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Culture / Louvre-Lens / Entretien

Vincent Pomarède : «Le Louvre-Lens montre nos forces et nos lacunes»

Vincent Pomarède devant le tableau "La Liberté guidant le peuple" (1831) de Delacroix, le point final de la Galerie du temps au Louvre-Lens.
Vincent Pomarède devant le tableau "La Liberté guidant le peuple" (1831) de Delacroix, le point final de la Galerie du temps au Louvre-Lens. Siegfried Forster / RFI

Pourquoi le Louvre-Lens n’est-il pas un petit Louvre ? Pourquoi n’y a-t-il pas les Arts premiers représentés dans ce musée universel ? Après le Centre Pompidou à Metz et le Louvre à Lens, inauguré ce 4 décembre, y a-t-il d’autres musées nationaux prévus en province ? Entretien avec Vincent Pomarède, conservateur en chef au musée du Louvre et co-concepteur de la fameuse Galerie du temps, véritable épine dorsale du Louvre-Lens.

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Le Louvre-Lens, est-ce un petit Louvre à Lens ?

Le Louvre-Lens n’est pas un petit Louvre, c’est un autre Louvre. C’est une autre conception de la présentation des œuvres, du rôle que vont avoir ces œuvres par rapport au public. Evidemment, il y a un nombre d’œuvres beaucoup plus limité qu’au Louvre de Paris, puisque dans cette Galerie du temps nous avons 205 œuvres. Mais ces 205 œuvres ont été soigneusement sélectionnées pour pouvoir expliquer au public le déroulement de l’histoire des arts, chronologiquement, les rencontres géographiques ou les rencontres de cultures qui ont pu se dérouler à travers l’histoire des arts. Et également de permettre aux visiteurs de pouvoir admirer, côte à côte, des œuvres qui sont séparées au Louvre de Paris, par exemple, les peintures et les sculptures ou des œuvres de l’antiquité grecque ou romaine avec l’antiquité égyptienne.

Présenter des œuvres dans des centaines de salles du Palais du Louvre ou dans une architecture très dense du 21e siècle à Lens, où, dans une seule galerie, on parcourt 6 000 ans de l’histoire de l’art, qu’est-ce que cela change pour les conservateurs et le public ?

Pour nous conservateurs, le grand changement était de pouvoir présenter parallèlement des civilisations, des cultures et des écoles qui sont séparées au Louvre à Paris. Par exemple, le département que je dirige, le département des peintures, ne présente que des peintures. Pour le 17e ou le 18e siècle, à certains moments, on aurait envie d’avoir des sculptures à proximité. Au Louvre à Paris, nous ne le faisons pas, alors qu’ici à Lens, cela est possible. De la même manière, au Louvre à Paris, les écoles flamandes et hollandaises, par exemple, sont exposées dans une aile de musée, alors que les écoles françaises sont exposées dans une autre aile. Au Louvre-Lens, pour le 17e siècle européen, par exemple, nous avons rassemblé des œuvres espagnoles, flamandes et hollandaises, italiennes et françaises dans un même espace, de manière que les visiteurs puissent comprendre ce qui se passe en Europe au 17e siècle. C’est quelque chose que, pour des raisons historiques, nous ne faisons pas à Paris, mais à Lens. Cela nous apporte beaucoup. Je pense que le public sera très sensible à cette approche qui permet de mieux comprendre les similitudes et les différences des écoles à un instant donné.

En 2000, avec l’entrée des Arts premiers au Palais du Louvre, le Louvre avait déjà vécu une révolution. Pourquoi les Arts premiers ne sont pas représentés au Louvre-Lens ?

Les œuvres des Arts premiers dépendent du musée du Quai Branly. C’est une organisation administrative et aussi scientifiquement différente. Il se trouve qu’elles sont présentées physiquement à l’intérieur du musée du Louvre, mais elles ne dépendent pas, administrativement et scientifiquement, du musée du Louvre. Nous avons vraiment voulu rester sur les collections historiques du musée, c'est-à-dire sur les collections qui ont été toujours présentées dans le Palais du Louvre. Ce qui explique, par exemple, que les arts asiatiques, qui ont été un moment au Louvre, dans les années 1930, mais qui n’y sont plus, depuis la création du musée Guimet, ne sont pas représentés ici. Bien évidemment, nous sommes, à certains moments, par exemple avec le 17e siècle européen, ou l’antiquité étrusque et romaine, peut-être moins riche que ce qu’on souhaiterait. Et cette représentation ici au Louvre-Lens montre nos forces et nos lacunes en ce qui concerne nos collections.

Depuis ce 4 décembre 2012, il y a un Louvre à Paris et un Louvre à Lens. En 2015, il y a aussi prévue l’ouverture d’un troisième Louvre à Abou Dabi. Quand tous les trois Louvre voudraient avoir en même temps le même tableau, qui tranchera ?

A partir du moment où il y a un conflit entre deux emprunteurs ou parfois même plus, c’est le directeur du département concerné qui arbitre et qui décide là où l’œuvre doit aller. Ce ne sont pas des arbitrages brutaux, il y a toujours des discussions, il y a toujours des négociations. On arrive à trouver un terrain d’entente. Mais, en l’occurrence, pour les peintures, par exemple, c’est moi qui serai en position d’arbitrage pour les différents prêts.

Le Louvre-Lens aura-t-il une priorité par rapport au Louvre-Abou Dabi ?

Ce sont deux projets très différents, donc je pense qu’il n’y aura pas vraiment de concurrence sur les demandes des œuvres. En plus, ici à Lens, nous avons fait un programme qui est un programme non seulement pour les prochaines cinq années, mais également sur les expositions pour les années d’après. Nous avons une visibilité sur ce qui se passera. Bien évidemment, pour la mise en place du Louvre-Abou Dabi, nous en tiendrons compte.

Il y a le Louvre à Lens, le Centre Pompidou à Metz, est-ce que vous cherchez déjà une ville pour installer, par exemple, un Musée d’Orsay en province ?

Non, personnellement, je n’ai pas à connaître ce que veulent faire nos collègues du musée d’Orsay. Je peux simplement dire qu’il y a eu une simultanéité de lancement de projets du Centre Pompidou à Metz et du Louvre à Lens, à un moment où il y avait un désir très fort de lancer des projets. Ceci étant dit, ce sont des projets qui sont très compliqués à mettre en œuvre. Il faut y passer beaucoup de temps, y investir beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, on est dans une période de crise. Je ne sais pas si le contexte est aussi bon que lorsqu’on avait commencé ce projet, il y a presque une dizaine d’années. Dans tous les cas, ce qui est très important à retenir, c’est que les musées nationaux ont vocation à être présent sur l’ensemble du territoire français et non pas seulement à Paris. Nous sommes des musées nationaux, donc nous avons à être présents partout où l’on nous le demande, d’une manière ou d’une autre. Cela peut être par des prêts d’œuvres ou par des partenariats plus ambitieux.

DOSSIER SPECIAL LOUVRE-LENS, le musée universel du 21e siècle

Lire aussi :
- La révolution Louvre-Lens: le musée universel du 21e siècle, RFI, 4/12/2012
- 10 ans d’«arts premiers» au Musée du Louvre, RFI, 13/4/2010

A écouter : Grand reportage : Le Louvre-Lens : un musée au cœur du bassin minier, RFI, 4/12/2012
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Louvre-Lens
, ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h. A partir du 12 décembre. Tél. 03 21 18 62 62.
Chaque année, deux grandes expositions temporaires d’envergure internationale seront présentées dans la galérie d’exposition temporaire. L’exposition d’ouverture : Renaissance, Révolutions dans les arts en Europe 1400-1530 aura lieu du 12 décembre au 11 mars 2013.

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