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Mayotte

A Mayotte, le chantier de la jeunesse

Dans le bidonville de Kawéni, les enfants sont partout. A Mayotte, plus de la moitié de la population a moins de 25 ans.
Dans le bidonville de Kawéni, les enfants sont partout. A Mayotte, plus de la moitié de la population a moins de 25 ans. RFI/Aurore Lartigue

À Mayotte, plus de la moitié de la population n'a pas encore 20 ans. Des mineurs isolés aux adolescents mahorais, portrait d'une jeunesse désœuvrée qui a bien du mal à entrevoir son avenir. 

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Kawéni, le plus grand bidonville de Mayotte, à Mamoudzou. « Mes rêves sont gâchés, je ne suis qu'un fils d'immigré », scande Djam's. Son histoire est un classique ici : quand il avait 16 ans, sa mère, comorienne sans-papiers, a été expulsée vers l'île d'Anjouan. Livré à lui-même, le jeune garçon est devenu délinquant à la tête d'une bande. Sa haine de la police, il la slame : « Je suis devenu un gangster, humble et déterminé à s'en sortir, vu que le terrain est miné par les flics et par le shit, la rue mon empire... » Placé par le juge des enfants dans une famille d'accueil dans le sud de l'île, Djam's est en fugue. Il explique qu'il voulait revoir « ses frères de la rue ». Sa « peur », lui qui est arrivé à Mayotte quand il n'avait que quelques mois : être renvoyé à Anjouan, une île dont il ne connaît rien, où il n'a jamais vécu. En octobre, il aura 18 ans et sera expulsable du jour au lendemain.

Pour Marie Ballestéro, de la Cimade, « Djam's est le symbole de ces mineurs étrangers isolés, ni expulsables ni régularisables ». Comme lui, ils seraient entre 2 000 et 4 500 selon les estimations, à vivre sans leurs parents. Soit environ la moitié de l'effectif total sur tout le territoire métropolitain. « Les obstacles à la régularisation sont nombreux, explique Philippe Duret, président de Tama, une association locale spécialisée dans la protection de l'enfance. Il faut faire une demande de naturalisation au tribunal en présence des deux parents, pouvoir justifier de cinq de vie continue sur le territoire, donc fournir des bulletins scolaires ou des certificats médicaux. Tout ça fait le jeu de l'Etat parce que ça permet d'éviter de régulariser toute une population ».

Une « poudrière », une « bombe à retardement », répètent les associations. Car, quand on n'a pas de papiers, on n'a droit à rien. Pas de possibilité de faire une formation ni de s'inscrire à Pôle emploi. Ne reste plus alors qu'à traîner et à survivre par tous les moyens.

« Il faut un plan Marshall pour la jeunesse »

Mais, selon Philippe Duret, « les mineurs isolés, c'est l'arbre qui cache la forêt ». Sur ce confetti d'île, plus de 50% de la population à moins de 20 ans et dans les bidonvilles, beaucoup de jeunes sont des Français nés ici. D'après les magistrats, la violence aussi n'est pas le seul fait des clandestins. C'est 50-50.

« En métropole, 30 à 50% du budget des départements est consacré à l'aide à l'enfance, rappelle Philippe Duret. Ici, le Conseil général, endetté, n'y consacre que 3%. Ici, il n'y a aucune structure pour encadrer les jeunes après l'école. Mais le département ne peut pas s'en sortir tout seul. L'Etat aussi est responsable et doit assumer. Longtemps, Mayotte a été le parent pauvre de la République. Aujourd'hui, toute une génération sacrifiée, mal scolarisée, va arriver sur le marché du travail et il n'y a pas de boulot. Qu'est-ce qu'on va en faire, s'inquiète-t-il. Il faut un plan Marshall pour la jeunesse ! »

Scott à Kawéni, devant le banga qu'il partage avec des copains.
Scott à Kawéni, devant le banga qu'il partage avec des copains. RFI/Aurore Lartigue

« Je ne fais rien de ma vie »

L'ennui, voilà le mal qui ronge ces jeunes. Alors tout est bon à prendre. Dans les associations par exemple, ils se bousculent pour être bénévoles. Musulman et sans emploi, Sissko, 23 ans, donne des cours de maths et de français au Secours catholique. Il participe aussi à la pièce de théâtre sur le thème de la violence. L'année dernière, quelques jours après la représentation, un jeune de l'association avait été poignardé à mort dans son lycée. « On veut faire passer le message qu'à Mayotte, il faut arrêter avec la violence ».

À 20 ans, Scott, comme on l'appelle à Kawéni, est déjà passé par la case prison. Aujourd'hui, il veut s'intégrer. Il a participé à une opération de nettoyage de son quartier avec le Secours catholique et pratique la danse traditionnelle dans une autre association. Sur son t-shirt à l'effigie du département, il est écrit :  « Je sais d'où je suis, je sais où je vais ». Arrivé de Grande-Comore à six mois, il vient tout juste d'obtenir un titre de séjour. Sans ressources, c'est un ami qui l'héberge dans son banga, ces habitations en tôle ondulée. Chercher du boulot ? L'année dernière, il a obtenu un CAP en menuiserie. « Chaque fois qu'on dit qu'on vient de Kawéni dans les entreprises, les patrons ont peur, ils croient qu'on est des délinquants. En attendant, je ne fais rien de ma vie, on s'ennuie vraiment ici », déplore-t-il en montrant le terrain de basket délabré et l'emplacement vide où le Conseil général avait promis de construire une MJC.

Tous en sont conscients : l'école est leur seule planche de salut. « Je ne pense qu'à une chose, insiste Fam's, un copain de Djam's, le slameur qui vient d'obtenir la nationalité française, c'est l'école. Avant d'aller trainer avec mes potes, je finis toujours mes devoirs. Je suis un délinquant, mais je pense à mon avenir. » Son objectif, comme beaucoup : finir ses études et tenter sa chance en métropole.

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