FRANCE

France: «L'arsenal est insuffisant face à la montée du jihadisme»

Sur Youtube, une vidéo de l'Etat islamique vante un camp d'entraînement au jihad.
Sur Youtube, une vidéo de l'Etat islamique vante un camp d'entraînement au jihad. © Youtube / Capture d'écran

En France, un plan a été présenté ce mercredi matin en Conseil des ministres par le ministre de l’Intérieur. Dix-huit mesures sont proposées, parmi lesquelles une interdiction de sortie du territoire valable six mois, à l’encontre des personnes soupçonnées de vouloir faire le jihad en Syrie. Les juges auront également la possibilité d’appréhender des suspects sous l’incrimination « entreprise individuelle à caractère terroriste », pour viser « les loups solitaires ». Louis Caprioli, conseiller de la société GEOS et ancien directeur du contre-terrorisme international à la DST, la direction de la surveillance du territoire, répond aux questions de RFI.

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RFI : Le visage du terrorisme a-t-il à ce point changé ces dernières années en France pour qu’il faille un nouveau dispositif ?

Louis Caprioli : Il a changé par son ampleur. Le jihadisme est un phénomène dont la France a été victime depuis l'année 1993 avec le Groupe islamique armé qui a commis en France des attentats. Ça s’est développé après avec les gens qui sont allés faire le jihad en Irak. On a arrêté de nombreux réseaux dans les années 2005-2007-2008 ! Et puis maintenant, il prend une ampleur considérable avec le jihad en Syrie et maintenant aussi à nouveau en Irak. Donc effectivement, l’arsenal répressif est insuffisant pour faire face à cette montée en puissance.

La crainte, c’est surtout au retour du jihad ?

Si vous voulez, pour éviter les retours, il faut empêcher les départs. Et je crois que c’est la première étape qu’a voulu souligner le ministre. C’est d’une part, tenter d’éviter cette radicalisation, justement en exerçant une surveillance accrue sur Internet et en fermant les sites jihadistes. Encore que ça va être extrêmement difficile avec les comptes Twitter, avec Facebook. Mais il fallait le faire. Et puis, ce qui va être une mesure – je ne connais pas l’efficacité réellement, on verra bien – c’est l’interdiction de quitter le territoire. Mais alors là, ça va poser des problèmes. Prenons le cas d’un individu qui est un binational, il a deux passeports. On lui retire son passeport français, il conserve une autre nationalité. Est-ce qu’on pourra l’empêcher de quitter le territoire ? Ou il va passer dans l’espace Schengen, et à ce moment-là comment ça va se passer ? Je ne crois pas que la loi française soit applicable en Allemagne, en Hollande ou ailleurs. Et c’est là où, au niveau européen, il faut prendre des dispositions.

L’objectif, c’est d’agir en amont sur des soupçons, pas sur des preuves. C’est possible d’agir comme ça, dans un cadre légal ?

C’est un changement complet. C’est vrai que ça va être les services de renseignement, donc la Direction générale de la sécurité intérieure, avec des informations qui vont venir du service central de renseignement territorial, la DGSE. Ils vont constituer des notes sur des individus et en raison de leur dangerosité, parce qu’ils ont envie de partir faire le jihad et ensuite se livrer peut-être à des attentats à leur retour en France, on va prendre une mesure administrative d’interdiction du territoire français. C’est quelque chose de tout à fait nouveau.

On est sur de la justice préventive ?

On n’est pas sur de la justice préventive. On est sur des décisions administratives préventives, puisque la justice n’est pas passée par là encore. Il n’y a pas eu de condamnation et d’interdiction de quitter le territoire. Parce que traditionnellement ce sont les juges, qui dans une décision de justice, vont condamner quelqu’un à une interdiction de quitter le territoire. Donc là, on est dans une situation, j’allais dire nécessaire, mais surprenante.

Il n’y a pas de risque de dérive, selon vous ?

Je ne crois pas. Parce que c’est une décision qui va être prise au niveau du cabinet du ministre de l’Intérieur, dans un groupe de travail, et donc on va évidemment vérifier le plus possible que les gens n’outrepassent pas leurs droits. Parce que c’est certainement une violation d’une liberté fondamentale qui est la liberté d’aller et venir et de déplacement. Il pourrait y avoir des dérives, encore que le texte prévoit qu’il peut y avoir des recours devant la justice. Des recours a posteriori.

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