Littérature / Prix Décembre

Mathieu Riboulet Prix Décembre: le KO littéraire contre Christine Angot

Mathieu Riboulet a reçu le prix Décembre 2012 pour « Les Œuvres de miséricorde ».
Mathieu Riboulet a reçu le prix Décembre 2012 pour « Les Œuvres de miséricorde ». Sophie Bassouls

Après un combat inédit, c’est l’écrivain français Mathieu Riboulet qui a reçu ce jeudi 8 novembre le prix Décembre, doté de 30 000 euros. Son roman Les Œuvres de miséricorde, qui interroge l’héritage des guerres entre la France et l’Allemagne, a finalement triomphé sur le favori Une semaine de vacances de Christine Angot.

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Le combat littéraire s’est décidé à la fin du troisième tour. A ce moment, chacun des deux romans Les Œuvres de miséricorde et Une semaine de vacances avait réunit six voix. Charles Dantzig, le président du jury, propose alors un quatrième tour auquel les membres du jury refusent de participer. Au lieu de couronner les deux candidats ex-æquo, comme c’était le cas l’année dernière avec Jean-Christophe Bailly et Olivier Fribourg, Dantzig s’impose en faisant prévaloir sa double voix de président, dont il dispose le cas échant, en faveur de Mathieu Riboulet.

Les adeptes de scènes fortes trouveront dans les deux livres de la matière pour assouvir leur désir littéraire. Contrairement à Christine Angot dont le roman avait suscité beaucoup de polémiques par rapport à son sujet de prédilection, l’inceste, le texte de Mathieu Riboulet avait trouvé jusque-là qu’un public confidentiel.

Un écrivain de désir

Né en 1960 en région parisienne, Mathieu Riboulet a fait des études de lettres modernes et de cinéma à Paris avant de réaliser plusieurs films en autoproduction. Certaines scènes de violences à la fin de son livre sont directement inspirées par les œuvres de Pasolini et Fassbinder. Selon l’éditeur, Les Œuvres de miséricorde permet de « suivre l’Histoire à la trace sur des corps d’hommes allemands ».

Ni récit, ni essai, le texte de cet écrivain de désir navigue entre les commandements moraux affichés par l’Eglise sous l’appellation « Œuvres de miséricorde » et l’imperfection des hommes, entre le tableau des Sept Œuvres de miséricorde de Caravage et la violence inouïe de l’humanité, entre « le Corps Allemand, majuscules à l’appui » et des amants éphémères entre Cologne et Berlin.

Donner corps à l'histoire

L’enjeu consiste pour Riboulet à donner corps à l’histoire. Explorer à travers de son corps et à travers des corps des autres ces trois guerres de 1870, 1914 et 1939 qui ont ravagé la France et tué des membres de sa famille. Chez l'écrivain, la réconciliation se fait à travers des corps allemands, en l’occurrence des homosexuels allemands : il y a le corps d’Andreas qui évoque chez lui le bourreau chez Caravage, le corps de Dieter, qui aurait plus trait à saint Jean, ou le corps de Tajdîn, un étudiant d’origine kurde qui se prostitue à Berlin.

Selon le président du jury Charles Dantzig, le livre de Mathieu Riboulet « nous rappelle, mauvais chrétiens que nous sommes, que ce sont les sept impératifs moraux qui, si on les remplit, nous aideront à l’heure du Jugement dernier ».

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Les Œuvres de miséricorde, de Mathieu Riboulet, éditions Verdier, 160 pages, 14 euros.

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