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Médias

RFI Planète Radio, un autre modèle de développement

RFI / DK
9 mn

RFI Planète Radio, une structure qui permet de concevoir, de soutenir et de renforcer des radios de proximité dans les endroits les plus reculés des pays en voie de développement, fête ses 15 ans ce samedi 23 février 2013. Récit de ces années d’aventures, de travail et de passion avec l’initiateur de ce concept, Max Bale.

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L’histoire commence en 1996, quand Radio France Internationale confie à un jeune producteur une mission de formation à Johannesburg en Afrique du Sud, pays à peine sorti de l’apartheid. La mission est accomplie, mais Max Bale n’est pas satisfait. Il ne croit pas aux formations centralisées dans des grandes salles avec des équipements modernes que les radios locales n’ont pas les moyens de s’offrir. Il préfère concevoir des formations adaptées au contexte et contraintes de chaque radio plutôt qu’arriver avec des programmes stéréotypés préconçus.

Max Bale, initiateur du concept Planète Radio.
Max Bale, initiateur du concept Planète Radio. DR

Pour se faire une idée claire de la réalité des situations, il parcourt tout le pays, visite les villages, les centres urbains, les townships et autres quartiers défavorisés, évalue les conditions des radios communautaires et négocie ses besoins avec des bailleurs… « J’ai fait un énorme rapport de 500 pages, se rappelle-t-il, se concluant par des préconisations pour travailler avec dix ou douze radios que je trouvais particulièrement pertinentes. Des radios indiennes, des radios colored [NDLR : métis], des radios black, des radios rurales, des radios urbaines... Et l’ancien directeur du développement international de RFI m’a dit : "Oui d’accord, mais on n’a pas de sous". J’ai néanmoins pu obtenir 10 000 francs [environ 1 500 euros] de RFI et 10 000 francs de l’ambassade de France en Afrique du Sud. J’ai conclu aussi un accord de partenariat avec Renault qui m’a prêté un véhicule. J’ai mis mon équipement dedans et j’ai fait le tour du pays en allant former les personnels des radios et j’ai réussi à faire monter ma première action de formation itinérante comme un road movie. »

L’expérience nourrit la passion, la passion entraîne l’homme à initier en 1998 « RFI-Khuluma ». Khuluma signifie « parler » en langue zoulou. Rebaptisée « RFI-Planète Radio » , elle fête ce 23 février 2013 ses 15 ans.

Depuis ses débuts, le temps s’est écoulé mais les souvenirs des premiers pas ne se sont voilés que d’une légère brume d’émotion : « En février 1998, je devais être du côté de Bloemfontein, au centre de l’Afrique du Sud, dans une petite radio de brousse. C’était la première action du projet Khuluma, la première fois aussi, depuis quelques années, que je pouvais mettre en place un projet qui me tenait à cœur. Et j’expliquais aux gens de cette radio comment on faisait des magazines radiophoniques. »

Ingénieur du son, musicien et animateur d’émissions musicales, Max Bale met l’accent sur la musique et la culture en général. « La dimension artistique est extrêmement importante. Moi venant des milieux de l’art et de la musique, je savais qu’en terme de développement des radios de proximité, l’approche devait - au moins pour une partie importante - être celle de la musique et de la culture en général. Il fallait adapter le format car les formats classiques étaient totalement inadaptés, notamment en zone rurale. J’ai donc proposé une conception de programmes intégrant des plages culturelles. C’est mon passé de musicien et de producteur qui m’a conduit vers ce métissage : j’avais fait de la radio, j’avais fait de la musique et je suis revenu à la radio avec la musique. » La recette fonctionnait et fonctionne d’ailleurs toujours.

Le bœuf qui tourne…

C’est en brousse, en République centrafricaine, que les talents d’inventeur de Max ressurgissent. Avec son équipe, il se rend à Bambari, une localité en guerre à l'époque. Avec les autochtones, il monte une radio locale et la structure nécessaire pour l’animer. Lorsqu’ils sont tous réunis autour d’une bière pour fêter l’événement, l’animateur de la radio fraîchement créée lui dit : « Dans quelques mois, elle cessera de fonctionner car il n’y aura plus d’énergie. Le prix du carburant en période de guerre, en période de crise, peut monter jusqu’à 5 dollars le litre, ce qui en fait l’équivalent de deux semaines de travail pour certaines catégories de population. » Alors que pouvait-on faire ? « On ne fait rien », dit ce même animateur, avant d’ajouter : « Nous, on n’a pas de pétrole. On n’a que des bœufs et qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec des bœufs ? C’est tout ce qu’on a dans le coin. »

Désappointé, Max prend conscience de l’importance de l’énergie dans le développement de ses projets comme dans le développement tout court. De retour dans le sud de la France, à Perpignan, une zone très venteuse où il y a beaucoup d’éoliennes, il ne cesse de penser à son travail en RCA, mal achevé à ses yeux. Comment faire ? Comment produire de l’énergie dans un pays où il n’y a pas de pétrole et où le vent se fait rare ? Qu’est ce qui pourrait faire tourner les pales à part le vent ? … Les bœufs ! Et voilà que Max et son équipe retournent en Centrafrique pour faire tourner les bœufs autour d’un caisson métallique et mettre au point une dynamo. « Le bœuf qui tourne » produit de l’énergie qui alimente la radio.

… et l’huile de palme

Un autre jour, ailleurs, une autre personne lui dit : « Ici, il n’y a pas d’animaux. On a les pieds dans l’huile, on vit dans les palmeraies. Il n’y a que de l’huile. » Qu’est-ce qu’on peut faire avec de l’huile de palme ? Cette fois, c’est avec l’aide d’une ONG belge, CODEART, que Max Bale transforme de vieux moteurs de technologie indienne du début du XXe siècle, en moteurs diesel fonctionnant à l’huile de palme.

« Pour le projet mis en place par exemple en RDC, dit-il, ce sont les auditeurs qui amènent à tour de rôle du jus de palme. Je crois qu'on a monté le premier réseau au monde de douze radios réparties sur tout le pays qui fonctionnent avec de l’huile, de l’énergie fournie par les auditeurs. Premier réseau de radios au monde alimenté par l’énergie des auditeurs. Du jus d’auditeur ! » Max Bale trouve « fabuleux que l’auditeur fournisse le jus car il peut être plus exigeant, réclamer des émissions de qualité et faire ainsi partie de la structure ».

Energie : le nerf… des ondes

Ce n’est pas sans fierté que Max Bale affirme avoir pensé aux problèmes d’énergie un peu avant certaines ONG. Il tente toujours de mettre en valeur les ressources locales… et trouve les circuits courts.

Max Bale cite volontiers Rudolf Diesel, l’inventeur des moteurs du même nom, à l’origine destinés à fonctionner avec du carburant végétal pour se libérer de l’emprise des compagnies pétrolières. D’ailleurs, en novembre prochain, il se rendra en Inde pour y acheter des moteurs et les amener au Congo. « C’est une histoire que je trouve magnifique, dit-il avec un enthousiasme non dissimulé, car on retrouve là le triptyque pays développé-pays émergent-pays en voie de développement, illustration parfaite du modèle de développement. ». Défi relevé : il fait fonctionner techniquement les radios de brousse avec des ressources locales.

« Une envie, une passion, un sourire »

Du Tchad à Madagascar, de Cuba à l’Inde, Max Bale sillonne le monde - en avion, en train et sur internet -, à la recherche d’un projet. Maintenant qu’il est connu, on vient même le chercher pour « un coup de main ». Dans ses rapports avec les autres, il compte beaucoup sur son feeling. « Une envie, une passion, un sourire, ça permet de faire comprendre beaucoup de choses. » Max Bale fait partie des gens qui considèrent que l’avenir des pays en voie de développement est intimement lié au sort des femmes. « Tout ce qui a un rapport avec les droits de l’homme, les conditions des femmes et des enfants, de la culture, c’est mon dada. »

Récemment, il a repéré une radio de proximité dans le sud-est de l’Inde. « Une radio de femmes, de femmes intouchables, des dalits. C’est une radio pour les populations extrêmement défavorisées. » Au début, les personnes qui y travaillaient disaient ne pas avoir besoin de coopération. « J’ai passé du temps avec elles, raconte Max. On a mangé ensemble. Elles ont vu que je n’étais pas un renard et que j’avais vraiment envie de filer un coup de main. » Résultat : il est fort possible que cette radio devienne partenaire de RFI Planète Radio. « Et là, on est vraiment dans la dissémination des graines qu’on plante avec une méthodologie juste vieille comme le monde. C’est la confiance, c’est l’envie, c’est le désir, la passion, et clairement une éthique. »

Un autre jour, un groupe de Boliviens, accompagné d’un prix Nobel, fait le déplacement pour se renseigner sur Planète Radio et lui demander de l’aide pour mieux faire fonctionner une radio dans la brousse, une radio qui s’adresse aussi… aux femmes.

Des exemples, il y en a une myriade. Et on espère qu’il en aura d’autres. Car c’est l’histoire d’un homme qui vit son rêve : « La radio comme vecteur de communication et de transmission de ces messages-là dans les zones rurales, ça me parle deux fois plus parce que ça rejoint mes deux préoccupations, relativement politiques d’un côté et relativement culturelles de l’autre. »

Et 15 ans, ça se fête !

Max choisit ses projets comme on choisit ses amis. Une fois le contact établi, il réfléchit aux moyens. « L’aspect matériel et professionnel, c’est la phase deux. La première phase, c’est qu’on s’entende bien avec les gens, qu’on ait envie de faire des choses ensemble, que les objectifs soient les mêmes, qu’il y ait une volonté de développement, qu’il y ait une vraie intégration au niveau associatif et de la société civile locale. »

Max Bale (assis) et son collègue Vincent Guiltat dans les bureaux de RFI Planète Radio à Paris.
Max Bale (assis) et son collègue Vincent Guiltat dans les bureaux de RFI Planète Radio à Paris. RFI /Darya Kianpour

Il répète à l’envi, à la fin de chaque phrase, modestement : « Il faut dépersonnaliser. Je ne suis rien si je suis seul. Tout ce que j’ai accompli, je l’ai fait avec les gens. Sans eux, sans mes collaborateurs et mon équipe, rien n’est possible. »

Pour célébrer l’anniversaire de ses quinze ans d’aventures, RFI Planète Radio organise un concert* géant ce samedi 23 février à l’Institut français à Kinshasa, en RDC, en présence du slameur français Grand Corps Malade et du chanteur congolais Jupiter. D’autres événements sont prévus avant et après le concert : projection du documentaire Des Hommes au courant**, débat ouvert au public, et par la suite deux jours d’ateliers et de rencontres avec les jeunes des quartiers défavorisés, toujours en compagnie de Grand Corps Malade.


* Le concert sera retransmis samedi 2 mars sur RFI :

  • Antenne Monde-Paris : à partir de 21h10 (heure de Paris)
  • Antenne Afrique : à partir de 23h10 (TU)

Durée : 1h50

** Des Hommes au courant, réalisation : Elodie Citerne et Max Bale ; Images : Max Bale et Franck Alix.

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