France

Le syndicalisme français à la recherche de représentativité

François Chérèque quitte son poste de secrétaire général de la CFDT(G) pour laisser sa place à Laurent Berger (D).
François Chérèque quitte son poste de secrétaire général de la CFDT(G) pour laisser sa place à Laurent Berger (D). AFP / JACQUES DEMARTHON

Le congrès de la CFDT s'ouvre ce mercredi 28 novembre. Une occasion pour le secrétaire général François Chérèque de passer la main à son dauphin Laurent Berger. C'est également ce jour que les salariés de très petites entreprises commencent à voter pour la première fois dans des élections professionnelles. Etat des lieux du syndicalisme en France.

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La caractéristique principale du paysage syndical français, c’est qu’il est d'abord très émietté. Surtout si on le compare à ce que l'on peut rencontrer dans d'autres pays, par exemple en Allemagne, où il y a souvent une seule grande organisation par branche.

En France, Il y a plusieurs syndicats représentatifs, c'est-à-dire, habilités à négocier et à signer des accords avec le patronat. Ce sont les mêmes depuis 1966 et un décret gouvernemental. Il y a la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CFE CGC. Récemment, le rôle de ces organisations a été renforcé puisque le pouvoir exécutif français socialiste accorde de l'importance aux négociations sociales.

Pour le directeur adjoint de l'Institut de recherche économique et sociale, Christian Dufour, c'est assez paradoxal. « D’un côté, le syndicalisme est institutionnellement écouté, même s’il n’est pas nécessairement entendu et de l’autre, on ne voit plus très bien dans quels endroits il a des points suffisamment forts à partir desquels il peut faire entendre sa voix sur le terrain. On a affaire à un syndicalisme qui est encore implanté dans le secteur public et dans quelques grandes entreprises du privé. » La moyenne européenne se situe à 25% de syndiqués. C’est moins de 8% en France, ce qui fait moins de 2 millions de personnes.

Des syndicats faibles

La conséquence est que les syndicats sont assez faibles au moment de négocier. On a l'habitude de dire que les rapports sociaux en France sont plus conflictuels qu'ailleurs en Europe. On se souvient toujours des grands mouvements sociaux qu'ont été les grandes grèves de 1995 ou, plus récemment, la mobilisation contre la réforme des retraites en 2011. Pour le sociologue chercheur au CNRS Dominique Labbé, coauteur de Sociologie des syndicats aux éditions La découverte, c'est une vision en trompe l'œil.

« Si l’on met de côté la SNCF et la RATP, on a aujourd’hui très peu de grèves. Donc, les rapports sociaux conflictuels sont un mythe. En revanche, le gros problème c’est que dans les négociations, les employeurs ont toutes les cartes en main. Ce sont eux qui déterminent l’agenda des thèmes à traiter. Les réunions se tiennent toujours chez les patrons qui fournissent les moyens, qui rédigent les textes. Finalement, les organisations syndicales n’ont qu’un tout petit pouvoir d’amendement à la marge et puis elles signent. On se demande même dans quelle mesure elles ne signent pas en fonction de tel ou tel avantage ou de telle ou telle subvention qui leurs sont accordés. »

Le sujet sensible du financement

Cela pose aussi la question du financement des syndicats qui est largement subventionné par l’Etat et les entreprises. Un sujet extrêmement sensible. L'an dernier, le désormais ancien député centriste Nicolas Perruchot avait conduit un rapport parlementaire sur la question. Ce rapport n'a pas été adopté, ce qui est rarissime. En conséquence, il ne sera pas officiellement publié avant 25 ans.

Pour tenter de résoudre les problèmes de représentativité, il y a la loi de 2008. En vertu de cette loi, tous les salariés peuvent s'exprimer en faveur de tel ou tel syndicat. Dans les grandes entreprises, celles où il existe des comités d'entreprise, délégués du personnel et délégués syndicaux, c'était déjà le cas.

Pas dans les très petites entreprises de moins de 11 salariés. Les salariés de ces TPE peuvent donc voter à partir de ce mercredi et jusqu'au 12 décembre. Ils s'expriment pour une étiquette et non pour un candidat. Il y a donc peu de chances que cela permette aux syndicats de mieux s’y implanter. C’est pourquoi la grande inconnue est la participation.

Pour être considérés comme représentatifs, les syndicats devront obtenir au moins 8% des suffrages dans les TPE, et aussi dans les scrutins qui seront organisés plus tard dans les grandes entreprises, chez les travailleurs à domicile, et chez les ouvriers agricoles. Ces différents résultats seront agrégés l’an prochain. Autrement dit, la liste des organisations syndicales représentatives pourrait évoluer pour la première fois depuis les années soixante. 

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