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Cinéma

Le centenaire du cinéma indien en 21 films inédits

"Harishchandrachi Factory" (2008), un film de Paresh Mokashi.
"Harishchandrachi Factory" (2008), un film de Paresh Mokashi. Paresh Mokashi

La dixième édition de l’Eté indien à l’Auditorium du musée Guimet à Paris célèbre à partir du 9 septembre jusqu'au 30 octobre le centenaire du cinéma indien en 30 films, dont 21 inédits. Du premier film projeté en 1913 dont il reste 16 minutes récemment restaurées, jusqu’aux classiques du Bollywood d’aujourd’hui. Le grand réalisateur indien Shyam Benegal est l’invité d’honneur et présentera personnellement plusieurs de ses 70 films. Entretien avec Martine Armand, la programmatrice de l’Eté Indien.

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Raja Harishchandra de Dadasaheb Phalke a été projeté en public la première fois le 3 mai 1913 en Inde. Quelle est la date de la première projection en France ?

Je ne sais pas du tout, parce qu’il est très vite tombé dans l’oubli dès lors qu’il y a eu le cinéma parlant. Donc à ma connaissance, si le film a été montré en France, c’était très récemment, peut-être lors d’un festival comme au Centre Pompidou ou à la Cinémathèque française. À l’époque, le film a été montré qu’en Inde. Il a été d’abord projeté à Bombay et ensuite il a circulé pratiquement dans toute l’Inde. Aujourd’hui, nous montrons la dernière version restaurée par les Archives indiennes avec la sonorisation que la Cinémathèque indienne a éditée.

On connaît les réactions que les premiers films des frères Lumières avaient suscitées en 1895 à Paris : un public terrifié qui a poussé des cris et s’est précipité vers l’arrière de la salle. Quelle était la réaction en Inde après la première projection d’un film indien ?
 

"Raja Harishchandra", fiction de D.G. Phalke, 1913, 16', muet, inédit.
"Raja Harishchandra", fiction de D.G. Phalke, 1913, 16', muet, inédit. D.G. Phalke

À la différence de la première en France, il y a en fait très peu d’éléments pour savoir quelle était la première réaction du public en Inde. Dans les journaux, l’événement est relaté comme un événement majeur, comme une surprise. Ce sont les mêmes émotions de stupeur, de peur etc., mais aussi d’enthousiasme. Très vite le cinéma est montré dans des théâtres où l’on fait du théâtre populaire. Très vite, des distributeurs vont exister. Il ne faut pas oublier que l’Inde est sous le joug britannique à cette époque-là. Il y a donc à la fois des spectateurs européens et aussi une élite indienne. Mais très vite, ces films vont aller partout en Inde. Jusque-là, pendant 17 ans en Inde, le catalogue des films qui ont été montrés, était pour les Occidentaux. 1913 est le tournant. Le film de Phalke est destiné au public indien. Il réussit, parce que les Indiens s’identifient à l’histoire du film.

Peut-on comparer le succès et la carrière de Dadasaheb Phalke avec ceux des frères Lumières ?

Les frères Lumières sont plus tournés vers le documentaire, la mise en scène d’éléments existants. D’ailleurs après, très vite, c’était leurs opérateurs qui ont pris leurs films. Je préfère comparer Dadasaheb Phalke à Méliès [Georges Méliès, réalisateur français né le 8 décembre 1861, mort le 21 janvier 1938, ndlr]. Et quelque part leur destinée se croise, parce que Méliès avait fait la même chose. Méliès est vraiment le premier grand réalisateur de fiction avec une vision. Méliès est aussi tombé très vite dans l’oubli pour être réhabilité à la fin de sa vie. C’est Henri Langlois, le créateur de la Cinémathèque français, qui l’avait cherché, qui a sauvé une partie de ses films. Il a été applaudi par la jeune génération de cinéastes. Phalke n’a pas eu cette chance-là. Mais dès son vivant, Phalke a été célèbre pendant au moins une vingtaine d’années.

L’été indien au Musée Guimet est cette année consacré aux « Cent ans de cinéma indien ». Quels étaient les critères pour les 30 films sélectionnés ?
 

L’idée est de montrer des fleurons et des points de repère dans l’histoire du cinéma indien : des films anciens, des films récents, et le cinéma populaire et le cinéma d’auteur qui sont vraiment les deux piliers du cinéma indien et qui se déclinent en plusieurs langues.

Vous montrez aussi bien le premier film indien que des classiques de Bollywood comme Lagaan ou Devdas.

Pour moi, Bollywood existe qu’à partir des années 1990, avant c’est le cinéma populaire indien. Nous montrons cela, parce que ces films ont eu un impact sur le public occidental. Nous montrons aussi des films comme Mother India de Mehboob Khan,  Aar paar de Guru Dutt ou des films de Raj Kapoor comme Le vagabond qui ne sont pas distribués en France et qui sont les grands fleurons du cinéma populaire. Donc on a des films qui vont de 1913 à 2011, avec le désir de montrer essentiellement des films inédits et souvent cachés par la vague de Bollywood.

C’est la dixième édition de l’Eté indien au musée Guimet. Comment la perception du public et des Français en général a changé vis-à-vis des films indiens ?

Le public vient de plus en plus nombreux, il y a une bonne réception, des âges et des milieux très différents. J’ai programmé des films en me demandant si les gens vont rester trois heures et demie dans la salle. Eh ben, oui. Ce qui plaît au public, c’est de découvrir des facettes dont il n’en aurait pas eu idée autrement.

Sur le programme aussi : Mother India de Mehboob Khan, le premier film indien nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 1957. Le film indien et le film occidental, est-ce que ce sont deux univers parallèles ou deux mondes qui se croisent ?
 

"Devdas" (2002), fiction de Sanjay Leela Bhansali, sélectionné au festival de Cannes en 2002.
"Devdas" (2002), fiction de Sanjay Leela Bhansali, sélectionné au festival de Cannes en 2002. Sanjay Leela Bhansali

L’industrie du cinéma indien est tout à fait à part. Et cela depuis le début. À l’époque de Mehboob Khan, il n’y a pas de Bollywood. On a un certain nombre de films des années 1950. Les cinéastes du cinéma d’auteur, la première nouvelle vague du cinéma indien, se sont tout à fait nourris du cinéma occidental. Parmi les réalisateurs du cinéma populaire indien, beaucoup étaient des autodidactes, c’est qu’à partir des années 1960 qu’il y en a eu un Institut de cinéma. Alors eux ils se sont nourris du cinéma occidental, mais ils ont appliqué un certain nombre de codes dans le cinéma qui existaient dans le théâtre.

Quand le délégué général de la Quinzaine des réalisateurs Edouard Waintrop déclare que l’Indien Anurag Kashyap est le réalisateur du meilleur film en 2012 et quand Baz Luhrmann emploie la superstar indienne Amitabh Bachchan dans le film américain The Great Gatsby, est-ce que cela veut dire que le cinéma indien entre de plus en plus dans le cinéma occidental ?

Je crois qu’il est déjà présent depuis un certain temps dans le cinéma occidental. Il y a un certain nombre de réalisateurs qui ont tourné en Inde et je crois qu’elle est de plus en plus présente. Par exemple, Anurag Kashyap fait un cinéma à la fois pour son public, mais aussi un cinéma complètement compréhensible pour un public occidental. On en voit beaucoup plus les effets aujourd’hui, mais je pense qu’il y en a eu déjà des croisements dans les années 1950, 1960 et 1970 en France. Donc ce n’est pas nouveau.

Martine Armand, la programmatrice de l’Eté Indien à l'auditorium du musée Guimet

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100 ans de cinéma indien. L'Eté indien au musée Guimet à Paris. Du 9 septembre au 30 octobre. Le jeudi 12 septembre aura lieu une conférence publique et gratuite 100 ans de cinéma indien par Martine Armand, programmatrice de films de l'Eté indien.

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