66e Festival de Cannes

«Jimmy P.», la cinémathérapie d’un réalisateur français

"Jimmy P." (Psychothérapie d’un Indien des Plaines), un film réalisé par Arnaud Desplechin.
"Jimmy P." (Psychothérapie d’un Indien des Plaines), un film réalisé par Arnaud Desplechin. Nicole Rivelli - Why Not Productions

Derrière le titre encombrant Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) se cache le nouveau film d’Arnaud Desplechin. Pour la septième fois en lice pour la Palme d’or, le réalisateur français nous fait découvrir une histoire réelle presque complètement oubliée, mais qui mérite pourtant d’être racontée. Un hommage à Georges Devereux, précurseur de l’ethnopsychiatrie. Le film, à juste titre tourné en anglais, se contente malheureusement d’être une illustration de cette histoire magnifique.

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C’est une aventure humaine intemporelle et universelle. Elle commence comme un western américain, sur une mélodie de flûte au milieu d’une plaine, avec un Indien sur un cheval. Et elle finit dans un hôpital américain de Topeka, au Kansas, quelques années après la Seconde Guerre mondiale. Peu de temps après son retour comme soldat de l’armée américaine pour libérer la France, l’Indien Blackfoot Jimmy Picard souffre de graves troubles psychologiques. Seul l’ethnologue et psychanalyste français Georges Devereux réussit à le guérir.

Pour cela il emploie des méthodes peu orthodoxes qui fâchent pas mal ses collègues. Avec quelques mots dans la langue maternelle de son patient, Devereux arrive à briser le mur de silence. Un petit dessin, peuplé d’une maison et des montagnes, lui permet de contredire la diagnose médicale de la schizophrénie. Avec sa connaissance et son amour pour les cultures amérindiennes, il réussit à transformer le traitement imposé en un projet commun de guérison.

Les rêves de l'avenir

Du point de vue psychanalytique, l’essentiel de l’histoire réside dans l’approche originale, développée par Georges Devereux, fondateur de l’ethnopsychiatrie. Cet ethnologue et psychanalyste incroyable luttait ardemment en faveur d’une prise en compte de facteurs ethnologiques dans la diagnose et le traitement des maladies psychologiques et psychiatriques. C’est ainsi qu’il arrive à connecter des univers si différents : quand la psychanalyse utilise les rêves pour accéder au passé, chez les Blackfoot le rêve sert à prédire l’avenir.

Le récit cinématographique s’avère classique, rythmé par des flashbacks de la psychanalyse et les interprétations des rêves. Mais la véritable colonne vertébrale du film est la rencontre entre l’acteur français Mathieu Amalric et Benicio del Toro, acteur portoricain naturalisé espagnol. Ecouter leurs dialogues en anglais avec leurs accents respectifs est un délice. Del Toro, oscarisé en 2000 pour Traffic et couronné en 2008 par la palme d’interprétation masculine pour Che, impressionne cette fois avec son interprétation d’une simplicité désarmante de cet Indien des plaines pas si innocent, mais tellement touchant. Del Toro exprime avec brio cette tempête calme qui agite dans la tête de ce vétéran de guerre, condamné à souffrir de sa blessure visible.

Le film et le livre


Et c’est Georges Devereux qui va débloquer les souffrances de Jimmy P. Inlassablement, il note minutieusement les déclarations de son patient. Ainsi il réussit à faire sortir la vérité par la bouche du Blackfoot et à faire disparaître les blocages dans le corps et la vie de l’Indien. Mathieu Amalric surjoue parfois le côté nerveux de l’ethnopsychiatre qui a visiblement ses propres problèmes d’identité. Niant ses origines hongroises et juives, il se fait passer auprès de ses patients comme un docteur parisien.

Le film suit presque mécaniquement le déroulement des séances décrites dans le livre fondateur de Georges Devereux, Psychothérapie d’un Indien des Plaines, publié en 1951. « Le seul ouvrage de psychanalyse qui donne à voir l’intégralité d’une analyse ». Le film n’y ajoute rien, et c’est bien dommage.

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