France

Rentrée scolaire en France: les enfants très handicapés laissés de côté

Des enfants autistes pris en charge par des éducatrices à Paris.
Des enfants autistes pris en charge par des éducatrices à Paris. AFP PHOTO FRANCK FIFE

En cette rentrée des classes, le Défenseur des droits, Dominique Baudis vient d'écrire au ministre de l'Education, Vincent Peillon, ainsi qu'à Marisol Touraine et à Marie-Arlette Carlotti, respectivement en charge des questions sociales, du handicap et de l'exclusion. Il leur a demandé de prendre des mesures urgentes dans le prochain budget de la Sécurité sociale pour pallier le manque de places en établissements spécialisés destinés aux enfants fortement handicapés.

Publicité

Il y en a pour qui chaque année, « rentrée » rime avec cartable neuf, fournitures, nouveaux copains et rires en cascade. Mais pour d'autres, ce mot signifie surtout abandon, sentiment de rejet et exclusion du système scolaire habituel. Ces enfants, qui devraient bénéficier comme tout un chacun d'un droit à l'instruction selon la Constitution, font partie des plus fragiles : qu'ils soient autistes, handicapés mentaux ou polyhandicapés, ils sont au moins 13 000 en France, selon les derniers chiffres dont on dispose, qui remontent déjà à 2008.

Impossible pour eux d'intégrer une école ordinaire : ils ont besoin de structures adaptées, capables tout à la fois de prendre en compte leurs besoins, de les éveiller à la vie et au monde, de les entourer de bienveillance dans un cadre sûr et rassurant. Ces établissements spécialisés (Instituts médicospécialisés ou IME) ne sont pas légion et les places sont rares. Si rares que c'est presque une course à l'échalote qui s'engage chaque année.

Jusqu'au bout, les parents espèrent que leur enfant sera enfin admis dans l'un de ces établissements, qui croulent sous les demandes. Dans un institut médico-éducatif du Gard, il y a par exemple ce mois-ci 27 enfants sur liste d'attente, dont des jumeaux autistes que leur mère n'arrive plus à garder. Car c'est la seule alternative laissée aux familles : faute de budget à l'échelle nationale pour créer des places en nombre suffisant, les parents sont contraints de garder leurs petits à domicile et c'est souvent la mère qui se dévoue.

Comme le souligne Christel Prado, la présidente de l'Unapei, la fédération des familles et proches de personnes handicapées mentales, « les mots "amis", "restau", "ciné", "vacances" n'ont guère de sens dans ces familles. C'est une forme de mort sociale. Les mamans doivent s'occuper de leurs enfants non scolarisés à temps complet, la nuit y compris. Avec des conséquences sur la santé et sur la vie de couple. »

Une fois de plus, le Défenseur des droits, Dominique Baudis, a décidé d'interpeller le gouvernement pour débloquer des fonds dans le prochain budget de la Sécurité sociale.

À ses yeux, comme aux yeux de l'Unicef, la France est en train de maltraiter ses enfants handicapés en les privant de scolarité. Et Christel Prado de souligner que sur les 226 000 qui ont la chance d'aller à l'école, la plupart du temps en milieu ordinaire, il y en a beaucoup qui n'y vont qu'à temps très partiel... une demi-journée par semaine seulement.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail