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France / Drogue

Les trafiquants de drogues séduits par le «fly fast»»

Les trafiquants de drogue en France se servent de plus en plus de petits avions, hélicoptères ou ULM et  profitent des aérodromes non surveillés.
Les trafiquants de drogue en France se servent de plus en plus de petits avions, hélicoptères ou ULM et profitent des aérodromes non surveillés. Angieal24/ Wikimedia public domain
Texte par : Léa Ticlette
4 mn

En France, les trafiquants de drogues font depuis quelques années leurs livraisons par les airs. La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) l'affirme dans un rapport. Des livraisons aériennes d'autant plus possibles que l'aviation non commerciale n'est pas ou peu réglementée.

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Le système s’inspire des « go fast » (« aller vite »), ces livraisons express, en voiture, de grosses quantités de drogue. Elles sont habituellement acheminées de nuit, non seulement de manière extrêmement rapide mais surtout de manière extrêmement discrète vers leur lieu de commercialisation.

Maintenant, certains trafiquants leur préfèrent l'avion. Il s'agit là aussi d'acheminer de grosses quantités de drogues mais à bord de petits avions, des deux places comme les ULM, ou parfois des hélicoptères et des avions de tourisme. Ils décollent généralement d'aérodromes secondaires non surveillés, et même parfois aussi de pistes clandestines. Ils volent bas, éteignent leur radio et leur transpondeur, cet appareil qui permet aux radars de les repérer. Ils sont donc complètement indétectables, pendant le vol autant que pendant le décollage et l'atterrissage.

D'ailleurs parfois, les avions n’atterrissent même pas. A en croire la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, certains avions larguent leur cargaison à l'eau, afin qu’elle soit récupérée par des bateaux puis acheminée à terre. C'est ainsi qu'en 2007, les autorités de Rennes ont saisi sur un voilier au large de Cherbourg, 600 kilogrammes de cocaïne largués par un avion en provenance des Antilles.

La France est-elle particulièrement concernée ?

La France a 1 800 aérodromes secondaires, et 3 millions de vols non commerciaux. Le Bourget, par exemple, en région parisienne, est la première plate-forme d'Europe avec 50 000 mouvements aériens par an. Et la France connaît ce phénomène depuis plusieurs années...

Déjà en 2008, un hélicoptère a été intercepté en zone rurale. A son bord : 560 kg de résine de cannabis. Et en mai dernier, ce sont 63 kilos d'amphétamines et 6 kg de cocaïne qui ont été saisis dans un ULM. Fin octobre dernier, une opération franco-britannique a permis de découvrir 12 kg de cocaïne et plus d'un kilogramme d'héroïne à bord d'un petit avion de tourisme.

Quelle est la situation au niveau mondial ?

Aux Etats Unis, le trafic par les airs est répandu. D'ailleurs, les trafiquants vont jusqu'à utiliser des drones - ces avions sans pilote - pour certaines livraisons. Les autorités repèrent 3 à 4 avions suspects par jour.

En Europe, l'Espagne est le pays le plus exposé. C'est la porte d'entrée de la drogue par l'aviation légère en provenance d'Afrique, à en croire les chercheurs de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice. Ces chercheurs ont identifié 3 à 4 organisations criminelles installées dans le sud de l'Espagne et qui organisent chacune 2 à 3 vols par semaine. D'ailleurs en 2011 et 2012, les autorités espagnoles ont identifié 132 pistes clandestines.

En Grande-Bretagne aussi, les autorités ont identifié 43 traversées aériennes transatlantiques suspectes en 2010. Quant aux Pays-Bas, ils surveillent maintenant leurs aérodromes secondaires à l'aide de lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation et de caméras.
Mais les trafiquants utilisent maintenant les plages pour décoller et atterrir.

Comment s'organise la lutte contre ce phénomène ?

Les autorités sont un peu à la traîne. Pour l'instant, Europol - l'agence européenne de police - soupçonne que ces trafics par les airs concernent aussi les armes, les migrants clandestins, les pierres précieuses et l'argent. Mais les autorités concernées ne font qu’émettre de suppositions.

Identifier les routes aériennes, les organisations qui ont recours à cette méthode, et les prendre ensuite sur le fait est un véritable travail de fourmi.

Mais les spécialistes proposent plusieurs solutions pour lutter plus efficacement : que la gendarmerie ait en temps réel un accès aux plans de vol des avions, que les services spécialisés soient équipés de balises et autres moyens de détection électronique des appareils, mais surtout, et c'est la mesure la plus importante, que les transpondeurs soient rendus obligatoires pour tous les avions. Cet appareil permet de connaître la position exacte de l'avion, sa vitesse, son altitude et son cap. Pour l'instant, il n'est obligatoire que dans les zones de trafic aérien intense et les pilotes peuvent l'éteindre comme une simple radio.

Rendre ces outils obligatoires serait un grand pas dans la lutte contre le « fly fast », mais s'assurer du respect de cette décision serait déjà un vaste chantier.

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