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FRANCE/ ALIMENTATION

Comment lutter contre le gaspillage alimentaire des supermarchés?

Dans un supermarché français, en  avril 2013.
Dans un supermarché français, en avril 2013. Balint Porneczi/Bloomberg via Getty Im
5 mn

Chaque année en France, plus de deux millions de tonnes de nourriture sont jetées par les supermarchés. Pour tenter de mettre fin à ce gaspillage alimentaire, la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, reçoit ce jeudi les acteurs de la grande distribution. Mais l’exercice s’annonce périlleux, sans cadre législatif précis.  

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Ségolène Royal souhaite mettre la grande distribution au cœur de son engagement anti-gaspillage alimentaire. Si les supermarchés ne génèrent que 15% des déchets alimentaires jetés chaque année en France, ce sont aussi les acteurs les mieux placés pour permettre des mesures concrètes. Notamment grâce à leur gestion logistique de masse des aliments. Il est en effet beaucoup plus difficile de récolter dans de bonnes conditions les produits non consommés chez les particuliers, même s’ils sont responsables de plus de la moitié du gaspillage. Pour ces raisons, la ministre de l’Écologie a donc décidé de mettre l’accent sur la distribution.

Un cadre législatif nul

Ségolène Royal assure avec conviction qu’elle veut trouver un accord à l’amiable « de manière volontariste et contractuelle » avec les représentants de la grande distribution. Mais elle ne dispose en réalité d’aucun autre moyen pour les convaincre. Le 13 août dernier, la loi dite « transition énergétique » est promulguée. A l’intérieur, plusieurs amendements prévoyaient des solutions précises et concrètes au gaspillage alimentaire. Comme l’interdiction pour les supermarchés de jeter la nourriture. Mais voilà, ces articles sont censurés par le Conseil constitutionnel pour des raisons de procédure. La loi passe, mais allégée de ses amendements sur le gaspillage. Ségolène Royal, qui s’est engagée à avancer rapidement sur le dossier, se retrouvera donc cet après-midi sans cadre législatif sur lequel s’appuyer, et avec les dirigeants de la grande distribution autour d’elle. « Je vais leur mettre la pression », indique la ministre « je pense aussi que c’est dans leur intérêt, pour leur image de marque », ajoute-t-elle confiante.

L’opposition pas convaincue

L’unique levier d’action sur lequel pourra jouer Ségolène Royal sera la sensibilisation. La ministre a menacé de communiquer aux médias les noms des enseignes qui refuseront de signer un contrat citoyen avec elle. Une menace qui ne convainc pas Arash Derambarsh. A 35 ans, cet élu de droite de Courbevoie (Hauts-de-Seine) a fait de la lutte contre le gaspillage alimentaire son cheval de bataille. C’est lui qui est à l’origine de cette prise de conscience. « Vous croyez que ces grands groupes industriels ont peur de Ségolène Royal ? », interroge-t-il. « Seule la loi permet de faire les choses sérieusement. Ségolène Royal a perdu la main sur ce dossier, donc elle essaye de sauver la face en voulant faire un coup de pub. Mais il n’y aura rien qui débouchera jeudi, j’en prends les paris », affirme le conseiller municipal, connu pour son franc-parler.

Les supermarchés rassurés

De leur côté, les acteurs de la grande distribution ont bien noté qu’ils ne pourront pas être contraints législativement. En tout cas, pas tout de suite. Alors pour profiter de ce flou juridique tout en préservant leur image auprès des consommateurs, les groupes se montrent plutôt favorables à cette démarche sans bâton législatif. « Parfois la loi, à trop vouloir réglementer, va rendre plus compliqué le travail au quotidien », souligne Thierry Desouches, porte-parole de Système U, cinquième groupe de distribution français. Il ajoute que « c’est même un travers en France de vouloir tout faire entrer dans la loi. Qu’on nous fasse confiance ! Personne ne peut se satisfaire de jeter des produits, et la grande distribution est dans cette posture ». Pour preuve de leur bonne volonté, plusieurs groupes comme Carrefour ont largement communiqué ces derniers jours sur les systèmes de lutte contre le gaspillage déjà engagés. Rendant de fait la réunion organisée cet après-midi par Ségolène Royal encore un peu plus floue. Notamment dans les mesures supplémentaires qui pourraient être prises.

Quelles que soient les solutions retenues à l’issue de cette table ronde, c’est surtout dans les mois à venir qu’il faudra scruter de près les poubelles des grandes surfaces. Car pour l’instant, en l’absence de loi, l’engagement de la grande distribution –même à travers un contrat citoyen- ne pourrait être qu’un effet d’annonce. D’autant plus difficile à dénoncer qu’il ne pourra pas être sanctionné par le gouvernement.

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