France

France: les licenciements de 700 «Conti» invalidés

Manifestation des ouvriers français et allemands de Continental,  à Hanovre, en avril 2009.
Manifestation des ouvriers français et allemands de Continental, à Hanovre, en avril 2009. (Photo : Reuters)

Le tribunal des prud’hommes a invalidé, vendredi 30 août,  le licenciement de près de 700 salariés de l'usine de pneus Continental de Clairoix, dans le Nord. C'était en 2009, et la direction avait toujours invoqué la crise pour justifier sa décision. Les juges ont donc désavoué les dirigeants du groupe et donné raison aux employés, mais il s'agit seulement d'une décision théorique. 

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Les « Conti », dont l'usine a fermé en 2010 après un an de bataille, ont gagné sur toute la ligne. Le tribunal des prud'hommes de Compiègne a reconnu que leur licenciement n'était pas justifié par des motifs économiques comme la direction l'affirmait. Pour le tribunal des prud'hommes, le groupe Continental n'avait pas respecté ses obligations de reclasser les salariés et avait violé un accord de 2007 qui ramenait la semaine de travail à 40 h en contrepartie du maintien de l'emploi jusqu'en 2012.

Les 678 licenciés ne seront pas pour autant réintégrés : l'usine a disparu, leur victoire est bien une victoire de principe et les salariés la considèrent comme telle. Mais ils ont obtenu d'être indemnisés à hauteur de 2 ans et demi à 3 ans de salaire, alors que 500 d'entre eux sont toujours au chômage près de 3 ans après.

Continental envisage de faire appel

Pour l'instant, la direction de Continental a simplement fait savoir qu'elle étudiait très sérieusement la possibilité de faire appel, comme elle a déjà fait en février dernier invalidant le licenciement de 22 salariés protégés.

L'avocat du groupe, Patrick Thiébart, rappelle que chaque licenciement a coûté 200 000 euros à Continental et estime que la décision du tribunal des prud'hommes est beaucoup trop sévère : « Lorsque vous avez des condamnations à plusieurs mois, voire plusieurs années de salaires, c’est effectivement nier les efforts d’accompagnement et les efforts financiers réalisés par Continental France. Donc, Continental a certainement encore des choses à dire devant la cour d’appel. »

Une victoire au goût amer

Les salariés, eux, savourent cette victoire, mais ils regrettent que cette décision arrive si tard, maintenant que l'usine a complètement disparu.

Xavier Matthieu est l'un des représentants syndicaux les plus impliqués dans le combat pour faire reconnaître les droits des salariés de Continental. Il est membre de la CGT.

Xavier Mathieu

« Ça reste une victoire psychologique. C’est une sorte de rémission pour les gens », explique le syndicaliste. « Psychologiquement je pense que c’est très important pour les ouvriers de pouvoir faire condamner leur bourreau. La réaction est à la fois triste et joyeuse. Il est dommage qu’en France il n’y ait pas de loi permettant auxouvriers de pouvoir contester leur licenciement, ou contester les motifs économiques d’un licenciement, avant la fermeture de l’entreprise. »

Et Xavier Mathieu dénonce le système du pollueur-payeur. « Vous avez le droit d’être hors-la-loi du moment où vous avez du fric et vous pouvez payer. C’est un peu triste, mais c’est comme ça », déplore-t-il.

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