France

France: recherche encadrée sur l'embryon, deuxième essai à l'Assemblée

L'Assemblée nationale française.
L'Assemblée nationale française. REUTERS/Charles Platiau

La recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires est de retour à l’Assemblée nationale française à partir du 11 juillet. Une proposition de loi des Radicaux de gauche soutenue par le gouvernement, vise à remplacer le régime actuel d’interdiction avec dérogations par un système d’autorisation encadrée. Le texte, adopté au Sénat en décembre 2012, avait déjà été soumis une première fois aux députés en mars dernier, mais il n’avait pas pu être examiné, en raison de l’obstruction de parlementaires de l’opposition. Deuxième tentative donc, sur un sujet qui divise au sein de l’Hémicycle.

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Pour les scientifiques qui y sont favorables, la recherche sur l’embryon peut permettre de comprendre les premières étapes du développement humain. Elle peut également aboutir à l’amélioration des techniques d’aide médicale à la procréation proposées aux couples confrontés à des problèmes de fertilité.

Mais l’enjeu le plus important est sans nul doute la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Ces cellules, issues d’un embryon de cinq à six jours, ont la faculté de se différencier pour former les tissus et les organes du corps humain. Les scientifiques savent aujourd’hui les cultiver en laboratoire et les transformer en cellules spécialisées, de peau, de cœur, de cerveau, etc.

A terme, elles pourraient permettre de réparer des organes abîmés, comme un cœur après un infarctus, ou une rétine endommagée par une maladie. C’est ce qu’on appelle la médecine régénératrice. Nous n’en sommes pas encore là, même si de rares essais sur l’homme ont commencé. Autre intérêt : ces cellules, une fois « transformées » en laboratoire en cellules cardiaques, hépatiques, etc., peuvent être utiles pour tester de nouveaux médicaments.

En France, les embryons sur lesquels les scientifiques mènent leurs travaux n’ont pas été conçus dans un but de recherche. C'est actuellement interdit et cela le restera si la proposition de loi est adoptée. Les cellules souches embryonnaires sont prélevées sur des embryons dits « surnuméraires », issus de fécondations in vitro (FIV). En effet, lorsqu’un couple est engagé dans un processus de FIV, plusieurs embryons sont créés en laboratoire. Certains sont implantés en vue d’une grossesse. Ceux qui restent, et pour lesquels il n’y a plus de projet parental, sont voués à la destruction. Ce sont donc sur ces embryons que les chercheurs travaillent, à condition que les parents aient donné leur accord.

Interdiction avec dérogations versus autorisation encadrée

Le régime actuel interdit la recherche sur l’embryon, mais des dérogations sont possibles. Celles-ci sont alors délivrées par l’Agence de la biomédecine. C’est ainsi que 36 équipes françaises travaillent aujourd’hui dans ce domaine.

La proposition de loi vise à inverser le principe. Autrement dit, ce type de recherches serait autorisé mais strictement encadré. Une façon de clarifier les choses pour les députés radicaux de gauche à l’initiative du texte, qui rappellent que de nombreux pays, comme les Etats-Unis le Royaume-Uni, l’Espagne ou le Japon, l'autorisent.

Le changement peut paraître mineur mais il a, pour de nombreux parlementaires et scientifiques, son importance. Il y a d’abord le symbole. Pour certains députés de l’opposition, le principe de l’interdit consacre le caractère particulier de l’embryon. Car, même si au stade où ont lieu ces recherches, il n’est constitué que de quelques dizaines de cellules, ils considèrent que ce n’est pas un matériau comme un autre.

Les partisans de la proposition de loi sont d’accord sur ce point précis, et c’est pour cela, disent-ils, que la recherche sur l’embryon sera strictement encadrée par la même Agence de la biomédecine. Cependant, pour eux, il est nécessaire d’apporter une certaine sécurité juridique aux chercheurs. Sous le régime actuel, plusieurs demandes de dérogation ont fait l’objet de contestations en justice, notamment par une fondation catholique.

Autre argument avancé par les opposants à la modification de la loi : cette recherche serait devenue inutile. Ils invoquent les découvertes du professeur Yamanaka, un scientifique japonais récompensé par le prix Nobel en 2012. Ce chercheur a réussi à « reprogrammer » des cellules adultes, en l’occurrence de peau, en des cellules très similaires à des cellules embryonnaires.

Cette découverte est majeure et de nombreux chercheurs se sont engagés dans ce domaine. Mais beaucoup estiment qu’il est encore trop tôt pour savoir si elles peuvent être une réelle alternative aux cellules souches embryonnaires. Le débat à l’Assemblée nationale est donc à la fois éthique, juridique et scientifique.

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