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France/Santé

Les Français plus que jamais accros aux antibios

Gélules d'amoxicilline, l'un des antibiotiques les plus prescrits au monde, appartenant à la famille des bêta-lactamines.
Gélules d'amoxicilline, l'un des antibiotiques les plus prescrits au monde, appartenant à la famille des bêta-lactamines. Wikimedia/Commons

En France, tout le monde connaît le slogan « les antibiotiques, ce n’est pas automatique ». Serinée depuis 2002, la campagne des autorités sanitaires a fait long feu. Si l’usage des antibiotiques a d’abord reculé d’un peu plus de 10 %, depuis 2010 leur consommation est repartie à la hausse : plus 5,9 % en seulement trois ans.

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On croyait avoir gagné la bataille des antibiotiques et de leur mésusage. Déjà au début des années 2000, l’alerte était sonnée pour avertir les malades en puissance que nous sommes, d’arrêter d’avaler des antibiotiques pour un oui, pour un non, sous peine de ne plus avoir de traitement antimicrobien efficace à disposition. « Les antibiotiques, c’est pas automatique », disait en 2003 la première campagne du genre destinée à nous faire prendre conscience du danger. 

Les mauvaises habitudes sont revenues

Message reçu 5 sur 5, les Français modèrent leur usage des antibiotiques avec une baisse de 10,7 % des ventes sur dix ans. Cela va dans le bon sens, mais depuis 2010, les mauvaises habitudes sont revenues de plus belle avec une augmentation de 5,9 % en à peine trois ans. Une accélération suffisamment brutale, amorcée dès 2005, pour que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) se fende d’un rapport pour inciter à revenir à de meilleures pratiques.

Cette fois tout le monde est visé, médecins de ville, patients et hôpitaux, tout le monde est mis dans le même panier, celui de la surconsommation. Championne toute catégorie et en progression, la médecine de ville reste la plus grande prescriptrice (90 %), mais l’hôpital n’est pas en reste avec quatre patients sur dix qui reçoivent un traitement antibiotique.

25 000 morts chaque année
 

Selon l'OMS, 25 000 personnes meurent chaque année en Europe du fait de la résistance développée par les bactéries qui rend les antibiotiques inopérants.
Selon l'OMS, 25 000 personnes meurent chaque année en Europe du fait de la résistance développée par les bactéries qui rend les antibiotiques inopérants. BSIP/UIG Getty Images

L’ANSM s’inquiète de cette hausse qu’elle juge « préoccupante » d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un tableau de surconsommation générale de médicaments typiquement française. Avec comme conséquence, le risque de voir se rétrécir de plus en plus la panoplie d’antibiotiques dont on dispose.

Dans un contexte de progression des résistances des bactéries, il devient vital de revoir nos pratiques, estiment d’ailleurs les experts. D’autant plus, rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que 25 000 personnes meurent chaque année en Europe en raison de la résistance développée par les bactéries.

Le développement de ces résistances aux antibiotiques inquiète à plus forte raison quand on sait que le nombre de substances actives disponibles diminue (- 29 entre 2000 et 2012) et que la recherche sur de nouveaux antibiotiques s’est considérablement ralentie. C’est pourquoi constatant le nombre croissant d’impasses thérapeutiques rencontrées, l’Agence nationale de sécurité du médicament relance un nouveau plan national de réduction de 25 % de la consommation d’ici 2016.

Même les Américains en consomment moins

L’objectif est ambitieux, car il s’agit en l’espace de deux ans non seulement d’inverser la tendance actuelle, mais de donner un coup de frein comme on n’a jamais réussi à le faire jusque-là. Pour y parvenir, l’ANSM encourage tous les acteurs de la santé à améliorer la prise en charge des patients qui seront la cible de nouvelles campagnes d’information, à préserver l’efficacité des antibiotiques notamment en renforçant la surveillance des consommations et des résistances.  Elle souligne enfin l’importance de la recherche pour préserver ce qui existe et découvrir et développer de nouvelles molécules.

Aujourd’hui, la France est l’un des plus gros utilisateurs d’antibiotiques en Europe, sa consommation est de 30 % supérieure à la moyenne européenne. Elle dépasse même de 25 % celle des Américains pourtant guère parcimonieux dans ce domaine. Pour tenter de freiner l’usage pas toujours justifié de cette famille de médicaments, la ministre de la Santé, Marisol Touraine vient de lancer une expérimentation d’un an à laquelle participent 100 pharmacies dans quatre régions de France. 

Concrètement, il s’agit pour le pharmacien de donner, dans des conditions complètement sécurisées, le nombre exact de comprimés prescrits par le médecin. Cela devrait éviter aux patients la tentation de prendre les antibiotiques restés dans l’armoire à pharmacie ou de dépanner leurs proches avec un traitement inadapté, voire dangereux.

 

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