France

France: l’homophobie sévit au travail aussi

Des manifestants pro-mariage pour tous, à Marseille, le 23 avril 2013. Depuis le début du débat sur la loi, les agressions homophobes ont connu une augmentation sans précédent.
Des manifestants pro-mariage pour tous, à Marseille, le 23 avril 2013. Depuis le début du débat sur la loi, les agressions homophobes ont connu une augmentation sans précédent. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Ce vendredi 17 mai, c'est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie. En France, depuis le lancement du débat sur le mariage pour tous, les homosexuels ont noté une recrudescence sans précédent des agressions dans la rue et des insultes à leur encontre. On le sait moins, mais les comportements homophobes sont, d'une façon générale, très présents dans le monde du travail, qu'il s'agisse d'entreprises publiques ou privées.

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Il y a celles qui font l'objet de remarques graveleuses de la part de leurs collègues masculins autour de la machine à café. Il y a ceux auxquels on ne sert plus la main ou qu'on boycotte à la cantine depuis qu'on les a surpris « accompagnés » à la sortie du bureau. Il y a ceux que l'on suppose trop timorés pour gérer une équipe de vingt personnes et d'autres que l'on ne veut pas exposer directement aux clients ou aux fournisseurs, « pour ne pas créer de problèmes, vous comprenez... »

Il y a celles qui se voient refuser un congé de parentalité par leur hiérarchie, en dépit de l'arrivée d'un nouveau-né, d'un PACS (Pacte civil de solidarité) et de nombreuses années de vie commune, et ceux qui se font insulter par courrier électronique depuis qu'ils ont lancé en interne dans leur entreprise une association de défense des droits des L.G.B.T (lesbiennes, gays, bi et transsexuels).

Même en 2013, il n'est guère facile d'échapper à des comportements homophobes au sein de l'entreprise. Ces discriminations, faites plus ou moins ouvertement, ont toujours existé et il y a peu de chances qu'elles disparaissent un jour, il faut bien en convenir. Le problème, c'est qu'elles sont moins repérées, moins dénoncées, et moins sanctionnées que les autres, à savoir les actes racistes, antisémites ou sexistes. Du moins pour l'instant.

Ces discriminations « ordinaires » vont des propos dégradants et insultants, qu'on a tous entendus un jour ou l'autre, au harcèlement plus systématique des personnes, pour finir parfois par leur mise à l'index pure et simple. Le plus délicat pour les victimes, c'est sans doute qu'il leur est très difficile de confier leur souffrance à quelqu'un. Une telle démarche implique en effet de dévoiler leur intimité sexuelle à des tiers, qu'il s'agisse de collègues de travail, de responsables hiérarchiques ou de syndicalistes.

Une souffrance invisible

Et là, il existe un déficit évident de formation, d'écoute et de réponses adaptées, comme l'explique Catherine Tripon, présidente de L'autre cercle, une fédération d'associations luttant contre l'homophobie au travail : « Ces sujets-là ne sont généralement pas abordés dans le monde du travail. Les responsables ne sont pas sensibilisés, ni formés à ces questions. Quand on les aborde, on le fait très rapidement, car le plus souvent, l'orientation sexuelle des personnes n'est pas visible, contrairement à l'origine, à la couleur de la peau, à l'âge, au handicap physique, à l'état de grossesse... Ce qui ne se voit pas n'existe pas. À partir de là, on ne pense pas à en parler ! La difficulté, aujourd'hui, pour une personne qui veut se confier à son entourage, à son supérieur hiérarchique, à son collègue et lui dire "je suis harcelé/e parce que je suis homo", c'est qu'elle est obligée de mettre son intimité sur la table. Ce qui n'est jamais simple. »

Pourtant, des exemples concrets, Catherine Tripon en connaît beaucoup. Elle cite notamment le cas de ce cadre, qui a du refuser une première promotion, car il ne pouvait présenter son « épouse » au sein de l'entreprise, puis en a repoussé une seconde, car il ne pouvait être muté en Arabie Saoudite, où la législation est féroce envers les homosexuels. Il a fini par aller voir ailleurs.

Dire ou ne pas dire ? Certains regrettent parfois d'avoir fait leur « coming out », car une promotion leur est subitement passée sous le nez, une formation a été repoussée à la dernière minute. Certes, tout ceci se fait toujours sous un prétexte bien charpenté, sinon l'entreprise s'expose à des poursuites pénales, mais rares sont les homosexuels, hommes ou femmes, qui n'ont pas connu un jour ou l'autre des déboires professionnels de cet ordre.

La mobilisation des associations

Comme le rappelle Catherine Tripon, « tout est affaire de stéréotypes. De la même façon que les femmes se heurtent au plafond de verre, les homosexuels se heurtent à des idées préconçues qui peuvent les empêcher de progresser ou de se faire reconnaître dans le travail. D'une manière générale, toute personne ne correspondant pas à la "norme" posera plus d'interrogations en termes d'évolution de carrière ou de promotion. »

C'est sans doute pour mieux se faire entendre et pour prendre en mains leur destin que de nombreux homosexuels ont décidé, ces dernières années, de créer des associations au sein même de leurs entreprises. Elles sont si nombreuses désormais qu'il est impossible de toutes les citer ici : Homobus à la RATP, Appel à l'éducation nationale, Flag! à la gendarmerie et police nationale, Homosfère chez l'opérateur de téléphonie mobile SFR...

Après des débuts parfois houleux, ces associations très actives sont parvenues à secouer les habitudes et ont obtenu quelques succès retentissants, notamment à propos du congé de parentalité. Elles sont en train de devenir les lanceuses d'alerte dont les entreprises avaient tellement besoin.

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