France / Justice

Hélicoptères du Kazakhstan: une enquête vise l’entourage de Sarkozy

Le «Kazakhgate» fait la Une du quotidien Le Monde, daté du 8 octobre 2014.
Le «Kazakhgate» fait la Une du quotidien Le Monde, daté du 8 octobre 2014. lemonde.fr
Texte par : RFI Suivre
4 mn

A chaque jour son lot de révélations sur les affaires visant directement ou indirectement Nicolas Sarkozy. Le journal Le Monde rapporte, mardi 7 octobre, qu'il existe une autre enquête touchant l'entourage de l'ex-président français. Cette enquête porte sur la vente d'hélicoptères au Kazakhstan. Un contrat de près de deux milliards d'euros, juteux, mais douteux aux yeux du parquet de Paris.

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En avril 2012, Tracfin signale des mouvements de fonds suspects sur les comptes d'un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Plus de 300 000 euros dont l'origine interroge l'organisme anti-blanchiment d'argent du ministère des Finances. Selon Le Monde, le parquet de Paris ouvre alors une enquête préliminaire, lie ces mouvements de fonds à la vente de 45 hélicoptères au Kazakhstan et s'interroge sur le versement possible de rétrocommissions.

Signe de doutes persistants, l'enquête préliminaire devient information judiciaire un an plus tard. Le mois dernier, Jean-François Etienne des Rosaies ainsi qu'une ancienne chargée de mission auprès de Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, ont été placés en garde à vue et trois autres personnes mises en examen : deux intermédiaires et une avocate proche de l'Elysée à cette époque.

Mais le parquet de Paris s'interroge aussi sur d'éventuelles interventions de Nicolas Sarkozy auprès de sénateurs belges. Une loi d'exception votée rapidement a permis à un homme d'affaires kazakh et deux de ses associés d'éviter un séjour en prison en Belgique.

Une loi express qui laisse songeur

Le député centriste belge Olivier Maingain s’étonne aujourd'hui du vote express en 2011 d’un amendement à une loi. Il avait permis à un homme d’affaires kazakh d'échapper à une lourde sanction pénale. Le gouvernement français serait-il intervenu auprès de Bruxelles ?

« Monsieur Chodiev était en Belgique, poursuivi pénalement pour des faits graves de fraudes, d’association de malfaiteurs, explique Olivier Maingain. M. Chodiev est proche du président kazakh, M. Nazarbaïev, et l’information qui est donnée est : M. Nazarbaïev aurait suggéré lors d’entretiens avec le président Sarkozy que M. Chodiev puisse échapper à la rigueur de la loi belge, et la transaction pénale a pour effet d’éteindre les poursuites à l’initiative du Ministère public moyennant le paiement d’une forte amende. »

Et le député poursuit  : « En l’occurrence, M. Chodiev et les personnes poursuivies se sont acquittés d’une somme qu'on a fixé à plus ou moins 22,5 millions d’euros. Ce qui interpelle, c’est que la loi qui a institué cette transaction pénale a été votée dans des circonstances tout à fait express. Ce travail précipité sur le plan législatif interpelle aujourd’hui. Peu de temps après la transaction pénale dont a bénéficié monsieur Chodiev, il y a eu la signature d’achat des hélicoptères par le régime kazakh à la France. »

« Demain, ce sera les libellules d’Ouzbékistan ? »

Aux yeux de la justice française, cette loi pourrait avoir été la condition à la signature de ce contrat mirifique. L'enquête en cours vise donc des délits financiers, mais porte aussi sur une éventuelle « corruption d'agents étrangers ».

L'ancien ministre Thierry Mariani, député UMP, parle d'acharnement contre Nicolas Sarkozy : « Il y a une [affaire] qui sort tous les jours. C’est quoi aujourd’hui ? C’est les hélicoptères du Kazakhstan. Demain, ce sera les libellules d’Ouzbékistan ? […] Par moment, ceux qui s’acharnent sur lui en font un peu trop. »

Les affaires ne cessent en effet de se multiplier pour Nicolas Sarkozy. Ce qui donne la « nausée » au secrétaire d'Etat Thierry Mandon. « Le retour de Nicolas Sarkozy, ça mérite le grand prix du bêtisier politique de l’année, il n’y a pas un jour sans une affaire, explique ce dernier. On ne sait pas pourquoi il est revenu parce qu’on ne sait toujours pas ce qu’il pense. Très sincèrement, c’est un retour incompréhensible. »

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