Culture / Etude / Entretien

La France, leader de la création culturelle et artistique

Le concept de "Nation Goodwill" : évaluer le capital immatériel d'une nation auprès de leaders économiques et d'opinion internationaux.
Le concept de "Nation Goodwill" : évaluer le capital immatériel d'une nation auprès de leaders économiques et d'opinion internationaux. DR

Disposer d'une image positive, c’est une question cruciale pour chaque pays dans la compétition mondiale d’aujourd’hui. L’étude Nation Goodwill Observer*, publiée ce mercredi 21 novembre à Paris, est une première mondiale : évaluer et comparer 26 pays parmi les plus importants du monde concernant l’impact et l’image des valeurs et du capital immatériels. Selon le palmarès, la France se situe à la 7e place concernant l’image « instantanée » des pays. Par contre, sa 19e place dans l’image « projetée » annonce un avenir très sombre. L’enquête, réalisée par l’institut Harris Interactive auprès de 1 000 leaders économiques et d’opinion internationaux, révèle néanmoins un atout majeur de la France : l'image de sa créativité culturelle et artistique est inégalée au niveau mondial. Entretien avec l’un des concepteurs de l’étude, Denis Gancel, président de l’agence W&Cie et cofondateur de Havas Design+.

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Stéphane Rozès, président de CAP

L’étude montre une France « fragilisée », un déclassement par rapport à l’économie et la mondialisation. Quels sont les atouts de la France qui permettent de décrocher la première place dans la catégorie Création culturelle et artistique ?

Nous avons interrogé les leaders d’opinions et les décideurs économiques dans le monde entier. Ce n’est pas la France qui s’est jugée elle-même, mais les décideurs des autres pays. Le résultat conforte un point important : la France est le premier pays en termes de gisements immatériels. Le moment où la France prendra conscience de ce gisement considérable qui est aujourd’hui sous-exploité pour des tas de raisons, alors la France pourra tirer son épingle de jeu dans la mondialisation.

Les leaders et décideurs interrogés ont-ils précisé de quels facteurs culturels et artistiques il s’agit ?

Le capital immatériel est constitué d’un ensemble de facteurs. Bien entendu, il y a le potentiel artistique, architectural, l’histoire ancestrale de notre pays, mais aussi l’innovation, la capacité à être « en dehors de la boîte » et d’arriver à valoriser tout ce patrimoine culturel. Enfin un autre critère fondamental : l’éducation, la capacité d’accueillir des étudiants étrangers et d’envoyer nos propres étudiants dans les universités du monde entier.
 

CLIQUER Image instantanée

Dans l’image « instantanée », basée sur la performance économique et l’innovation, la France se situe au 7e rang, mais, avec une 19e place, elle décroche totalement dans l’image « projetée », fondée sur capacité supposée à se projeter dans la mondialisation. Quel rôle peut jouer la créativité culturelle et artistique pour remonter la pente dans cette catégorie ?
 

Gilles Deléris, directeur de la création et fondateur de l’agence W&Cie

Nous sommes à un moment crucial, à un moment où la France a encore une bonne image instantanée, mais quand on projette cette image, la France décroche. Aujourd’hui est le moment de pousser un cri d’alarme en disant qu’il y a là un vrai danger de décrochage définitif. Deuxièmement, un cri d’alarme pour déclencher un sursaut en disant qu’il y a un sujet fondamental : les Français et l’ensemble des élites françaises doivent prendre conscience du capital immatériel qui peut nous sauver – ne pas simplement dans le luxe ou l’agro-alimentaire, mais dans tous les secteurs de l’économie. On doit arriver à travailler sur deux critères fondamentaux : d’abord, la cohérence. Je me félicite que le gouvernement, pour la première fois, prenne au sérieux l’idée de créer une « marque France » et un label France, et non pas 36 différents, parce que trop de labels tuent le label. Deuxième clé : la constance. On ne touche pas la barre à roue d’un navire tous les jours et sans cesse. La France doit fixer un cap à partir de la « marque France » et valoriser cette marque.

Vous donner une réponse très claire à la question : « Comment tirer partie de la mondialisation ? ». C’est l’Asie qui est en avance, avec la Chine et l’Inde à la première et deuxième place. La France reste à la traine. S’agit-il d’un blocage culturel qui empêche de profiter de la mondialisation ?

Les pays d’Asie et d’Afrique sont ceux qui bénéficient le plus et qui ont le plus fort potentiel par rapport à la mondialisation. Nous avons aussi observé quatre pays d’Afrique [Afrique du Sud, Nigéria, le Maroc, l’Egypte] et il est clair que ces pays vont tirer partie de la mondialisation. La France est en retrait sur cette question pour une raison culturelle : les Français vivent cette mondialisation comme une menace. Nous sommes, avec l’Espagne et l’Italie, le pays qui a le plus à perdre de cette mondialisation. C’est une grande différence avec les pays d’Asie qui ont intégré cette mondialisation. Ils sont eux-mêmes acteur de cette mondialisation. Les pays asiatiques sont « dans » la mondialisation, les Français vivent, à tort, « en dehors » de la mondialisation.

CLIQUER Création culturelle et artistique

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* L’enquête Nation Goodwill Observer, réalisée dans 15 pays, du 27 juin au 30 juillet 2012, auprès d'un échantillon raisonné de 1 000 leaders économiques et leaders d'opinion internationaux, a été conçue conjointement par Havas Design+, HEC Paris, Ernst&Young, W&Cie et la société de conseil Cap pour évaluer les forces et les faiblesses de 26 pays par rapport à leur image. Voici les cinq composantes analysées : la stabilité (France 8e), la performance économique (France 10e), l'innovation (France 9e), la créativité culturelle et artistique (France 1er), l'environnement et la qualité de vie (France 6e).

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