France / Congrès socialiste

France: un congrès PS entre résignation et «claque» Montebourg

Chaises vides au congrès du PS à Poitiers, le 6 juin 2015.
Chaises vides au congrès du PS à Poitiers, le 6 juin 2015. REUTERS/Regis Duvignau
Texte par : RFI Suivre
5 mn

La loi Macron est de nouveau en débat à l'Assemblée nationale la semaine prochaine. Ce texte qui a nécessité l'utilisation du 49-3, faute de majorité pour passer en première lecture, ne fait toujours pas l'unanimité parmi les socialistes. Mais pourtant, sur le sujet, ça sent la résignation au congrès du Parti socialiste de Poitiers. Une fin de congrès cependant boostée par la pugnacité retrouvée d'Arnaud Montebourg.

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Avec notre envoyée spéciale à Poitiers, Valérie Gas

Manuel Valls a en quelque sorte tué le débat sur l’extension du travail du dimanche, la mesure la plus emblématique et controversée de la loi Macron. A Poitiers, au congrès du PS, le Premier ministre, qui avait pourtant tout fait pour montrer sa bonne volonté aux militants socialistes lors de son discours à la tribune, n’a pas laissé l’espoir d’un retour en arrière lorsqu’il se promenait dans les allées : « Je crois que les choses ont été bien discutées en première lecture à l’Assemblée nationale. Pas de raison de revenir là-dessus ».

Discuter encore, pourquoi pas, mais pas sur cet article, quitte à crisper de nouveau le débat avec certains frondeurs, comme le député Pascal Cherki : « Si jamais le texte revient au Parlement et qu’un certain nombre de choses ne sont pas changées, à titre personnel je voterai contre. A quoi ça sert qu’on soit au pouvoir si c’est pour faire pareil que les autres voire même dans certains cas, sur le travail du dimanche, pire ».

Pascal Cherki campe sur ses positions mais du côté des lieutenants de Martine Aubry, comme Jean-Jacques Germain, dont le nom revient souvent parmi les ministrables, on sent qu’une page est tournée : « Je souhaite qu’il n’y ait pas d’extension du travail du dimanche, mais je veux vraiment qu’on ne ressasse pas non plus le débat. Si on pouvait trouver une solution, très bien. Mais on a des grandes choses à faire pour les deux ans qui viennent. Moi, je souhaite maintenant qu’on se concentre là-dessus ». Le principe de réalité l’emporte. Il est vrai que l’adoption de la loi Macron n’est plus un enjeu. Le 49-3 est passé par là.

Le premier et dernier couac du Congrès ?

L’ancien ministre Arnaud Montebourg signe, ce 7 juin, dans le Journal du Dimanche, avec Mathieu Pigasse, une tribune dans laquelle ils attaquent très durement - sans jamais les nommer - François Hollande et Manuel Valls. La retraite de la vie politique d’Arnaud Montebourg n’aura pas duré très longtemps, nous dit l’une de nos envoyées spéciales, Anissa El Jabri.

Il proclamait qu’il était très heureux d’avoir changé de monde. L’ancien membre du gouvernement Valls n’aura tenu que quelques mois. Ses mots du jour sont d’une grande dureté : « Hébétés, nous marchons droit vers le désastre. C'est la démocratie qui est cette fois menacée ». L’ancien ministre ne les nomme pas mais c’est bien François Hollande et Manuel Valls qu’il accuse de « faire semblant de combattre le FN pour se donner bonne conscience », c’est au contraire, écrit-il avec le banquier Mathieu Pigasse qui conseille le gouvernement grec « l’absurde conformisme bruxellois de la politique de l’exécutif qui est devenu une gigantesque fabrique à suffrages du Front national ».

Valls cinglant

A ce réquisitoire, les proches du Premier ministre ont préféré d'abord répondre par l’indifférence : « C’est Montebourg, c’est rien du tout », disait un député hier soir avant de discrètement plonger le nez dans son téléphone pour lire le texte, visiblement un peu inquiet.

Au sein du PS, l’initiative d’Arnaud Montebourg a été diversement appréciée. On a senti un peu d’agacement de la part de Manuel Valls à son arrivée au Congrès du PS ce dimanche matin, rapporte une de nos envoyées spéciales à Poitiers, Valérie Gas. Le Premier ministre n’avait pas envie de parler de la tribune d’Arnaud Montebourg, mais il s’est ravisé et s'est gaussé de « ceux qui font des tribunes exagérées, ceux qui, au fond, n'ont pu accepter de gouverner. »  « Parce que gouverner, c'est difficile, a enchaîné Manuel Valls. Moi, j'assume la responsabilité (de gouverner) et je laisse l'irresponsabilité aux autres ». « Il faut avoir du courage pour gouverner, oui, absolument ».

Manuel Valls a été cinglant. Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, a voulu répondre sur le fond : « La baisse des impôts, elle va commencer au mois de septembre. C’est exactement ce que souhaite Arnaud Montebourg. Donc je dis que sur le fond, ça fait flop. »

« Flop », ce n’est pas l’avis de Christian Paul, le chef de file de l'aile gauche du PS. « J’ai apprécié ce qu’il a dit. Je pense que c’est un renfort utile ». Les militants aussi ont réagi. « Non, je ne partage pas son avis », dit l’un d’eux. « Ce qu’il dit pour moi est justifié, totalement », lance une jeune femme. Sans même venir à Poitiers, Arnaud Montebourg a réussi à faire parler de lui au Congrès. L'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault,  regrette, lui, cette attention portée à des sujets anecdotiques. « Ne faisons pas des absents les vedettes d’un congrès ». De l’art et la manière de faire le buzz. 

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