France

Une nouvelle sortie controversée de Jean-Marie Le Pen embarrasse le FN

Jean-Marie Le Pen a été condamné notamment pour ses propos qualifiant les chambres  à gaz des camps de la mort nazis de «détail de l'histoire» ou pour un jeu de mots injurieux sur «Durafour crématoire» en 1988, visant le ministre Michel Durafour.
Jean-Marie Le Pen a été condamné notamment pour ses propos qualifiant les chambres à gaz des camps de la mort nazis de «détail de l'histoire» ou pour un jeu de mots injurieux sur «Durafour crématoire» en 1988, visant le ministre Michel Durafour. Reuters / Stephane Mahe
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Il y a 3 semaines, il avait déclenché la polémique en déclarant que le virus Ebola pourrait régler les problèmes d’immigration. Nouveau dérapage vendredi de Jean-Marie Le Pen : le président d’honneur du Front national s’en est, cette fois, pris au chanteur de confession juive Patrick Bruel. Une sortie aux forts relents antisémites, dénoncée par la classe politique et critiquée au sein même du FN. Marine Le Pen elle-même a pris ses distances avec son père en parlant de « faute politique », tout en se disant « convaincue que le sens donné à ses propos relève d'une interprétation malveillante ».

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C’est à un de ses exercices favoris que s’est livré vendredi soir Jean-Marie Le Pen : le dérapage à fort relent antisémite.

Dans son journal de bord hebdomadaire diffusé en vidéo sur le site du Front national, le président d’honneur du parti d’extrême droite donne ce jour-là son sentiment sur les artistes qui se sont opposés au FN. La personne qui le questionne l’interroge sur le chanteur de confession juive Patrick Bruel. « On fera une fournée la prochaine fois », rétorque alors en riant Jean-Marie Le Pen.

L’ancien président du FN est décidément coutumier de ce genre de jeux de mots plus que douteux, une triste habitude qui débute au milieu des années 1980. A cette époque-là, il qualifie notamment les chambres à gaz des camps de la mort nazis de point de « détail de l’histoire » de la Seconde Guerre mondiale.

Si aujourd’hui Jean-Marie Le Pen a beau se défendre de toute pensée antisémite, ses explications ne semblent pas convaincre grand monde.

La condamnation de ses propos est unanime. Même dans son propre camp, la gêne est apparente. « C’est stupide politiquement et consternant », a regretté Louis Aliot, vice-président du parti et compagnon de Marine Le Pen. Jugeant ces propos « inacceptables et intolérables », Gilbert Collard, le député Rassemblement bleu marine a, lui, suggéré à Jean-Marie Le Pen de prendre sa retraite.


Opération désamorçage au sein du Front National 

Confrontés à un nouveau jeu de mots de l'ancien président du parti, Jean-Marie Le Pen, ses membres tentent de faire marche arrière. Plusieurs associations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme ont déjà annoncé des plaintes devant la justice.

Au sein du parti, les actuels vice-présidents s'associent aux députés du Rassemblement bleu marine contre la phrase prononcée : « La prochaine fois, on fera une fournée ! ». L'allusion aux fours, lors d'une discussion filmée sur le site internet du FN, avant d'en être retirée, visait les vedettes critiques envers le FN. L'humoriste Guy Bedos, les chanteurs Madonna et Yannick Noah, ou l'acteur Patrick Bruel.

Si, au Front National, on nie le caractère antisémite des propos de Jean-Marie Le Pen, on n’en regrette pas moins le côté outrancier. Cette phrase a provoqué un petit séisme en interne. Pour la première fois, Marine, sa fille, a décidé de lâcher publiquement son père, lassée sans doute par ses sorties polémiques à répétition.

Une explication entre Marine et Jean-Marie Le Pen

Hier soir, la présidente du FN a ainsi déclaré au Figaro : « Ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front National subit les conséquences ». Une déclaration dans la lignée de celle de son compagnon. La veille, Louis Aliot, vice-président du FN, avait clairement pris ses distances avec le président d’honneur du parti.

Les dérapages de Jean-Marie Le Pen sont une épine dans le pied de sa fille. Ils viennent contrecarrer la stratégie de dédiabolisation qu’elle a mise en place à son arrivée à la tête du Front National. Bien consciente du danger, Marine Le Pen devrait avoir une explication avec son père cette semaine, croit savoir un cadre du parti. Mais hors de question pour Jean-Marie Le Pen de prendre sa retraite comme l’a réclamé hier le député Rassemblement bleu marine, Gilbert Collard.

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