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France: recul du gouvernement, malmené par les sondages, sur l'écotaxe

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault aux côtés de Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, lors du rendez-vous avec les élus de la région Bretagne mardi 29 octobre 2013.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault aux côtés de Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, lors du rendez-vous avec les élus de la région Bretagne mardi 29 octobre 2013. AFP/Bertrand Guay

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé la suspension de l'écotaxe, cette taxe sur les poids lourds, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier, et dont la Bretagne ne voulait pas. La suspension est valable sur tout le territoire national. Une annonce faite aux élus de la région, où la contestation avait été forte ces derniers jours, lors d'une réunion de crise à Matignon. Peut-on parler d'un recul du gouvernement ?

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L’écotaxe est suspendue sur tout le territoire national pour une durée indéterminée. Cela représente un manque à gagner pour les caisses de l’Etat - un milliard d’euros - dont on ne sait pas encore comment il sera compensé. Une des pistes évoquées ce mardi matin est la création d’une nouvelle taxe sur la grande distribution.

Le gouvernement ne veut pas se contenter de ce symbole. Un député du Finistère disait ce matin que « la colère de l’écotaxe c’est l’arbre qui cache la forêt ». Le Premier ministre a annoncé une grande réflexion sur l’avenir de la région mais ce ne sera possible que si les acteurs se mettent autour de la table. Un petit tacle pour les élus UMP qui ont refusé de participer ce mardi matin à la réunion de Matignon.

« Le courage, ce n'est pas l'obstination »

Pour le Premier ministre, il s’agit de répondre à la crise profonde qui secoue la Bretagne et notamment la crise de la filière agroalimentaire, l’un des plus gros employeurs de la région. Il faut encore qu’il sorte politiquement par le haut de cette crise, se présenter comme un pouvoir souple à l’écoute du pays et non pas comme un gouvernement qui recule encore et toujours. « Le courage, ce n’est pas l’obstination, a déclaré Jean-Marc Ayrault. Le courage c’est de créer les conditions d’un dialogue sincère. Et c’est pourquoi j’ai décidé la suspension de la mise en œuvre de l’écotaxe pour nous donner le temps nécessaire d’un dialogue au niveau national et régional. »

Entre un nouveau procès en mollesse, en manque d'autorité, et une crise majeure sur le thème du ras-le-bol fiscal, François Hollande - qui a horreur des conflits et est au plus bas dans les sondages -, a donc tranché.

François Hollande accumule les records : il est le président le plus impopulaire de la Vème République. La défiance est particulièrement marquée à droite, et elle est inédite. François Hollande suscite le rejet à 97%, du jamais vu. On comprend très bien, dans ces conditions, que le chef de l'Etat n'a pas les moyens d'affronter une crise sociale d'ampleur. Il ne peut d'ailleurs même pas compter sur son Premier ministre. Jean-Marc Ayrault est tout aussi impopulaire et ne peut jouer le rôle de fusible ou de bouclier.

Dans ces conditions, un président impopulaire est d'abord un président affaibli, à l'autorité contestée, on l'a vu avec l'affaire Leonarda, on le voit encore sur cette histoire d'écotaxe. L'écologiste Jean-Vincent Placé, membre de la majorité présidentielle, avait déclaré au sujet de l'écotaxe : « si ce gouvernement cède, il ne faudra pas qu'il s'étonne qu'il n'ait plus d'autorité sur rien ». Avec des alliés comme ça, on n'a pas besoin d'ennemis !

Quelles hypothèses pour un regain de popularité?

« Je ne crois pas que l'on est dans un truc irréversible », assure un ministre, proche de François Hollande. Il peut espérer un regain de popularité s'il parvient à inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année. Il lui reste moins de trois mois. Il a aussi des solutions institutionnelles. La dissolution est écartée : la gauche perdrait les législatives, pour permettre à François Hollande de se refaire une santé avant de se représenter en 2017.

Il reste l'hypothèse d'un remaniement et elle est dans l'air depuis plusieurs mois. François Hollande finira bien par y arriver, la question est quand ? Certains avancent désormais l'hypothèse d'un nouveau gouvernement avant les municipales de mars 2014. Mais le remaniement est une arme à un coup, qui bien souvent a autant de force qu'un coup d'épée dans l'eau. Une arme qu'il vaudrait mieux garder pour juin 2014 : après les municipales et les élections pour le Parlement européen, qui s'annoncent catastrophiques pour le PS.

François Hollande n'aurait alors d'autre choix que d'appeler Manuel Valls à Matignon. Une manière aussi de faire redescendre de son petit nuage celui qui aujourd'hui fait de l'ombre au président.

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