroule en prison et est interprétée par les prisonniers.

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Le film commence par la fin : Brutus, avec d'autres sénateurs, vient de tuer son père adoptif César. La tragédie de Shakespeare s'achève ainsi, mais quelle meilleure introduction au film des frères Taviani, qui montre de dangereux détenus, des meurtriers dans la vie réelle, interprétant cette pièce en prison.

« Je vais raconter d’abord une scène, explique Vittorio Taviani. Celle où Marc Antoine - pour accuser Brutus -dit : ‘Brutus, tu es un homme d’honneur. Brutus, tu es un homme d’honneur’. Il le répète quatre fois. Effectivement, cette appellation d’homme d’honneur est l’appellation que revendiquent les membres de la mafia, de la camorra, dont font partie les détenus qui sont dans ce quartier de haute sécurité. Il y a aussi tous ces thèmes du crime, de la conjuration, de l’amitié trahie qui ramènent un ensemble de choses qui sont connues avant d’être incarcéré. » 

Un quartier de haute sécurité

César doit mourir n'est pas tant la captation d'une pièce de théâtre qu'un documentaire fascinant, au noir et blanc très stylisé, sur la tragédie de l'enfermement de ces hommes dans un quartier de haute sécurité. « C’est à la fois tout vrai et tout faux, avance Paolo Taviani. Nous avons tourné en prison, nous avons entendu beaucoup d’histoires. Par exemple la scène de deux prisonniers qui sont sur le bord d’en venir aux mains. Ce ne sont pas des scènes qu’on a filmé véritablement au moment-même, mais par contre ce sont des révocations de scènes qu’on nous a raconté etc. qu’on a demandé aux détenus de rejouer d’une certaine manière. Ensuite nous les avons données aux détenus pour qu’ils reprennent ces mots et les approprient, pour qu’ils les changent, qu’ils les mettent dans leur dialecte, mais aussi qu’ils les adaptent. Donc, je le répète, c’est à la fois tout vrai et tout faux. »

En plus de 50 ans de carrière, les frères Vittorio et Paolo Taviani, respectivement 83 et 81 ans, ont remporté la Palme d'or à Cannes, un Lion d'or à Venise. Mais cet Ours d'or décroché cette année à Berlin pour César doit mourir a, pour Vittorio Taviani, une importance particulière. « Depuis longtemps, quand on fait un film, on reste hors concours, parce qu’on veut laisser la place aux plus jeunes. Mais cette fois, pour nous, c’était important d’aller en concours à Berlin, parce qu’on voulait que les visages, les voix de nos prisonniers soient vus. Grâce à ce prix, leurs visages, leurs voix, leurs existences seront rappelés. »

Des détenus qui, en prison, se sont découvert une vocation. Certains des ces incroyables comédiens sont même devenus acteurs professionnels.

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