Cinéma / Exposition

Studio Beineix: «Le fauve c’est la matière brute»

Une peinture issue des archives personnelles de Jean-Jacques Beineix, un trèsor qu’il ouvre pour la première fois au Musée des années 30 à Boulogne Billancourt.
Une peinture issue des archives personnelles de Jean-Jacques Beineix, un trèsor qu’il ouvre pour la première fois au Musée des années 30 à Boulogne Billancourt. Jean-Jacques Beineix

Ce n’est pas un nouveau film du réalisateur français Jean-Jacques Beineix, mais tous ses films exposés jusqu’au 29 septembre au Musée des Années 30 à Boulogne Billancourt. Dans Studio Beineix, les visiteurs déambulent dans un appartement de près de 900 mètres carrés. Chaque pièce nous plonge dans l’univers d’un de ses films : de 37°2 le matin jusqu’au IP5. Entretien.

Publicité

Jean-Jacques Beineix au musée, vous en rêviez ?

Non, pas particulièrement. Mais c’est une expérience. J’ai commencé par le Panthéon, qui est un cinéma où mon film Diva avait été enterré. Donc là où d’autres finissent leur carrière, moi j’ai commencé la mienne.

Vous étiez déjà un grand homme.

Oui… Non. Diva était un échec à sa sortie et il a été enterré pendant un an, dans un petit cinéma qui s’appelle Panthéon. Voilà. Et puis il a eu la résurrection. Donc que j’aille aujourd’hui au musée, on est dans les paradoxes. Je ne suis pas encore en âge d’être enterré, mais voilà… En même temps, ce n’est pas un enterrement. C’est un parcours.

Alors pourquoi une exposition ?

D’abord parce qu’on m’a sollicité. Jamais je n’aurais demandé… Je pense que c’est le lieu géométrique des mes incompétences, qui sont nombreuses, mais qui mises bout à bout ont une sorte de cohérence. Puis ça permet de faire un travail qu’on fait rarement. C’est de mettre en perspective l’ensemble d’une – je ne veux pas dire d’une œuvre –, mais d’une suite de films, et de voir qu’ils ont des points communs. Par ailleurs, ça me permet, moi, d’exprimer aussi mon intérêt pour les beaux arts.

Le visiteur démarre cette exposition, non pas en se jetant dans la gueule du loup, mais en entrant dans la cage aux fauves, celle de Roselyne et les lions », avec cette musique signée Reinhardt Wagner. On a les pieds dans le sable, il y a le tabouret du lion, il y a le fouet du dompteur qui est dessus à portée de main, et puis il y a aussi Roselyne (Isabelle Pasco) et Thierry (Gérard Sandoz) sur l’écran. Le fauve c’est vous ?

Non. Moi, je serais plutôt le dompteur, ou je tenterais de l’être. Le fauve c’est la matière brute. La matière, elle est la même depuis toujours. Les fauves n’ont pas changé. Et l’artiste essaie de la mettre en forme de façon transitoire, éphémère, et particulièrement dans le spectacle vivant. Donc Roselyne et les lions c’est une métaphore d’un voyage initiatique, et c’est un film autour de l’initiation et de la passion de jeunes gens qui ont envie de devenir dompteurs. En même temps, la cage c’est un lieu, c’est un anneau doré, c’est un lieu de pouvoir. Et en même temps c’est un lieu de pouvoir parfaitement limité à la circonvolution de la piste. C’est sur la toile que l’artiste a du pouvoir. Son pouvoir s’arrête là. Et dès lors qu’il est tenté de le transposer dans une autre dimension, il devient un artiste officiel et il perd la magie. La magie n’opère que là. Les grands artistes n’ont de magie que dans leur art.

Est-ce que quelqu’un est déjà arrivé à vous dompter ?

Oh ! Eh bien, la vie ! La vie m’a dompté. Et peut-être le cinéma qui ma beaucoup donné et beaucoup repris.

Auriez-vous bien aimé, tel un lion, griffer voir croquer certains critiques de cinéma, journalistes ou confrères ?

Non… Ils meurent les uns après les autres, tous seuls. Pas besoin de…

Et Béatrice Dalle, est-ce que vous l’avez domptée ?

Ah non ! Elle est indomptable ! Et c’est bien ça qui fait que… Vous savez, dompter c’est un peu une illusion. En fait, il faut être pragmatique et il faut se servir. La beauté vous est offerte. Alors il faut la regarder, il faut ouvrir ses yeux ! Il faut capter ! Il faut laisser se mouvoir, justement ! Les fauves, si vous les contraignez trop, vous trichez un peu ! Vous allez de biais ! Un bateau, ça ne remonte jamais totalement le vent ! Il faut prendre un angle. Et alors, si vous serrez trop le vent, vous arrivez contre le vent. Vous donnez un coup de frein. Votre bateau s’arrête. Alors, il faut plutôt ouvrir un peu sa voile, ouvrir la main et laisser s’exprimer la force. Les animaux et la part d’animalité qu’il y a dans chaque être, elle est sincère, elle est authentique. C’est cette authenticité-là qu’il faut arriver à capter. Et donc, c’est un art du pragmatisme.

Pendant le tournage de "La Lune dans le caniveau".
Pendant le tournage de "La Lune dans le caniveau". Jean-Jacques Beineix

______________________________________
Studio Beineix, jusqu’au 29 septembre, exposition au Musée des années 30, Boulogne Billancourt. Un parcours qui mêle musique, extraits de films, peintures, objets de films et trésors tirés des archives personnelles de Jean-Jacques Beineix, qu’il nous ouvre pour la première fois. Á l’occasion de cette exposition, le cinéma Landowski présentera un cycle Beineix au mois d’avril 2013.

L’intégrale de l’œuvre de Beineix est disponible sur Cinéastes, la chaîne dédiée au cinéma de FilmoTV, la plateforme de VOD/SVOD pendant toute la durée de l’exposition.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail