France

Des internautes piègent policiers et rappeurs: leurs fiches de police divulguées sur le net

Le rappeur français « La Fouine » au Printemps de Bourges le 21 avril 2011.
Le rappeur français « La Fouine » au Printemps de Bourges le 21 avril 2011. AFP /ALAIN JOCARD
Texte par : Camille Garcia
3 mn

Une fois n’est pas coutume, policiers et rappeurs se retrouvent dans le même sac. Des internautes facétieux ont extorqué par téléphone des informations sur le passé de Booba, La Fouine, Rhoff, Morsay et Cortex. Résultat : leurs fiches Stic (Système de traitement des infractions constatées) ont été diffusées sur YouTube. Jeudi 3 janvier, la préfecture de police de Paris a confirmé les informations, plusieurs enquêtes ont été ouvertes et « la police des polices »  a été saisie.

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C’est un coup de filet improbable sur policiers et rappeurs. Et c’est simple comme un coup de fil. Ces dernières semaines, explique-t-on à la Préfecture de Police (PP) de Paris, plusieurs coups de téléphone ont été passés à divers commissariats de Paris et son agglomération et dans d’autres départements.

La technique est simple : se faisant passer pour les collègues des policiers, les plaisantins simulent une interpellation et réclament le contenu du Stic de plusieurs rappeurs.

Pour les mettre en confiance, ils épèlent les vrais noms et dates de naissance des artistes. Des données récupérées facilement sur Wikipédia (voir ici l’exemple de Booba). Le contenu des conversations a ensuite été diffusé sur YouTube. La Fouine, Morsay, Booba Rhoff et Cortex sont parmi les victimes de ce « viol vocal », nom du site internet éponyme, responsable du canular.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les failles du Stic révélées

C’est le maillon faible du Stic, qui regroupe des informations relatives aux personnes mises en cause et aux victimes, que met en lumière ce canular. S’il n’a rien à voir avec le casier judiciaire qui ne concerne que les condamnations judiciaires, le plus grand fichier de la police française regroupe quelque 6,5 millions de mis en cause.

Déjà en 2009, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) pointait dans un rapport explosif les problèmes de rigueur de ce fichier informatique. « Enregistrements inexacts ou incomplets », défaut de contrôle, mise à jour « très insuffisante », manque de moyens pour ne citer que quelques unes de ses conclusions. Hasard du calendrier, la Cnil annonçait fin décembre 2012 procéder à un nouveau contrôle de ce fichier.

Des enquêtes diligentées

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes a indiqué la PP de Paris qui a souligné : « On prend cette affaire très au sérieux ». Et de rappeler : « les données des fichiers comme le Stic ne sont pas communicables ».

Les quatre parquets de l’agglomération parisienne ont ouvert des enquêtes qui ont été confiées à la Brigade d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information (Befti). Selon une source proche de l'enquête, les enquêtes visent des faits d’usurpation de la fonction de policier, collecte frauduleuse de données sensibles et divulgation de données à caractères personnel.

Dans le même temps, l’Inspection générale des services, « la police des polices », a été saisie afin de déterminer si des faits pouvaient être reprochés aux policiers victimes de ces canulars. Ces dernières années, des policiers ont été mis en cause pour avoir consulté illégalement ou détournées des données issues du Stic.

Quant aux rappeurs, seul Cortex a réagi en postant deux vidéos sur son compte YouTube, « pour ne pas passer pour une victime ».

 

 

 

 

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