France

La France met le paquet pour renforcer la lutte antiterrorisme

Conférence de presse du Premier ministre français Manuel Valls, le 21 janvier 2015 au palais de l'Elysée.
Conférence de presse du Premier ministre français Manuel Valls, le 21 janvier 2015 au palais de l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

Manuel Valls a présenté, lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 21 janvier à l’Elysée en présence de cinq ministres, une série de mesures visant à renforcer le dispositif sécuritaire français face à la menace terroriste. Il a loué un « renforcement sans précédent des moyens », deux semaines après l’attaque sanglante du journal satirique Charlie Hebdo dans la capitale, suivie d’autres attaques meurtrières à Paris et ses environs les jours suivants.

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La réponse aux attaques n'a pas tardé. Notre envoyé spécial à l'Elysée parle d'un véritable « plan Marshall sécuritaire ». Quelque 425 millions d'euros sur trois ans vont être alloués au renforcement de la lutte antiterroriste en France, a annoncé ce mercredi Manuel Valls à l'issue du Conseil des ministres. Matignon précise auprès de l’Agence France-Presse qu'en incluant les frais de personnels, l'enveloppe atteindra 735 millions d'euros. Le chef du gouvernement parle de « crédits d'investissement, d'équipement (85 millions d'euros pour l'achat d'armes, de gilets par balle ou encore de matériel électronique, NDLR) et de fonctionnement », des dépenses qui seront compensées par des économies « sur l'ensemble du champ de la dépense publique, année après année ». Environ 60 millions d’euros seront « spécifiquement consacrés à la prévention de la radicalisation », explique Manuel Valls.

Manuel Valls: «Nous sommes à l’écoute de toutes les propositions»

La France entend créer 2 680 postes en trois ans

Le plan d'action inclut d'autres ministères, à l'instar de la Justice. Quelque 181 millions d'euros seront consacrés aux juridictions qui sont en première ligne dans ce « combat ». Le renseignement pénitentiaire sera aussi consolidé et l'isolement des détenus radicalisés va se poursuivre et même s'étendre. Au cours des trois prochaines années, le gouvernement entend créer 2 680 nouveaux emplois pour lutter contre le terrorisme. Quelque 1 400 emplois iraient ainsi au ministère de l'Intérieur, dont 540 dès 2015 ; 950 autres postes seraient réservés au ministère de la Justice, contre 250 à la Défense et 80 au ministère des Finances, pour lutter contre les filières. Selon Manuel Valls, « ce projet sera présenté le plus vite possible en Conseil de ministres et transmis au Parlement début mars ». Le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement évoque le mois de juin pour l'adoption définitive du plan, appelant à une « unanimité » sur ce sujet.

Manuel Valls rappelle que « la loi de 1991 sur les interceptions a été conçue avant l'Internet ». « L'encadrement légal des opérations réellement conduites est lacunaire », conclut-il, précisant qu’il « n'est satisfaisant ni en termes de sécurité juridique des opérations, ni sur le plan des libertés publiques ». « Désormais, l'intégralité des opérations assurées sur le territoire national bénéficieront de la légitimité de la loi et feront l'objet d'une autorisation expresse. Ce sera un texte protecteur des libertés publiques, puisque chaque opération sera soumise à un contrôle externe indépendant, sous le contrôle d'une juridiction spécialisée », promet le Premier ministre.

Valls et la question sensible de l'indignité nationale

Le gouvernement insiste sur le renseignement

Concernant d’éventuelles peines d’indignité nationale infligées aux jihadistes, mesure réclamée par l'ancien président Nicolas Sarkozy et la droite, Manuel Valls temporise. Il propose une réflexion parlementaire « transpartisane » sur la question pour « examiner, formuler des propositions totalement compatibles avec notre droit et nos valeurs ». L'indignité nationale avait été créée à la Libération pour « collaboration » avec les nazis, et « le gouvernement n'entend pas agir dans la précipitation », explique le Premier ministre. Il annonce en revanche, d’ores et déjà, la création d’un site internet visant à informer le public sur les moyens à sa disposition pour œuvrer « contre l'embrigadement jihadiste, notamment des jeunes ».

Alors que François Hollande a assuré, plus tard ce mercredi, que l'armée supprimera 7 500 postes de moins que prévu pendant les quatre prochaines années, « au-delà du renforcement sans précédent des moyens, il est indispensable de conforter les capacités d'agir des services de renseignement », plaide Manuel Valls au nom du gouvernement. « La première urgence, la première exigence, c'est de renforcer encore les moyens humains et techniques des services de renseignement », martèle-t-il à nouveau. Objectif : offrir plus de souplesse aux services.  Quelque 1 100 postes « seront directement affectés au sein des unités de renseignement chargées de lutter contre le terrorisme, dont 500 à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), 500 au sein des services centraux territoriaux du renseignement territorial (350 policiers et 150 gendarmes) et 100 à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris », détaille M. Valls.

Laurent Fabius (centre) a profité de l'occasion pour assurer, sur la base d'enquêtes du renseignement selon lui, qu'il n'est «pas exact» que le Qatar finance le terrorisme.
Laurent Fabius (centre) a profité de l'occasion pour assurer, sur la base d'enquêtes du renseignement selon lui, qu'il n'est «pas exact» que le Qatar finance le terrorisme. REUTERS/Philippe Wojazer

Près de 3 000 individus à surveiller de près

La mise en scène de cette conférence de presse, organisée à l'Elysée - en présence des ministres français de la Justice Christiane Taubira, de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, des Affaires étrangères Laurent Fabius, de la Défense Jean-Yves Le Drian, ainsi que du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll -, était soignée. Le Premier ministre s'est exprimé devant une bannière géante appelant à la « mobilisation générale contre le terrorisme ». Des écrans détaillant les différents aspects du plan de renforcement de la lutte antiterroriste avaient été préalablement déployés pour l'occasion dans la salle. « Le président de la République nous l'a demandé, nous devons, et c'est la mission du gouvernement que je dirige, être à la hauteur du moment, de l'attente des Français », a expliqué Manuel Valls.

Au final, la philosophie du plan consiste à détecter les individus radicalisés, prévenir le prosélytisme jihadiste, empêcher les départs vers les sanctuaires terroristes et faire face aux attentats sur le sol français. Les menaces restent réelles et inquiétantes, justifie le Premier ministre. Les services antiterroristes français doivent actuellement surveiller près de 3 000 individus (augmentation de 130% en un an), dont 1 300 pour leur implication dans les filières terroristes syriennes et irakiennes et 500 concernées par des filières plus anciennes. Les mesures présentées se veulent exceptionnelles, mais il n'est pas question d'une loi d'exception pour les mettre en œuvre, explique le gouvernement, tentant ainsi de se démarquer du controversé « Patriot Act » adopté aux Etats-Unis après le 11-Septembre, alors qu'Amnesty International s'inquiète après les récentes condamnations à de la prison ferme prononcées en France pour « apologie du terrorisme ».

Bernard Cazeneuve était par ailleurs également ce mercredi après-midi sur ce thème dans le cadre d'une commission d'enquête parlementaire. Il a notamment présenté une des premières mesures de la future loi sur le renseignement que le gouvernement va proposer dans les prochaines semaines.

Désormais, toute personne qui a été engagée dans une opération terroriste, de près ou de loin, et condamnée pour cela, ou mise en cause pour cela, figurera sur un fichier, auquel sera assorti un certain nombre d'obligations (de signaler sa résidence, de se rendre régulièrement devant les services de police, etc.).

Ministre de l'Intérieur

→ Lire aussi : Cybersécurité, lutter contre le terrorisme sur le terrain virtuel
 

Conférence de presse du mercredi 21 janvier 2015 au palais de l'Elysée, à Paris.
Conférence de presse du mercredi 21 janvier 2015 au palais de l'Elysée, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

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