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France/Algérie

Deux anciens miliciens algériens devraient être jugés en France

Des survivants du village dévasté de Sahanine (Relizane) où plusieurs habitants ont été tués lors d'attaque attribuées à des islamistes, le 1er octobre 1998..
Des survivants du village dévasté de Sahanine (Relizane) où plusieurs habitants ont été tués lors d'attaque attribuées à des islamistes, le 1er octobre 1998.. AFP

Deux ressortissants algériens soupçonnés d’avoir participé à des massacres au cours de la guerre civile des années 1990 en Algérie devraient répondre de leurs actes devant la justice française. Les deux hommes avaient été mis en examen à Nîmes en 2004 pour « tortures et actes de barbarie ». La procureure du parquet de Nîmes vient de requérir leur renvoi en cour d'assises, au risque de bousculer les toujours délicates relations entre Paris et Alger.

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Ils s’appellent Abdelkader et Hocine Mohamed. Âgés de 45 et 50 ans, les deux frères se sont installés dans le sud de la France, à Nîmes, en 1998. À cette époque l’Algérie est épuisée par les attentats, les assassinats, les massacres… La région de Relizane, à 300 kilomètres à l’ouest d’Alger, n’est pas plus épargnée que les autres par les tueries. Au contraire même, les violences y ont un caractère de masse rarement égalé durant cette « décennie noire », la période qui a suivi l’élection de 1991 avortée par les militaires empêchant ainsi l’arrivée au pouvoir du Front islamique du Salut (FIS), ensuite interdit. 

L’obstination d’un militant

Réfugiés en France, les deux frères Mohamed sont soupçonnés d’avoir fait partie des « escadrons de la mort », des éléments qui semaient la terreur dans les villages, égorgeant les habitants sous couvert de lutte contre les islamistes. Tout au plus ont-ils reconnu avoir fait partie de groupes de légitime défense (GLD) mis en place et armés par le pouvoir algérien en 1994 pour parer aux attaques des maquisards islamistes. À Relizane ces milices comptaient environ 400 personnes.
 

A Relizane, au sud-ouest d'Alger, des charniers ont été mis au jour en 1999 par un militant des droits de l'homme.
A Relizane, au sud-ouest d'Alger, des charniers ont été mis au jour en 1999 par un militant des droits de l'homme. (cc)Wikipédia/isischat

Une version bien édulcorée de leur participation si on en croit la plainte déposée dès 2003 par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH). Selon l’avocat de la FIDH, Me Patrick Baudoin, une centaine d'exécutions sommaires et quelque 200 disparitions ont eu lieu entre 1994 et 1997 dans la région de Relizane, dont la plupart sont imputables aux milices spéciales créées pour lutter contre les islamistes. Cette démarche conjointe des associations avait amené l’ouverture d’une information judiciaire suivie par une mise en examen en 2004 d’Abdelkader et Hocine Mohamed pour « tortures et actes de barbarie ».

Il aura fallu dix ans de plus et une instruction fort compliquée pour que le parquet décide de faire comparaître les deux frères devant les assises du Gard. Une décision qui ne manquera pas d’agacer les autorités algériennes qui avaient pourtant été alertées dès 1999. À cette époque, Mohamed Smaïn, un militant des droits de l’homme révèle l’existence d’une douzaine de charniers dans la région de Relizane et établit une liste de noms de 200 disparus. Il saisit la justice algérienne, mais très vite, de plaignant il se retrouve poursuivi pour dénonciation de « crime imaginaire » précisément par d'anciens membres présumés des « escadrons de la mort ».

Justice en marche

En 2011, il est condamné définitivement non sans avoir entretemps saisi la justice française, via la FIDH, puisque les deux mis en cause résidaient en France. En effet, en vertu de la Convention internationale contre la torture adoptée en 1984 et intégrée dans le code pénal en 1994, les autorités françaises ont pour obligation de poursuivre, arrêter ou juger toute personne se trouvant sur le territoire susceptible d'avoir commis des actes de tortures, quels que soient l'endroit où ils ont été commis et la nationalité des victimes.

Les juges d’instruction français n’ont pas été autorisés à se rendre en Algérie pour mener leur enquête. Ils ont pu cependant entendre des proches des victimes et des témoins des exactions. Des auditions suffisamment convaincantes pour aboutir au final à ce qu’Abdelkader et Hocine Mohamed soient renvoyés aux assises. Même si l’affaire risque de jeter un froid sur les relations entre Paris et Alger et que l’instruction a failli caler à plusieurs reprises, la justice est en marche.

La guerre civile algérienne a fait quelque 200 000 morts selon les estimations officielles. Les familles et les proches des victimes de Relizane connaîtront peut-être bientôt la vérité sur ce qui est arrivé aux leurs en ces années de terreur. 

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