Football / Economie

Le football français continue de creuser son déficit

Le Stade vélodrome de Marseille, tel qu'il devrait apparaître après sa rénovation.
Le Stade vélodrome de Marseille, tel qu'il devrait apparaître après sa rénovation. Getty

La Dncg vient de révéler les comptes des clubs professionnels de football français. Le moins que l’on puisse dire est que la situation n’est pas reluisante. En cause : des charges alourdies et l’inévitable crise qui raréfie les ressources issues de la télévision et des transferts. Tentative de décryptage et analyse des raisons de croire en des lendemains meilleurs…

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Cent sept millions d’euros de déficit pour la saison 2011/12, contre 65 millions un an plus tôt, tel est le bilan présenté par la Dncg (direction nationale de contrôle de gestion) le 29 novembre dernier devant le conseil d’administration de la Ligue de football professionnel. Ce résultat net cumulé concerne les quarante clubs de Ligue 1 et Ligue 2, parmi lesquels ving-cinq présentent un résultat net déficitaire. Si le chiffre d’affaires du football professionnel a progressé de 8,5% pour atteindre 1,349 milliard d’euros, en Ligue 1, le résultat net est déficitaire de 60 millions, contre 46 millions la saison précédente, alors que le déficit en Ligue 2 s’élève à 47 millions d’euros, contre 19 millions la saison précédente.

La Dncg sauve les meubles

Pour Philippe Diallo, directeur général de l’Union des clubs professionnels de football, ce résultat n’est pas une surprise : « C’était une orientation attendue compte tenu de la dégradation du contexte économique dans lequel les clubs sont plongés comme beaucoup de sociétés en France. » Selon lui, les explications sont multiples, elles tiennent à la fois des mauvaises affluences dans les stades, de la capacité des entreprises partenaires à débloquer des budgets de sponsoring ou de communication, de la baisse des subventions des collectivités locales (-30% en cinq ans), de la perte du droit à l’image, « arrêté brutalement deux ans plus tôt que prévu » pour un coût de 60 à 70 millions d’euros, d’une hausse de 16% en deux ans des charges fiscales et sociales, et surtout d’un marché des transferts atone.

Christophe Lepetit, économiste au Centre du droit et d’économie du sport de Limoges, complète : « Les Qatariens sont arrivés en juin 2011 au PSG et leurs dépenses pèsent pleinement sur le déficit de la saison 2011/12. Par ailleurs, le football professionnel français équilibrait traditionnellement ses comptes par la vente de joueurs. Artificiellement, on venait compenser un résultat déficitaire sur l’exploitation par un bénéfice sur la vente des joueurs. Or depuis 2009, le marché des transferts ralentit. » Pourtant, toujours selon Christophe Lepetit, « si la situation est mauvaise, il faut la replacer dans un contexte global. On reste à des années-lumière de ce qu’on observe sur d’autres championnats européens. » Et le spécialiste de citer le CF Valence (Espagne) et ses quelque 400 millions d’euros de déficit… Parmi nos voisins, seuls les Allemands s’en sortent bien. « Ils pourraient être l’exemple à suivre », commente Christophe Lepetit, qui y voit une raison: « Cela vient du fait qu’ils ont une commission de contrôle de gestion, comme en France. Il faut saluer le rôle du gendarme financier qu’est la Dncg. Elle fait en sorte que le déficit reste acceptable. »

Réduction de la masse salariale

Si la situation n’est pas catastrophique, les perspectives ne sont pas pour autant réjouissantes. « On peut se poser la question de savoir ce qu’il va advenir dans les prochaines années, avec la baisse des droits télé, des stades en cours de rénovation dont la capacité diminue », avance Christophe Lepetit. Des stades rénovés aux capacités d’accueil accrues à l’horizon de l’Euro 2016, Philippe Diallo y voit justement « un axe important du rétablissement des comptes avec la politique d’accompagnement qui sera mise en place pour redonner le goût du stade à l’ensemble des fans ».

Autre levier financier dont les clubs attendent à terme des résultats : la réduction de la masse salariale déjà entreprise, mais « compte tenu de la rigidité des contrats de travail et d’un marché des transferts atone, cette réduction ne produira pas ses effets avant 2013/14 », conclut Philippe Diallo. Reste à savoir si l’absence de stars qu’entraînera la rigueur sur les salaires sera de nature à faire revenir dans des stades flambant neuf – et plus chers ? – un public qui se raréfie saison après saison…

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