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France

Inventaire des mouvements d'extrême droite en France

Des jeunes d’extrême droite, en fin de manifestation.
Des jeunes d’extrême droite, en fin de manifestation. REUTERS/Pascal Rossignol
Texte par : Emmanuelle Raybaut
6 mn

Clément Méric, un jeune homme de 19 ans, présenté comme un militant anti-fasciste, a été frappé à mort mercredi 5 juin par trois skinheads. Cette agression pose une fois de plus la question des groupes d’extrême droite ou d'ultra-droite qui, ragaillardis par les manifestations contre le « mariage pour tous », font de plus en plus parler d’eux. Mais qui sont-ils ? Ce triste événement est l’occasion de faire un inventaire de ces principaux groupes, éparpillés ou organisés, qui se trouvent à la droite du Front National.

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L’œuvre française. Crée en 1968, l’OF est avec l’Action française le mouvement nationaliste le plus vieux en activité, et l’un des derniers mouvements à revendiquer l’héritage de la France de Vichy. Beaucoup de cadres de l’OF « infiltrés » dans le Front national, derrière Bruno Gollnish, furent victimes de la politique de dédiabolisation engagée par Marine Le Pen. Suite à cette purge, l’œuvre française connaît à présent un second souffle avec les Jeunesses nationalistes. Début 2012, Yvan Bendetti a remplacé Pierre Sidos à la tête du mouvement.

Les jeunesses nationalistes (JN). Conçu en 2011, ce groupe est dirigé par deux ex-membres du Front national, le jeune Alexandre Gabriac, âgé de 23 ans et Yvan Benedetti, 48 ans. Il s’agit en fait de la branche « jeune » de l’oeuvre française qui se développe dans plusieurs régions. Elles ont enchaîné ces derniers mois contre-manifs et actions soit-disant spectaculaires, tout cela amenant à de multiples interpellations et procès.

Franchement hostiles au FN de Marine Le Pen, lui préférant Bruno Gollnisch, les JN, dont la plupart des responsables ont été exclus du FN, sont en revanche très proches des
« durs » de l’extrême droite : des nostalgiques du pétainisme aux antisémites en passant par les catholiques intégristes. Ils ont l’habitude de manifester devant la statue de Jeanne d’Arc une semaine après le Front national. L’emblème des jeunesses nationalistes est un aigle, rappelant les mouvements fascistes et nazis européens des années 1930-1940.

Le Bloc identitaire. Un mouvement organisé, créé en 2002, qui représente une réelle menace car il surfe sur l’actualité, et notamment sur tous les événements liés à l’islamisme radical. Avec à sa tête Fabrice Robert (ancien du GUD), le Bloc identitaire s’affiche comme un mouvement « présentable » qui sort de la logique des groupuscules violents d’extrême droite. Ils revendiquent la défense d’une identité « régionale, nationale et européenne » et dénoncent un racisme anti-blanc en France.

Pour eux, le premier péril en France est l’islam. Le 18 juin 2011, ils organisaient à Paris un apéro géant « saucisson et pinard », comme une provocation directe adressée aux musulmans. Ils sont aussi à l’origine de « la soupe aux cochons », une soupe populaire destinée aux non-musulmans. C’est grâce à ce leitmotiv qu’ils ont réussi à attirer des militants d’extrême gauche dans leurs rangs, comme Pierre Cassen, ancien syndicaliste à la CGT et ancien membre du PCF. Ils se retrouvent donc sur le terrain de l’islamophobie, prétendant à un envahissement religieux de la part des musulmans, qu’ils estiment à près de 8 millions. Une donnée démentie formellement par Vincent Tiberj du Centre d’études européennes de sciences politiques qui estime, lui, à 2,5 millions maximum le nombre de musulmans en France. Leur emblème : un sanglier.

Le Groupe union défense (GUD). Basé à Lyon et Paris, il n’est qu’une vague copie du mouvement né en 1969 à l’Université de Panthéon-Assas. Réputé pour son activisme violent, ce « mouvement de jeunesse nationaliste et patriote » s’est manifesté en marge des manifestations contre le mariage pour tous. Il se positionne comme un courant alternatif au Front national. Depuis le départ en 2012 de nombreux membres importants, le GUD a été repris en main par les Jeunesses nationalistes. Leur emblème : un rat noir.

Troisième voie, dirigée par Serge Ayoub, connu aussi sous le nom de Batskin. Cet ancien membre du mouvement Skinheads a relancé le mouvement en 2010. Mais depuis le milieu de l’année 2012, Troisième voie est en perte de vitesse. Il s’agit d’un groupe anti-américain, anti-communiste et anti-sioniste. Ayoub s'est fâché avec à peu près tout le monde : le GUD, les JN, l’AF, les Nationalistes autonomes et même une partie de la mouvance skin néo-nazie.

Le printemps français, né pendant les manifestations anti-mariage gay du 24 mars 2013, n’a pas de contours bien définis. Selon le politologue Jean-Yves Camus, il s’agit plus d’une « nébuleuse » que d’un groupe. Il compterait dans ses rangs de nombreux catholiques intégristes. Mais sa représentante est connue, il s’agit de Béatrice Bourges, ancienne porte-parole de la « manif pour tous », exclue par la suite du mouvement à cause de sa radicalisation.

L’institut Civitas fait partie du groupe des catholiques intégristes. Son secrétaire général depuis 2009, Alain Escada, est un ancien du Front national de Belgique. Il fait régulièrement parler de lui grâce à des manifestations ou des prières de rue, notamment devant le Sénat ou l’Assemblée nationale au moment des débats sur le projet de loi du mariage pour tous.

Les Skinheads, connus et répandus dans toute l’Europe. Ils connaissent un regain d’activité par rapport aux années 2000. Il n’existe pas à proprement parler d’organisation skinhead fédérant tous les groupes au niveau national, mais des ramifications très complexes. Les skinheads d'extrême-droite se considèrent comme les seuls authentiques. D'un patriotisme de plus en plus exacerbé, ils sont généralement nationalistes, voire néonazis.

Bien d’autres mouvements existent en France allant des « nostalgiques de l’Algérie française », aux pseudo-intellectuels se revendiquant d’une théorie négationniste ou conspirationniste, en passant par les ultra-violents comme les hooligans. Si la plupart n’ont pas de prétention électorale, d’autres mieux organisés, comme le Bloc identitaire, affichent ouvertement leurs ambitions politiques.

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