France / Islam

Islam en France: quelles pistes pour améliorer le dialogue?

La Grande Mosquée de Paris, dans le 5ème arrondissement de la capitale.
La Grande Mosquée de Paris, dans le 5ème arrondissement de la capitale. Wiki Commons/Mbzt
Texte par : Laurence Théault
5 mn

Après l'émotion suscitée par les attentats de janvier à Paris, une réflexion a été menée pour améliorer le dialogue avec les musulmans de France. Les politiques veulent réfléchir sur la possibilité d'adapter la pratique de l'islam au contexte français. C'est d'ailleurs le thème de la première réunion thématique des Républicains qui se tient ce jeudi 4 juin. Une rencontre qui se déroulera à huis clos.

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  • Réformer le CFCM

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a été créé en 2003 pour établir un lien entre l'Etat et l’islam en France, mais il souffre depuis longtemps d’un manque de représentativité. En effet, les Français musulmans ne se reconnaissent pas dans cette organisation censée les représenter. Il y a un islam mais plusieurs interprétations.

Mohamed Moussaoui est président de l'Union des mosquées de France et a été président du CFCM de 2008 à 2013. Il justifie cette critique. « D’abord, il faut bien rappeler que le Conseil français du culte musulman ne représente pas les musulmans de France en tant que citoyens, il représente le culte musulman, précise-t-il. A cet égard, je peux comprendre que certains citoyens de confession musulmane ne se sentent pas représenter par le CFCM, chose que le Conseil ne prétend pas faire. Mais cette ambigüité devrait être levée. »

Farid Darrouf, recteur et imam de la Grande Mosquée de Montpellier, ajoute que la structure même du CFCM a été selon lui mal pensée. « Je pense que l’idée de base n’était pas bien fondée parce qu’il faut qu’il y ait deux corps. Autrement dit, un consistoire où l’imam et le religieux sont présents et une autre entité, le CFCM, qui représente les musulmans auprès des pouvoirs publics. Je pense que le modèle juif est un bon exemple. D’un côté, il y a le religieux avec un grand rabbin nommé au consistoire et de l’autre les associations ou encore le CRIF [Conseil représentatif des institutions juives de France ndlr] ont affaire avec les pouvoirs publics. Nous devrions nous inspirer de ce modèle qui a fait ses preuves. »

  • Former des imams

On compte près de 2 500 mosquées et lieux de cultes en France, mais il n’y que 300 imams qui ont reçu une formation. Pour Farid Darrouf, elle est primordiale. « Les musulmans, c’est une certitude se sentent chez eux, constate-t-il. Moi, je suis imam sur le sol français depuis 30 ans et je constate que la jeunesse est chez elle. Mais la question de l’identité est un peu perturbée. Les jeunes s’identifient à la religion, ils ne s’identifient pas à la nation. Donc je pense que le rôle de l’imam est d’aller dans le sens de l’apaisement pour ne pas répéter la tragédie que la France a vécue au mois de janvier dernier. »

D'où l'importance de la formation des imams pour transmettre les valeurs de la république et les valeurs de l'islam. Farid Darrouf mentionne l'initiative du Maroc qui consiste à former des imams – une école accueille des jeunes du monde entier et les forme pendant trois ans. Les jeunes Français reviennent ensuite en France pour suivre une formation universitaire d'un an, qui existe dans six universités. L'obtention du diplôme universitaire permet ensuite à un imam d'exercer.

  • L’Etat doit-il aider le culte musulman à s’organiser ?

L’encadrement des imams et des aumôniers, mais aussi la construction et l’entretien des mosquées, soulèvent une autre problématique cruciale : celle de l'argent. Or, l’Etat français ne finance pas les lieux de culte, financés à défaut par les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Quel rôle doit alors jouer l’Etat ? Pour Bernard Godard, ancien fonctionnaire au bureau des cultes du ministère de l’Intérieur, « l’Etat a déjà été très loin dans la constitution du CFCM. Comment voulez vous que l’Etat aille au-delà de ce qui a pu faire pendant plus de 15 ans pour le CFCM ? En revanche, il peut continuer de voir en quoi il peut aider à l’expression commune des musulmans. Mais ce sont les musulmans eux-mêmes et personne d’autre qui peuvent prendre l’initiative d’un certain nombre de décisions ».

Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé la création d’une « nouvelle instance de dialogue ». Elle sera mise en place le 15 juin 2015.

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