France

Paris, capitale européenne de la sécurité pour une journée

De gauche à droite: le président du Conseil italien Matteo Renzi, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Tous les trois sont à Paris ce 11 janvier 2015.
De gauche à droite: le président du Conseil italien Matteo Renzi, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Tous les trois sont à Paris ce 11 janvier 2015. AFP PHOTO / JOHN THYS

L’UE est fortement représentée pour la marche républicaine historique de ce dimanche 11 janvier à Paris. Parmi les Vingt-Huit, de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement sont là. Les institutions européennes sont aussi représentées par leur président respectif. Preuve que toute l'Union, et peut-être tout le continent puisque la Turquie a ressenti le besoin de venir, se sentent concernés par le terrorisme qui fait l'objet d'une réunion ministérielle internationale dans la matinée.

Publicité

Renforcer l’unité pour ne pas se laisser piéger par la peur. L’Union européenne se mobilise contre le terrorisme et compte agir. Différentes réunions sont prévues dans les semaines à venir. Et dès ce dimanche, avant la marche de Paris, une rencontre a lieu entre les ministres européens de l'Intérieur et le secrétaire américain à la Justice, Eric Holder. La Commission européenne compte présenter prochainement un nouveau programme de lutte.

Depuis plusieurs années, les Vingt-Huit tentent d’améliorer leur coordination en matière d’antiterrorisme et de mettre en place une stratégie commune. L’Union souffre de sérieuses lacunes dans ce domaine. Si elle peut compter sur différents moyens - un coordinateur dont le rôle reste principalement politique, et des agences de coopération policière et judiciaire -, ses outils demeurent limités au regard des dispositifs nécessaires pour protéger l’ensemble du territoire de l'Union, explique notre correspondant à Bruxelles Grégoire Lory.

La sécurité reste l'affaire des Etats

Pour Thomas Renard, chercheur à l’institut Egmont, « les principales faiblesses sont d’une part un manque de moyens, tant au niveau des ressources humaines que des ressources financières, et aussi ce manque de confiance entre les Etats membres, au niveau politique, et entre les acteurs contre le terrorisme, c'est-à-dire les services de sécurité, de renseignement, les polices. C’est là tout l’enjeu d’une politique contre-terroriste européenne. »

Après les attentats du 11-Septembre à New York, ou ceux de Madrid et de Londres en 2004 et 2005, l’Union a modifié sa législation pour améliorer la coordination européenne. L’attaque contre Charlie Hebdo pourrait donc entraîner une nouvelle étape en la matière. Mais dans les faits, ce sont encore les Etats membres qui mènent la politique antiterroriste. Et ce sont leurs pays que représenteront donc aussi, et surtout, les chefs d'Etat et de gouvernement présents.

Vigilance du gouvernement italien

Outre l'Allemagne ou le Royaume-Uni, une délégation italienne particulièrement nourrie est à Paris ce dimanche. Le président du Conseil Matteo Renzi y fête ses 40 ans. Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, est là, comme l’ex-ministre de l’Intégration Cécile Kyenge, première femme ministre d’origine africaine en Italie, qui vit sous escorte suite aux nombreuses menaces dont elle a fait l’objet de la part de mouvements extrémistes, comme la Ligue du Nord et Forza Nuova.

L'Italie a des mouvements radicaux, mais elle a d'autres raisons de se sentir très concernée par cette marche après la tuerie de Charlie Hebdo. D'abord, la France est un peu un cousin, rappelle notre correspondante à Rome Anne Le Nir. Ensuite, et surtout, le ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano a pointé « les risques liés aux débarquements massifs de migrants sur les côtes italiennes », alors que le parquet de Palerme vient d’ouvrir une enquête sur de possibles infiltrations de terroristes liés à l’organisation Etat islamique parmi les migrants qui débarquent en Sicile (197 000 en 2014). Le magasine allemand Bild pointe que Rome pourrait être visée après Paris.

La situation libyenne inquiète tout le monde

Les déclarations officielles se veulent rassurantes. Mais les autorités italiennes confirment que le niveau d’alarme a été nettement relevé pour protéger notamment la ville de Rome et ses lieux de culte (en particulier la Cité du Vatican) ainsi que les sièges de différents médias. L’Italie est le pays européen le plus proche géographiquement du chaos libyen, perçu par Matteo Renzi comme une « priorité ».

La plupart des départs des clandestins se font des côtes libyennes. Le 8 janvier, près de 800 migrants partis de Lybie ont été secourus en mer dans le cadre de la nouvelle mission européenne Triton. « Si la mission de l’émissaire spécial de l’ONU (...) échouait, l’Italie serait prête à jouer un rôle diplomatique de premier plan et de " peacekepping " sous l’égide de l’ONU », a prévenu Matteo Renzi.

La Turquie à Paris, encore un subtil grand écart

Hors Union, plus étonnante est la venue à Paris ce dimanche du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, qui marchera donc pour la liberté de la presse et la lutte contre l’islamisme. La presse locale qualifie cet aller-retour de « surprise », relate notre correspondant à Istanbul Jérôme Bastion. Sans doute était-il difficile de rejeter l’invitation du président Hollande, pour ce proche partenaire de l’UE et de l’Otan. Ankara avait d’ailleurs, dans un premier temps, proposé sa collaboration pour retrouver les assaillants de Charlie Hebdo et avait exprimé vendredi ses condoléances à l’issue des tueries.

Pour condamner la tuerie jihadiste de mercredi, les dirigeants turcs avaient néanmoins employé une rhétorique quelque peu ambigüe et timide, n’oubliant jamais de rappeler que la liberté de la presse - très relative en Turquie quoi qu’en dise le président Erdogan - devait avoir ses limites, notamment en matière de satire antireligieuse. A Ankara, quand elle touche à la religion musulmane, la satire est qualifiée d’islamophobie. Mais les Européens profiteront peut-être de la rencontre du jour pour rappeler au Premier ministre turc qu’ils attendent plus d’efforts de la part de la Turquie en matière de lutte antiterroriste, par exemple en Syrie.

→ À relire : À Paris et ailleurs, marches mondiales contre le terrorisme

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail