Culture / Table ronde

Le Forum d’Avignon 2012 (2) : quels modèles économiques pour la culture ?

Le Forum d'Avignon, du 15 au 17 novembre : "Culture : les raisons d'espérer".
Le Forum d'Avignon, du 15 au 17 novembre : "Culture : les raisons d'espérer". forum-avignon.org

Le Forum d’Avignon est un espace international de rencontres autour des relations pas toujours jours très simples, entre le monde de l’économie et celui de la culture. Du 15 au 17 novembre on y a parlé de modèle économique, d’innovation, d’attractivité des territoires, mais aussi de diversité culturelle. Dans cette seconde partie de notre table ronde, on va parler argent, financement et modèle économique. Entretien avec le violoniste Renaud Capuçon, Martine Tridde-Mazloum, déléguée générale de la fondation BNP Paribas, et l’économiste Françoise Benhamou, spécialisée dans l’économie de la culture.

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Est-ce que la crise économique actuelle pèse douloureusement sur le monde de la culture ?

Françoise Benhamou : Oui bien sûr ! Et cela à divers titres. D’abord, elle pèse sur les entreprises de la culture, à la fois dans leur activité quotidienne, et aussi pour trouver des financements. Elle pèse du côté des finances publiques de l’Etat. Et on a vu une réduction des budgets, une réduction qui est légère mais qui est quand même significative du budget de l’Etat consacré à la culture. Elle pèse du côté des collectivités territoriales, qui sont des gros financeurs de la culture et qui ont à faire face à beaucoup de contraintes, soit du côté d’emprunts qu’elles doivent rembourser, soit aussi du côté de nouvelles fonctions qu’elles doivent assumer, et notamment face à la pauvreté, par exemple.

A votre niveau, sentez-vous la différence ?

Renaud Capuçon : On la sent assez clairement. Sur le plan international vraiment clairement. Par exemple, il y a des crises extrêmement importantes en Amérique. Vous savez que les orchestres américains ne sont pas du tout financés par l’Etat ou par les régions, comme c’est le cas chez nous. Ils sont financés par des mécènes, et il y a des vraies crises, avec des orchestres qui ferment, des orchestres qui mettent la clé sous la porte, ou des musiciens qui sont au chômage. Donc, il y a une vraie problématique de ce côté-là.
En Europe, on a des problèmes aussi, par rapport aux mécènes qui financent le festival, qui se retirent. On a des budgets qui se réduisent. Donc, tout d’un coup, un festival qui a eu 50 000 euros de subventions d’une région ou d’un département, on va lui dire, eh bien, l’année prochaine vous aurez 5 000 euros. Qu’est-ce que vous faites avec ça ? C’est une vraie problématique et qu’il ne s’agit pas d’être Cassandre, mais je pense qu’il faut faire attention à ce que l’on fait au point de vue des dépenses, je pense.

Françoise Benhamou : Oui, on peut d’ailleurs mentionner le cas de l’Italie aussi, où l’effort public s’est effondré en faveur de la culture. Et ça, ça veut dire des moments très difficiles pour tous les acteurs de la culture en Italie.
 
En tant que mécène, avez-vous été amenée à réduire vos financements ?

Martine Tridde-Mazloum : Il n’y a pas eu réduction des financements. En revanche, ce qu’il y a eu c’est une montée en puissance des soutiens accordés à des causes sociales et d’éducation, mais sans que ça se fasse au détriment du soutien à des programmes culturels ou à des projets culturels ou artistiques. Je pense, je crains d’ailleurs, que nous soyons l’exception ou l’une des exceptions, dans ce milieu-là.  La fondation BNP Paribas est une fondation qui a été créée il y a une trentaine d’années. Je pense que la durée d’un engagement, la conviction d’un engagement, joue beaucoup dans ces moments de crise. Une fois encore, il n’y a eu aucun désengagement de notre part.

Le nombre de gens qui nous expliquent que le secteur culturel est un vrai investissement d’avenir pour la Nation, et donc, qu’il ne faut pas réduire ces dépenses-là. Est-ce que ces gens-là nous racontent des histoires pour avoir des sous ou est-ce qu’ils ont raison ?

Françoise Benhamou : Ils ont raison jusqu’à un certain point. C'est-à-dire que la culture participe à la vie économique, elle est un élément de la vie économique. C’est vrai qu’elle attire. Si vous voulez créer, par exemple dans une ville, installer un siège social, c’est vrai que s’il n’y a pas d’offre culturelle, c’est très difficile. Il y a plein d’éléments de ce point de vue-là. Le tourisme culturel, bien entendu, apporte des revenus à la France. En même temps, je ne crois pas qu’il faille justifier l’argent qu’on met dans la culture et même l’argent public, par, simplement l’apport économique de la culture, parce que ça va bien au-delà, l’apport de la culture, c’est aussi ça : la formation, l’éducation, le patrimoine, le vivre ensemble, la cohésion, et tout simplement aussi la création.

La création, est-ce qu’elle a souffert de la crise ? Est-ce qu’on crée moins ou est-ce qu’on crée moins cher dans les orchestres, par exemple ?

Renaud Capuçon : Je ne suis pas moi-même responsable économique. Je suis un violoniste. Il se trouve que je dirige depuis un certain temps le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence qu’on vient de créer avec l’aide du Crédit Mutuel-CIC. C’est une banque qui investit énormément dans la culture. Ce n’est quand même pas si fréquent.

L’envergure des projets auxquels vous pouvez participer, a-t-elle souffert ?

Renaud Capuçon : Oui, on sent une certaine prudence. Un projet qui serait passé extrêmement facilement il y a cinq ans, je le vois dans les projets que je propose moi-même, qui ne sont pas des choses qui coûtent très cher. Mais une intégrale des sonates de Beethoven, ou plusieurs concerts consacrés à un cycle de Brahms ou de Schubert, on va me répondre : il faut qu’on voie, on va réfléchir. Alors qu’il y a quatre ou cinq ans c’était un oui absolument systématique.

 

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