France

France: Manuel Valls agace à gauche

Manuel Valls, ministre français de l'Intérieur, lors d'une conférence de presse le 14 août.
Manuel Valls, ministre français de l'Intérieur, lors d'une conférence de presse le 14 août. REUTERS/Philippe Laurenson

Manuel Valls est au cœur de la polémique, en cette rentrée politique. L'omniprésence du ministre de l'Intérieur irrite l’aile gauche de la majorité et, plus encore, certaines de ses déclarations. Retour sur une journée qui a vu le président de la République recadrer son ministre.

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La scène se passe lundi 19 août, au palais de l’Elysée. Le gouvernement achève son séminaire de rentrée consacré à « la France en 2025 ». Le déjeuner touche à sa fin. Manuel Valls prend alors la parole et évoque en vrac l'immigration, le regroupement familial, en s'interrogeant sur la compatibilité de l'islam avec la démocratie. Silence pesant à table. Plus un seul bruit de fourchette. Et certains ministres ressortent troublés par la déclaration de leur collègue. Troublés, ils le sont encore davantage, le lendemain, quand Manuel Valls réaffirme ses propos de façon très officielle, devant les caméras de BFMTV : « Il faudra revoir nos politiques migratoires, et la question du regroupement familial peut être posée. »

Emoi à gauche. Mais la réplique ne tarde pas. Avec une opération concertée des ministres écologistes, précisément la veille des journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts. Dans une interview à Libération, ce matin, Cécile Duflot règle son compte au ministre de l'Intérieur : « Sur la justice, il n’y a qu’une seule ligne à gauche ». Dans la foulée, sur BFMTV, l'autre ministre écolo du gouvernement, Pascal Canfin, lance la dernière salve : « Celui qui est censé incarner l'ordre provoque le désordre. »

« Je gêne à droite, et parfois à gauche »

Ambiance, le jour du conseil des ministres de rentrée. Et c'est François Hollande qui siffle la fin de la récré. « Il ne faut pas inventer de faux débat », lance le président dans le salon Murat de l’Elysée. Le rappel à l'ordre est cinglant pour le ministre le plus populaire du gouvernement. Mais il est loyal, Manuel Valls. Il rétropédale en arrivant l’après-midi au festival de théâtre de rue d’Aurillac, dans le Cantal. Le ministre de l'Intérieur réfute toute intention de remettre en cause le regroupement familial. « On déforme mes propos », tente-t-il de se justifier. L’homme est bravache, et réfute tout recadrage. « Je sais que je gêne à droite, et parfois à gauche », conclut-il modestement.

Manuel Valls vient-il de payer son activisme estival ? Il était partout, le ministre de l'Intérieur : sur le front de la sécurité, des braquages, des incendies et même des noyades... Pas moins de 8 déplacements en 15 jours de ce qui devait être en principe des vacances. Un activisme qui a irrité au gouvernement, et même à l'Elysée. Manuel Valls, le grand vainqueur médiatique de l'été, en est venu à incarner à lui tout seul l'autorité. Fonction pourtant éminemment régalienne. L’autorité, c’est le chef de l’Etat. Mais cet été, François Hollande a voulu se consacrer entièrement à l'emploi et aux questions économiques et sociales.

Ligne de fracture

Il a d’ailleurs un petit côté récidiviste, le ministre de l’Intérieur. Il n’en est pas à sa première polémique estivale. Il s'était prononcé pour l'interdiction du port du voile islamique à l'université. Avant de ferrailler contre sa collègue ministre de la Justice, en manifestant sa très vive opposition à la réforme pénale que prépare Christiane Taubira. Lettre au président, fuite dans la presse, et énième couac gouvernemental... on ne les compte plus depuis l'élection de François Hollande.

Valls contre Taubira, c'était l'affiche de cet été. Mais au-delà des couacs, ces polémiques successives révèlent une ligne de fracture au sein de la gauche sur la sécurité. Quoiqu'en dise le gouvernement, il y a bien deux lignes qui cohabitent actuellement. Presque deux philosophies. L'éternel débat prévention/répression, laxisme/fermeté. Manuel Valls exprime ses réserves sur une des promesses de campagne de François Hollande, la suppression des peines planchers, qui remplissent les prisons qui sont déjà pleines. Christiane Taubira souhaite, elle, développer des peines alternatives.

In fine
, François Hollande devra trancher, et l'exercice s'annonce périlleux. Il va lui falloir trouver le bon équilibre : répondre aux aspirations de l'opinion publique sans se couper de l'aile gauche de sa majorité. La question est d'autant plus périlleuse pour François Hollande que les municipales ont lieu dans quelques mois, en mars prochain. Et la sécurité est d’ores et déjà une des préoccupations locales des électeurs. La droite est en embuscade. Elle compte bien profiter des divisions du gouvernement, et on peut compter sur elle. En témoigne la une polémique de l'hebdomadaire de droite Valeurs actuelles, en kiosque ce jeudi 22 août : « Roms, l'overdose ». La sécurité n'a pas fini de s'inviter dans le débat politique.

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