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Egypte / France

Al-Sissi à Paris: vers une réhabilitation du régime égyptien

Le président égyptien al-Sissi et le président français François Hollande, à l'Elysée, le 26 novembre 2014.
Le président égyptien al-Sissi et le président français François Hollande, à l'Elysée, le 26 novembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi, en tournée européenne pour conforter son statut de poids lourd régional, a entamé mercredi 26 novembre une visite d'État en France dominée par les grandes crises au Moyen-Orient: conflit israélo-palestinien, chaos libyen et lutte anti-terrorisme. Pour sa deuxième journée de visite en France, Abdel Fattah al-Sissi aborde les questions économiques avec notamment une rencontre avec des patrons français. Le président français François Hollande a appellé l'Egypte à poursuivre son « processus de transition démocratique ». Le pays est-il sur le bonne voie ? Les touristes peuvent-ils retourner en Egypte comme le demande al-Sissi ? Masri Feki, chercheur en géopolitique à l'université Paris VIII, auteur d’ouvrages sur les révoltes arabes répond aux questions de RFI.

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RFI : L’enjeu principal de cette visite d’Abel Fattah al-Sissi c’est la sécurité. Est-ce que le président égyptien, depuis son élection, a amélioré les choses dans son pays ?

Masri Feki : Je dirais que l’enjeu principal de cette visite c’est surtout de réhabiliter le régime égyptien. Cette visite était impensable il y a un an, alors que le régime était accusé des pires exactions contre les partisans de l’ancien président déchu Mohamed Morsi. Donc cette visite est la première en Occident pour al-Sissi et elle ouvre la voie à une normalisation des relations avec l’ensemble des pays d’Occident et peut-être qu’elle sera suivie d’une visite aux Etats-Unis. En tout cas c’est ce qu’espère la diplomatie égyptienne.

Est-ce que la France, dans ce contexte, peut conclure des contrats avec l’Egypte ? Est-ce qu’elle peut vendre, notamment son armement ?

Je pense que la France n’a pas beaucoup de choix actuellement, notamment avec cet élargissement des zones où règnent des organisations terroristes au Moyen-Orient. L’Egypte est au cœur d’une région fortement troublée, avec la bande de Gaza qui est dominée par une organisation terroriste et qui a mis la région à feu et à sang il y a un mois, avec la Libye où il y a une absence d’institution étatique, il y a un vide d’Etat, avec tout ce qui se passe également en Syrie et en Irak, où nous avons des pays officiels qui ne contrôlent pas le terrain et où les deux tiers des territoires des deux Etats sont contrôlés par une organisation terroriste. Et l’Egypte est le seul pays de la région qui a quand même réussi à faire face à tout cela. Donc je pense que la France, la communauté internationale de manière plus générale n’a pas vraiment le choix et va se trouver obligée de coopérer avec al-Sissi, et de se dire que nous allons lutter contre le terrorisme, comme si les droits de l’homme n’étaient pas un enjeu. Mais en même temps aussi, je dirais également lutter pour l’amélioration des conditions des droits de l’homme dans ces pays comme si le problème du terrorisme n’existait pas.

Justement, au moment même ou al-Sissi est à Paris, 78 manifestants pro-Morsi ont été condamnés à de la prison pour appartenance à une organisation terroriste. C’est un signe, c’est un message, ça ?

Je dirais que c’est classique. Ça veut dire que vu de l’intérieur, vu de l’Egypte, ce n’est pas choquant. Il y a toujours eu des exactions et des jugements excessifs contre toute dissidence. Et actuellement la lutte contre le terrorisme est un prétexte.

Plusieurs centaines de personnes ont été condamnées à mort ?

Absolument. Alors oui effectivement, il y a une insécurité. Il faut faire face. L’Etat égyptien doit bien entendu faire face à ce phénomène. Et l’Egypte ne peut pas se permettre de sombrer dans le chaos et l’insécurité comme les pays voisins. C’est un pays de 90 millions d’habitants, donc cela serait absolument insupportable pour l’Egypte. Mais en même temps il faut aussi savoir que sous prétexte de lutter contre le terrorisme il y a un musèlement de toutes les voix dissidentes dans le pays. Parmi les personnes arrêtées, il y a des libéraux. Parmi les personnes qui ne peuvent pas entrer en Egypte il y a quand même un prix Nobel de la Paix Mohamed el-Baradei qui a été à la tête du mouvement de contestation qui a chassé Morsi ! Donc qui a été allié de al-Sissi pendant un bon moment, mais il a critiqué la conduite du gouvernement après notamment une manifestation qui a été réprimée dans le sang. Et il y a une campagne de harcèlement d’un mouvement égyptien de jeunes athées. Donc ce ne sont pas que les islamistes qui sont victimes de cette campagne. Et espérons que cette normalisation avec l’Union européenne, avec l’Occident, va permettre également au régime égyptien de comprendre un petit peu qu’une de ses conditions de son intégration dans la communauté internationale, c’est de respecter un certain nombre de valeurs et un certain nombre de normes, notamment en ce qui concerne la progression sur la voie de la transition démocratique et le respect des droits humains, des droits fondamentaux.

Le tourisme c’est vital pour l’Egypte. Le président al-Sissi en est conscient, depuis 2011 c’est la dégringolade. Est-ce que les touristes français et étrangers peuvent avoir raison de retourner en Egypte aujourd’hui ?

Je pense que la situation s’est nettement améliorée. Et par conséquent, je pense que se rendre en Egypte ce n’est pas plus dangereux que de se rendre au Liban ou de se rendre dans d’autres pays où il y a quand même des touristes. Tout est relatif. Mais je pense que oui bien sûr, il faut aller de l’avant et je vous dirais que oui. Il ne faut pas craindre le terrorisme et que bien sûr, l’Egypte n’est pas un pays dangereux à l’heure actuelle.

 

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