France

Cahuzac: en commission parlementaire, Mediapart dénonce une «atteinte au secret des sources»

Jérôme Cahuzac.
Jérôme Cahuzac. Reuters/Charles Platiau
Texte par : RFI Suivre
5 mn

L’affaire Cahuzac revient au centre de l’actualité ce mardi 21 mai. L’exécutif et les membres du gouvernement étaient-ils au courant que l’ancien ministre du Budget détenait un compte en Suisse ? C’est ce que tente de savoir une commission d’enquête parlementaire, dont les auditions ont débuté ce mardi et pourraient durer six mois. Une vingtaine de personnes au total seront entendues d’ici juillet. Parmi elles : Jérôme Cahuzac lui-même, mais également les ministres de l’Economie, de l’Intérieur ou encore de la Justice. La commission a débuté ses travaux par les auditions du journaliste Fabrice Arfi et de son patron, Edwy Plenel, de Mediapart.

Publicité

C'est par eux que le scandale est arrivé. Le 5 décembre 2012, après avoir publié un premier article la veille, intitulé « Le compte suisse du ministre du budget Jérôme Cahuzac », Mediapart met en ligne un enregistrement sonore d’une personne qui affirme détenir un compte en Suisse. Cette personne, c’est Jérôme Cahuzac, accuse alors l’auteur de l’article, le journaliste Fabrice Arfi.

Le ministre du Budget passera aux aveux quatre mois plus tard, le 2 avril suivant. Que s’est-il passé entre ces deux dates ? L’exécutif était-il au courant de l’existence de ce compte ? A l’occasion des auditions, Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, a réitéré ce mardi matin quelques accusations contre le pouvoir en place. Mais il en a surtout ajouté une : « L'utilisation de l'administration policière pour porter atteinte au secret des sources ».

Plenel dit avoir rencontré l'entourage du président

Selon Fabrice Arfi, la chef de cabinet du ministre Cahuzac a envoyé, le 11 décembre dernier, un courrier électronique faisant état de conversations téléphoniques entre M. Plenel et une source de l'affaire. « La police a été mise en branle pour surveiller les rapports téléphoniques entre Edwy Plenel et l'un des protagonistes de l'affaire, ajoute le journaliste. (...) Nous ne savons pas si le ministre de l'Intérieur en personne est au courant de ces investigations. Nous n'avons pas d'éléments », précise M. Arfi.

Mais son patron va plus loin : « Si un rapport du DDSP (directeur départemental de la sécurité publique, NDLR) existe, il a sans doute remonté ». « Tous ceux qui voulaient savoir au coeur de la République pouvaient savoir », conclut le patron de Mediapart, qui affirme avoir rencontré mi-décembre « plusieurs responsables de cabinet de l'Elysée et de Matignon ». A leur demande, précise-t-il.

Commission parlementaire sur l'affaire Cahuzac, le 21 mai 2013. Sur l'écran: Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart. A ses côtés: Fabrice Arfi, auteur principal de l'enquête sur le compte suisse de M. Cahuzac.
Commission parlementaire sur l'affaire Cahuzac, le 21 mai 2013. Sur l'écran: Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart. A ses côtés: Fabrice Arfi, auteur principal de l'enquête sur le compte suisse de M. Cahuzac. AFP PHOTO / JOEL SAGET

« Amateurisme » ou « instrumentalisation »

Au sujet de Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie accusé d'avoir voulu protéger son ministre délégué au Budget, M. Plenel a déclaré en commission : « Je ne dis pas que M. Moscovici a menti, je dis qu'il a mal travaillé ». Car à compter du 14 décembre, il est demandé à M. Cahuzac d'écrire noir sur blanc qu'il n'a pas de compte non déclaré à l'étranger, or il ne le fera jamais. Pourquoi personne n'a réagi au ministère de l'Economie ? Le journaliste en tire « deux hypothèses : amateurisme ou légèreté, de vérification insuffisante. Ou, seconde hypothèse, une instrumentalisation. »

Et Fabrice Arfi d'ajouter : « La question qui se pose à vous, c'est comment, sur la foi des mêmes informations, Bercy obtient une réponse négative de la Suisse, tandis que la justice obtient une réponse positive. »

François Hollande réitère en catastrophe, le 3 avril après les aveux de son ancien ministre, que les élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption seront «interdits de tout mandat public».
François Hollande réitère en catastrophe, le 3 avril après les aveux de son ancien ministre, que les élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption seront «interdits de tout mandat public». REUTERS/iTele/Handout

Hollande n'a « pas d'excuse »

L’autre personne à l’origine de l’affaire sera également entendue ce mardi. C’est Michel Gonnelle, l’un des adversaires politiques de Jérôme Cahuzac dans son fief de Villeneuve-sur-Lot. C'est lui qui fut le premier détenteur de l'enregistrement sur lequel s'appuiera Mediapart dans son enquête.

L’ancien élu de droite affirme avoir appelé l’Elysée à la mi-décembre, pour corroborer les informations du site internet. Un appel confirmé par l’Elysée, qui lui conseilla alors de transmettre les éléments dont il disposait à la justice. Dans cette affaire, l’exécutif a toujours assuré n’avoir jamais mis en place d’enquête parallèle pour vérifier les accusations de Mediapart. Edwy Plenel reproche pour sa part à François Hollande de ne pas avoir pris conscience, dès les premiers temps, de la gravité de l’affaire. Il n’a « pas d’excuse », a déclaré plusieurs fois le journaliste dans les médias ces dernières semaines.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail