France

Attentat à Paris: la presse internationale «est Charlie»

Une de la presse allemande le 8 janvier 2015 après l'attentat contre Charlie Hebdo
Une de la presse allemande le 8 janvier 2015 après l'attentat contre Charlie Hebdo AFP PHOTO / ODD ANDERSEN

Alors que les autorités se mobilisent à l'Elysée et que les enquêteurs poursuivent leurs investigations sur le terrain pour retrouver les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo, ce jeudi matin, les Unes de nombreux journaux internationaux rendent hommage aux journalistes tués.

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Les photos du grand rassemblement, qui a eu lieu mercredi soir place de la République à Paris, sont à la Une de nombreux titres américains, avec ce slogan « Je suis Charlie » qui revient presque systématiquement dans les éditoriaux. « Une attaque terroriste contre un hebdomadaire satirique français est une attaque contre la liberté universelle », écrit ainsi l'éditorialiste du New York Times, qui se souvient : « Quelques jours après les attaques du 11-Septembre, nos confrères du journal Le Monde écrivaient "Nous sommes tous des Américains". Aujourd'hui, écrire "Je suis Charlie", c'est témoigner sa solidarité avec les victimes de l'attaque menée à Paris. » L'éditorialiste conclut : « Je suis Charlie ». C'est aussi le message qu'a posté l'ambassade américaine à Paris sur son site internet ce mercredi.

Les dessinateurs du New Yorker solidaires

Le slogan « Je suis Charlie » est également repris sur le site du New Yorker, une parution réputée pour ses dessins de presse. Dès mercredi soir, les dessinateurs du New Yorker ont posté de nombreux dessins sur internet. Mais ce jeudi matin, c'est un long article qui retient l'attention. « Les assassinats perpétrés à Paris n'ont rien à voir avec l'action militaire française contre l'organisation Etat islamique », écrit le journaliste Georges Parker. « Ces trainées de sang sont le produit d'une idéologie qui cherche à conquérir le pouvoir par la terreur depuis des décennies ». Il conclut : « La rage et la condamnation ne servent à rien pour lutter contre cette idéologie. Le meilleur moyen d'éviter la propagation de cette idéologie meurtrière, c'est d'essayer d'être Charlie, de tous être Charlie, pas seulement aujourd'hui, mais chaque jour ».

Pour le Canada, c’est un « 11-Septembre français »

Au Canada, le quotidien francophone Le Devoir sous le titre « La France visée en plein cœur » évoque dans un éditorial un « 11-Septembre français ». Mais le quotidien de Montréal fait la différence. « En septembre 2001, le monde entier avait été horrifié. Même si rien ne justifiait une telle barbarie, plusieurs n’en reconnaissaient pas moins que les tours new-yorkaises symbolisaient un système responsable de terribles injustices qui n’étaient pas à l’honneur de l’Occident ». Le journal ajoute : « La tragédie de Charlie Hebdo ne peut inspirer aucune réflexion de ce genre. Le combat pour la liberté de presse - pour la liberté tout court - que ses artisans menaient depuis des années illustre au contraire ce que nos sociétés ont de meilleur à offrir à l’humanité. Une liberté débridée sera toujours préférable à l’obscurantisme. »

La « Terreur » déconcée par le Royaume-Uni

En Europe, l'essentiel des journaux consacrent également leur Une à l'attentat. Au Royaume-Uni, c'est le mot « Terror » (Terreur) qui barre la plupart des titres, assorti le plus souvent de photos des lieux du drame. Là encore, de nombreux éditoriaux sont consacrés à la défense de la libre expression : « Le droit à la liberté de parole, implicitement, c'est le droit à l'offense », souligne ainsi le Guardian qui prend soin de préciser « toute société qui traite la liberté comme une chose sérieuse doit défendre aussi le droit aux langages orduriers, et même le droit aux horribles sentiments. Il faut utiliser cette liberté de langage que les auteurs de l'attentat ont voulu réduire à néant. »

En Espagne,El Pais titre « Ne pas céder à la terreur »

« Les assassins de Paris se sont attaqués au cœur de nos libertés individuelles et collectives », écrit l'éditorialiste, qui ajoute « ces crimes renforcent la certitude qu'il est nécessaire de lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme ». Le journaliste poursuit : « Les manifestations qui ont eu lieu cette nuit dans de multiples lieux de France et d'autres pays européens le montrent : nous résistons aux intimidations de ceux qui prétendent restreindre nos libertés en imposant la terreur. Toutes les démocraties doivent résister à la terreur, avant tout, en exerçant leurs droits à la liberté. »

Une liberté de penser et de parole défendue en Allemagne

« Les policiers et employés de Charlie Hebdo sont morts pour la liberté de pensée, pour la possibilité offerte à tous de réfléchir à tout moment. C'est cette vertu éclairante qui précisément manque, à leurs assassins, quels qu'ils soient », écrit l'éditorialiste du journal Die Welt. Il décrit les dessinateurs de Charlie Hebdo comme de « dignes héritiers de Voltaire ». Comme bon nombre de ses confrères, le journaliste conclut son article par ces mots en français : « Je suis Charlie ». « Nous sommes tous Charlie ».

Le Berliner Kurier enfin, propose en Une et en pleine page une caricature du type de celles qui ont valu la mort aux dessinateurs de presse français. On voit un homme enturbanné lire Charlie Hebdo dans une baignoire. Un bain rouge sang.

L'attentat « met les musulmans dans l'embarras »

Plusieurs journaux dans le monde arabo-musulman s'inquiètent d'une montée de l'islamophobie en Occident après l'attaque contre Charlie Hebdo.

L'attentat « met les musulmans dans l'embarras car les groupes extrémistes européens vont exploiter l'incident pour attiser l'islamophobie », écrit le quotidien saoudien Al-Sharq. Même son de cloche au Maghreb : « Les regards vont de nouveau être braqués sur la communauté musulmane de France et de la majorité des pays d'Occident comme ce fut la cas après le 11-Septembre », prévient le journal algérienEl Watan, tandis que le journal tunisien Assabah juge : « Le terrorisme égorge la liberté d'expression et poignarde l'islam ». Au Liban, le journal francophoneL'Orient le Jourécrit sous le tire « Je suis Charlie » : « la mort de ces 12 personnes nous rallie derrière cette belle exception culturelle française qui accepte que toute vérité soit bonne à dire tant qu'elle est dite avec intelligence et courage »

En Iran cet appel de la presse à revoir la politique française au Proche-Orient. Plusieurs journaux de la République islamique font le lien entre l'attaque et le soutien de la France à l'opposition syrienne. « La France goûte une pilule amère, résultat de son soutien au terrorisme », affirme ainsi le journal conservateur Resalat qui critique la négligence des forces de sécurités jugées « indifférentes aux activités des groupes extrémistes ». Le quotidien réformiste Ebtekar estime, pour sa part, que la montée du groupe Etat islamique « apparait comme le résultat des actions militaires de l'Occident dans les pays musulmans ».


Charlie Hebdo : des journalistes russes réagissent sur internet

Avec notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne

La presse ne parait pas en cette période du Noël russe, mais plusieurs journalistes se sont exprimés sur internet et un débat s’est instauré sur la liberté de la presse et l’éthique journalistique.

« Nous sommes tous Charlie » Réaction posté par le directeur de la radio Echo de Moscou Alexeï Venediktov, dont le site publie des caricatures de l’hebdomadaire français. Sur le site, une question aux auditeurs : « Estimez-vous que les journalistes de Charlie Hebdo ont provoqué eux-mêmes cette attaque ? » 70% répondent « non », 30% « oui ».

L’écrivain Victor Ieroviev invité de la station, défend les journalistes de Charlie Hebdo : « Les tuer, c’est tirer sur nos valeurs essentielles, et donc sur nous », dit-il. Son confrère Sergueï Chargounov, estime qu’il faut réfléchir aux limites de la liberté d’expression. « Fallait-il publier les caricatures de Mahomet, qui pouvaient heurter les sentiments religieux ? »

Dmitri Mouratov, rédacteur en chef de Novaya Gazeta ne publiera pas les dessins de Charlie hebdo. « La liberté d’expression ne doit pas être ressentie comme une offense par une communauté. Il ne faut pas diviser les gens. Ce serait aller dans le sens des terroristes. »

Le journaliste Alexander Plouchov rejette ce point de vue, estimant que si le lecteur se sent offensé, il n’a qu’à aller en justice. Tandis qu’un de ces confrères juge que si l’on autorise la publication des caricatures de Mahomet, il faut aussi accepter ce qu’écrit aujourd’hui l’écrivain et homme politique Edouard Limonov, qui, qualifie l’exécution des journalistes de Charlie hebdo de « punition pour bassesse immorale ».

 

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