France

Air France: pilotes dans la rue et discussions dans l’impasse

Les pilotes d'Air France entament leur dixième jour de grève, égalant un record vieux de seize ans.
Les pilotes d'Air France entament leur dixième jour de grève, égalant un record vieux de seize ans. BFMTV

La grève chez Air France entre dans son 10e jour, les discussions sont dans l'impasse et les annonces et contre annonces créent une certaine confusion. Alors que le secrétaire d'Etat aux Transports annonçait l'abandon par la compagnie du projet Transavia Europe, au coeur du conflit, un porte-parole de la compagnie démentait un peu plus tard. Pour la première fois, mardi 23 septembre, 200 pilotes environ sont descendus dans la rue en uniforme.

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Les clients d'Air France ont cru à une bonne nouvelle. Alain Vidalies, secrétaire d’Etat aux Transports, sonnait ce matin la fin du projet au cœur de la grève des pilotes : Transavia Europe. Déclaration suivie d’un démenti de la direction de Air France : le projet est bien suspendu mais les discussions avec les partenaires sociaux reprendront pour réexpliquer ce projet.

Si elles échouent alors le projet Transavia Europe sera abandonné. Pour mettre un terme à la confusion le Premier ministre Manuel Valls demande à la direction de trancher et vite. « La création de Transavia en France doit être maintenue » a-t-il affirmé, si celle de Transavia Europe doit être conservée ou abandonnée il faut le décider « dans les heures qui viennent ».

Dans les aéroports, le statu quo se traduit une nouvelle fois par l'annulation de la moitié des vols. Air France prévoit d'assurer 46% des siens, sensiblement comme mardi (48%). La situation s'est encore un peu plus détériorée à Nice, où seulement douze vols sur trente (80% d'annulations) ont été maintenus pour la journée de ce mercredi.

Au niveau national, le taux de grévistes devrait baisser à 52%, après 65% lundi et 57% mardi, selon la compagnie, qui recommande à ses clients ayant réservé un vol d'ici au 30 septembre de reporter leur voyage ou de changer leur billet sans frais.

Le dernier préavis de grève déposé court jusqu'au 30 septembre. Le mouvement social, qui cloue au sol plus de la moitié des avions depuis le 15 septembre, a égalé le record du plus long conflit mené par les pilotes d'Air France. En juin 1998, ces derniers protestaient contre le projet du PDG Jean-Cyril Spinetta de réduire de 500 millions de francs la masse salariale
annuelle des pilotes grâce à un échange salaire contre actions.

Négociations bloquées

Jean-Louis Barber, le président du syndicat des pilotes de ligne, manifestait mardi, casquette de pilote sous le bras, veste bleu marine à galons, insignes dorées mais marinière sur les épaules, ce qui n'est pas très réglementaire mais c'était volontaire. « Ce sont des marinières 'made in France', symbole du refus des pilotes de voir leurs emplois délocalisés au travers d’un projet, Transavia Europe, qui n’a pas de sens, explique Jean-Louis Barber. Le combat, il est juste, parce que nous défendons l’emploi, et l’emploi français ». On se souvient que la marinière avait été érigée en symbole du «produire français » par Arnaud Montebourg alors qu'il était ministre du Redressement productif.

Car la crainte des salariés d'Air France avec ce projet, c'est de voir leur compagnie déplumée au profit de sa filiale. « Le nombre d’avions qu’on a est en constante diminution, raconte Jérôme Dunand, drapeau français sur le dos, pilote depuis 15 ans. C’est forcément moins de personnel de cabine, moins de mécanos pour les entretenir, et c’est forcément moins de personnes dans les aéroports. Ce n’est ni plus moins que des emplois en moins chez Air France qui sont petit à petit recréés dans d’autres conditions, dans d’autres pays. Et on a pris les efforts des salariés depuis des années et des années pour aller investir à l’étranger ».

Un rejet général

« Je suis pilote depuis 17 ans, affirme un autre pilote. Si le mouvement a une telle ampleur, c’est que le rejet est général. Un dégoût de ce qui se passe. Nous avons vraiment envie de sauver l’entreprise, qu’elle reste française, de droit français, avec des emplois français. Si projet Transavia Europe est mis en place, les charges sociales ne seront pas payées en France, c’est aussi une perte pour l’Etat, pour le pays. Et ce qui est choquant c’est que l’Etat, actionnaire principal de la compagnie, laisse faire cela. Il faut développer Transavia France, une compagnie low-cost, mais de droit français ».

Les négociations sont rompues, comment sortir de cette impasse ? « On en sort par la discussion et la proposition, explique le président du SNPL. Nous allons essayer de faire des propositions, une fois de plus, pour sortir la direction d’Air France du mur dans lequel elle nous envoie aujourd’hui. Parce que ce sont nos emplois. C’est nous qui sommes concernés ».

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