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France / Education

Au lycée d'adultes de Paris, des candidats au bac de 18 à 72 ans

Des terminales S révisent leur cours de SVT. Au lycée d'adultes de Paris, la moyenne d'âge est de 29 ans.
Des terminales S révisent leur cours de SVT. Au lycée d'adultes de Paris, la moyenne d'âge est de 29 ans. RFI / François-Damien Bourgery

Près de 700 000 Français planchent actuellement sur les épreuves du baccalauréat. Parmi eux, des lycéens pas comme les autres. Âgés de 18 à 72 ans, ils sont « auditeurs » au lycée municipal d’adultes (LMA) de Paris. Après plusieurs années de cours du soir, ce baccalauréat est pour eux un aboutissement. Reportage.

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L’année scolaire est officiellement terminée depuis une semaine au lycée municipal d’adultes Philippe-de-Hautecloque, dans le XIVe arrondissement de Paris. Mais dans la salle 6, au premier étage de l’établissement, l’ambiance est studieuse. Une poignée d’élèves de terminale ES prend consciencieusement en note la leçon de leur professeur d’histoire. Moyenne d’âge : 30 ans. Il est 19 h et pour eux, c’est une nouvelle journée qui vient de commencer. Caissière, boulangère, agent de sécurité ou infirmière, ils viennent ici chaque soir après le travail. Le LMA, géré par la Ville de Paris, est le seul lycée public de France à proposer des cours à destination des adultes. Aujourd’hui, les visages sont plus tendus qu’à l’ordinaire et l’anxiété palpable, car bientôt, ils vont passer le baccalauréat.

Une jeune femme dit avoir laissé ses enfants à sa mère pour pouvoir s’y préparer « Moi, je me suis mis en congé de travaux ménagers », rigole une autre. Bouaké, lui, est là tous les jours dès 10 h du matin. Il a provisoirement abandonné ses petits boulots de ménage et de gardiennage pour se consacrer entièrement à ses révisions. Seulement titulaire d’un brevet des collèges, cet Ivoirien de 33 ans a décidé dès son arrivée en France en 2011 de s’inscrire en première au lycée d’adultes de Paris. Car pour lui, c’est certain, le bac est la garantie d’une intégration réussie. Mais aussi la possibilité de changer sa vie. « Aujourd’hui, je suis content de l’affronter. C’est comme un passage de la vie au paradis. Il faut affronter la mort pour arriver au paradis », métaphorise Bouaké dans un large sourire.

« Un pincement au cœur »

Au lycée municipal d’adultes, qui accueille cette année 260 « auditeurs » de la seconde à la terminale, beaucoup racontent la même histoire : des études abrégées trop tôt par manque de maturité ou par envie de se lancer dans la vie active. Et puis, après quelques années de chômage ou d’une carrière professionnelle qui stagne, le désir de recommencer là où ils avaient arrêté et de passer enfin ce bac qui leur manque tant. Christiane, elle, parle de « frustration ». « Chaque année, quand je vois les lycéens passer le bac à la télévision, j’ai un pincement au cœur. Je me suis toujours demandé : "Mais qu’est-ce que ça fait ?», confie cette infirmière de 37 ans.

Un jour, il y a trois ans, sa mère voit une émission sur le LMA. « Elle m’a montré le site, j’y suis allée, j’ai vu que c’était pour moi. À partir de là, j’ai travaillé… » La voix de Christiane s’étrangle. Elle marque une pause pour ravaler ses larmes. Après la traditionnelle réunion d’information qui explique aux futurs « auditeurs » le fonctionnement et la philosophie de l’établissement, et les tests qui déterminent leur niveau, Christiane s’inscrit finalement en seconde. « J’ai tout recommencé, l’économie, les sciences, le français. C’était génial parce que c’étaient des cours où j’avais toujours eu des difficultés, où je souffrais. Et là, on a des profs qui sont passionnés par ce qu’ils font et qui nous permettent de surmonter ces difficultés », assure-t-elle.

Tous le reconnaissent : en retournant au lycée, ils ont mis leur vie sociale entre parenthèses. Installée dans la cour de récréation où elle bûche sur ses maths, Mariam, qui travaille 35 heures par semaine dans une boulangerie du quartier de la Défense, fait part de sa fatigue. « Je suis fatiguée des cours et du travail. Je ne vois plus trop ma famille et mes amis, surtout cette année. Je suis toujours chez moi le week-end à réviser », soupire-t-elle. Pour immédiatement positiver : « Mais je sais qu’une fois que j’aurai passé mon bac, ma vie redeviendra comme avant. Mais en mieux. » Près d’elle, Sonia, 21 ans, a carrément quitté sa ville natale pour recommencer une terminale au LMA. « Je vivais avec mes parents et ma petite sœur et je me suis retrouvée dans une autre ville avec mon grand frère. Ça m’a fait un choc. Mais avec de la motivation, on parvient à le surmonter », affirme-t-elle de son accent chantant.

Une motivation nourrie par l'équipe éducative

Si certains « auditeurs » finissent par abandonner en cours de route, la grande majorité fait montre d’une détermination sans faille. « C’est un lycée où on a des gens qui ont envie de se cultiver, qui ont envie d’apprendre, confirme Jacques el-Alami, professeur d’histoire-géographie qui, comme la plupart de ses collègues, vient faire des heures supplémentaires au LMA. Par rapport à des jeunes du secondaire qui ne savent pas trop pourquoi ils vont à l’école, qui ne comprennent pas encore l’importance des études, ici on a des gens très motivés ». Une motivation largement nourrie par les discours de l’équipe éducative. « Ici, on leur dit qu’ils sont tout à fait capables de réussir. On ne leur dit pas qu’ils sont nuls, on leur dit qu’ils sont faibles, mais qu’ils ont ici une équipe de professeurs qui est prête à les aider pour avoir le baccalauréat », rapporte encore Jacques el-Alami.

Le baccalauréat : pour beaucoup, il est un aboutissement, une espèce de Graal, après trois ans de sacrifices. Mais pour Maxime Fassiotti, adjoint au proviseur, ce n’est pas forcément cela qui compte. « Ce qui est vraiment important, ce sont les années qu’ils ont passées ici. Ça leur donne confiance en eux et ça leur montre qu’ils étaient capables de suivre une formation, d’acquérir une rigueur, des méthodes de travail, des connaissances. C’est vraiment ça qui est important. Ça les change radicalement », jure-t-il.

Ils sont 90 « auditeurs » à être inscrits au baccalauréat cette année. En 2013, le LMA a enregistré 86% de réussite. Une année « particulièrement bonne », selon Maxime Fassiotti, alors que l'établissement tourne habituellement autour de 65-70%. Christiane, elle, qu’elle l’ait ou pas, en est désormais certaine : « Je peux faire ce que je veux. Pendant trois ans, j’ai pu faire deux choses à la fois, je ne me suis pas arrêtée, j’ai tenu le coup. Si je veux faire quelque chose, je crois être capable de le faire. Il suffit que je le veuille. »

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