Mayotte

Une nouvelle espèce de moustique identifiée à Mayotte

Stegomyia pia mâle, appartenant à la nouvelle espèce présumée vectrice de la dengue et du chikungunya à Mayotte.
Stegomyia pia mâle, appartenant à la nouvelle espèce présumée vectrice de la dengue et du chikungunya à Mayotte. (©IRD/ V.Robert)

Une nouvelle espèce de moustique a été identifiée à Mayotte par des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et leurs partenaires de l’Agence régionale de santé océan Indien. L’insecte pourrait transmettre les virus de la dengue et du chikungunya.

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Son corps est noir, paré d’écailles à reflet argenté ou jaune. Un spécimen raffiné donc, élégant, du moins pour un entomologiste, forcément amoureux des insectes. Mais les charmes de cette nouvelle espèce de moustique, baptisée Stegomya pia (pia signifie «joli» en shimaore, la langue de Mayotte) pourraient bien se révéler pernicieux.

Car sur les plans morphologique et physiologique, ces individus sont très proches des moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus (surnommé «moustique tigre»), vecteurs principaux de la dengue et du chikungunya - des virus à l’origine d’épidémies, à Mayotte comme ailleurs dans la zone intertropicale.

Pour l’heure, les scientifiques de l’IRD n’ont pas la certitude que Stegomya pia pique l’homme et soit capable de transmettre ces virus, ayant collecté les insectes au stade de larves, et hors contexte épidémique. Cependant, leur présomption est forte, et leurs futurs travaux de recherche devraient permettre de confirmer - ou infirmer - cette hypothèse.

Ce qui est sûr en revanche est que cette nouvelle espèce est «autochtone, et non introduite à partir d’une autre région du monde comme son cousin le moustique tigre, originaire d’Asie de l’Est», indique l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
Pour Vincent Robert, qui dirige une équipe de recherche à l’IRD, et qui est à l’origine de la découverte, «cela fait des siècles, et même certainement des millénaires que ce moustique est présent à Mayotte». Restait à l’identifier…

Vecteur de maladies?

À noter que Mayotte faisant partie de l’archipel des Comores, il n’est pas improbable qu’on puisse le trouver sur les autres îles. Ces moustiques seraient d’une abondance moyenne à Mayotte ; ils ont été retrouvés dans 6% des quelque 420 échantillons prélevés par les scientifiques.

Des scientifiques qui, à l’origine, avaient pour objectif de dresser un inventaire complet des espèces de moustiques présentes sur le territoire et avaient donc collecté ces échantillons de larves, en différents lieux (mares, puits, creux de rocher, trous d’arbres, soucoupes sous pots de fleurs, etc.).

Ils les ont ensuite examinées pendant les différentes phases de leur développement, jusqu’à ce qu’elles atteignent l’âge adulte. Et c’est là, avec étonnement, que les chercheurs ont repéré un inconnu, une nouvelle espèce pour Mayotte et pour la science, qui a donc reçu le doux nom de Stegomya pia.

Un inconnu ? Pas complètement. «Lorsque nous avons vu cet insecte que nous ne connaissions pas, nous avons fait des recherches dans des muséums, en particulier dans notre collection d’insectes d’intérêt médical, et nous en avons retrouvé un, qui avait été capturé en 1956 à Mayotte et qui avait été mal étiqueté. La personne qui l’avait vu pour la première fois l’avait confondu avec une espèce banale, 'Aedes aegypti'» raconte Vincent Robert.

L’erreur est désormais rectifiée, Stegomya pia dûment répertoriée, bien à sa place aux côtés des quelque 4000 espèces de moustiques identifiées dans le monde (40 pour Mayotte). Les chercheurs poursuivent l’examen minutieux de ces spécimens d’un nouveau genre et de leurs habitudes - habitat, repas de sang, etc. Une recherche pour faire avancer la science, mais aussi, peut-être, la santé publique, s’ils se révélaient effectivement vecteurs de maladies.

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