Bande dessinée / Angoulême

Chloé Cruchaudet parle du «Mauvais genre»

Détail d'une planche de « Mauvais genre » (éditions Delcourt), roman graphique de Chloé Cruchaudet, né à Lyon en 1976.
Détail d'une planche de « Mauvais genre » (éditions Delcourt), roman graphique de Chloé Cruchaudet, né à Lyon en 1976. editions-delcourt.fr

Ce roman graphique est en lice pour le prix du meilleur album au Festival international de bande dessinée qui sera décerné ce dimanche 2 février à Angoulême. Mauvais genre de Chloé Cruchaudet a été déjà distingué par quatre prix, dont le Grand prix de la critique de bande dessinée 2014. Un roman incroyable, basé sur une vraie histoire. Il raconte le destin de Paul, un soldat déserteur de la Première Guerre mondiale. Obligé de se cacher, il finit par emprunter les vêtements de sa femme pour pouvoir sortir. Un travestissement dont il ne pourra finalement plus se passer, jusqu'à devenir un(e) habitué(e) du bois de Boulogne et de pratiques sexuelles diverses.

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→ Ecoutez l’interview avec Chloé Cruchaudet

Mauvais genre part d’une histoire vraie, celle de Paul, au départ travesti par nécessité, car c’est un soldat déserteur de la Première Guerre mondiale. Puis il va finalement y prendre goût. Il va être précurseur d’une certaine liberté sexuelle à une époque où c’est complètement inimaginable. Comment êtes-vous tombée sur cette histoire ?

À vrai dire, on m’a tout simplement offert le livre original, La Garçonne et l’assassin. C’est un essai historique, écrit par deux historiens. Ce n’est absolument pas romancé. C’était un beau cadeau. Dès que j’avais lu ce livre, j’ai été fascinée par le personnage de Paul, le personnage de Louise aussi. Je les ai trouvés extrêmement attachants. Et toutes les zones d’ombre qui avaient ce livre écrit par les historiens. Je me suis plu à imaginer ce qui avait pu se passer, parce qu’ils ont gardé dans les archives des traces de certains évènements. Par contre, par exemple, on ne sait pas qui a eu l’idée du travestissement. Est-ce que c’était suite à la désertion de Paul quand il essayait de se cacher. Est-ce que c’est sa femme qui l’a incité à se travestir en dame pour échapper aux autorités militaires ou est-ce que c’est lui ?

Du coup, vous avez inventé des épisodes pour les besoins du récit ?

Oui, et tout ce qui concerne l’intimité du couple. De toute façon, par définition, il n’y a pas d’archives. Donc j’ai imaginé quels avaient pu être les rapports de force entre eux. Au début, ça m’a paru évident vu le caractère de l’un et de l’autre. C’était Louise qui était un petit peu le maître du jeu et qui apprenait à son disciple, qui l’intronisait dans le monde des femmes. Puis petit à petit, ce qui m’a intéressée, c’est que le disciple dépasse le maître. Paul va devenir encore plus féminin que sa propre femme, ce qui va créer des déséquilibres, des jalousies, mais dû à la personnalité particulière de Paul qui était quelqu’un de très exhibitionniste. Il devait certainement avoir un fort charisme. Donc quand il a décidé d’aller au Bois de Boulogne par hasard, c’est devenu complètement une espèce d’égérie, une diva incroyable.

Est-ce que vous avez dû faire des choix et laisser de côté des épisodes véridiques ?

Énormément, parce que le destin de ce couple a été complètement fou. Il y a eu plein de choses qui paradoxalement étaient vraies, mais invraisemblables. L’exemple que je cite un peu souvent, c’est que Paul par exemple a été championne de France de parachutisme.

Championne donc sous son identité féminine ?

Sous l’identité de Suzanne qui était son pseudonyme féminin. Ça veut dire que les autorités médicales se sont laissées tromper. Il devait être très crédible. Après, cela paraît tellement fou. Lui qui était issu d’un milieu prolétaire, on ne sait pas comment il a eu accès à ces championnats de parachutisme. Même les historiens n’ont pas trop d’explications. C’est un exemple d’évènement dans le destin du couple que j’ai dû laisser de côté parce que, pour amener quelque chose d’aussi incroyable, c’était très compliqué.

Pour Mauvais genre, graphiquement, avez-vous essayé d’épurer si ce n’est de styliser votre dessin au maximum ?

Ça m’a semblé plus pertinent de laisser un peu d’imagination au lecteur. D’avoir un trait imprécis, ça permet de tricher tout simplement. Parce que Paul est très reconnaissable dans mon dessin, je lui ai fait un très grand nez. Mais si j’avais fait un dessin très réaliste, il y aurait encore eu un souci du vraisemblable, tandis que là, vu que mon dessin est à la base imprécis, de temps en temps quand il verse dans le côté de la féminité, je modifie finalement un petit peu le volume de son visage, etc. de manière imperceptible. Et ça se fait finalement plus facilement. En ce qui concerne les décors, je fais attention à que ce soit les personnages qui soient les plus forts. J’évoque juste le décor et je laisse tout ça dans une espèce de côté très charbonneux et assez imprécis.

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A ECOUTER :
[ Auteurs en sélection pour le Fauve d’or du meilleur album]
- «Mauvais genre», une bande dessinée signée Chloé Cruchaudet
- Richard Guérineau, auteur de «Charly 9»
- « Le chien qui louche » d'Etienne Davodeau
- «Ainsi se tut Zarathoustra» de Nicolas Wild
- Jacques Ferrandez, dessinateur de bande dessinée

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- Mauvais genre, roman graphique de Chloé Cruchaudet, publié aux éditions Delcourt.
- 41e Festival international de la bande dessinée à Angoulême, du 30 janvier au 2 février.

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