France/Agriculture

En colère, les agriculteurs convergent vers Paris pour manifester

Les tracteurs débarquent à Paris! Porte de Montreuil, le 3 septembre 2015.
Les tracteurs débarquent à Paris! Porte de Montreuil, le 3 septembre 2015. RFI / Carine Frenk

Les paysans français sont en colère et le font savoir. Ils arrivent à Paris ce jeudi 3 septembre en masse et en tracteurs, pour un grand rassemblement place de la Nation dans le 12e arrondissement. Une délégation sera reçue cet après-midi à Matignon, une autre ira à l'Assemblée nationale pour porter ses doléances aux députés. Cette manifestation de grande ampleur est jugée « historique » par beaucoup d'éleveurs.

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Ils ont subi la crise bovine, la crise porcine, la crise laitière et ils redoutent désormais la liquidation de l'agriculture française. Les agriculteurs sont en colère et ils entendent bien le montrer, à quatre jours d'une réunion cruciale à Bruxelles. Ils viennent avant tout dans la capitale pour y trouver de la reconnaissance. Celle du gouvernement, duquel ils se sentent incompris et ignorés, et celle de la population, pour que chacun ouvre les yeux sur la détresse abyssale qui frappe la profession.

« Monter à Paris, c’est un gros coup. Il y a 1 500 tracteurs, il y aura plus de 4 à 5 000 personnes cet après-midi place de la Nation. Ça montre la détresse, le désarroi des agriculteurs. Aujourd’hui, on a besoin de vraies solutions, qui soient durables pour nous redonner des perspectives et nous redonner la fierté de se lever le matin et de faire de bons produits agricoles », commente Luc Smessaert, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

Normes

Le mouvement est initié par la FNSEA et le syndicat Jeunes agriculteurs, qui annoncent précisément 1 512 tracteurs sur les routes et près de 4 000 agriculteurs venus en train ou en bus. Pour l’anecdote, il faut 8 hectares de voies pour permettre le stationnement d'un tel amas tracteurs venus de la France entière. La contestation a des justifications économiques et sociales. Bien sûr, les producteurs ne s’attendent pas à un coup de baguette magique, mais ils veulent que les choses avancent. Parmi leurs revendications : une baisse du coût du travail et des charges salariales.

C'est l’un des points essentiels. La France croule sous les normes alors que les voisins, l’Allemagne et l’Espagne, produisent beaucoup moins cher et exportent donc plus. « Le gouvernement doit s’engager sur du structurel, en nous déchargeant des contraintes administratives, en nous déchargeant de normes franco-françaises. Et en disant que la chance pour la France, c’est d’avoir un élevage laitier, bovin et porcin », insiste Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait.

L'autoroute A10 s'est retrouvée totalement bloquée par un déferlement de tracteurs agricoles, ce jeudi 3 septembre 2015 en matinée.
L'autoroute A10 s'est retrouvée totalement bloquée par un déferlement de tracteurs agricoles, ce jeudi 3 septembre 2015 en matinée. REUTERS/Jacky Naegelen

Défendre le secteur

Les éleveurs veulent aussi que l’Etat se fournisse exclusivement en viande française, notamment pour les cantines scolaires, les hôpitaux ou l’armée. C’est loin d’être le cas actuellement. Et ils souhaitent aussi que le gouvernement prenne des engagements forts à Bruxelles pour défendre son agriculture. Cela pourrait passer par la fin de l’embargo russe, qui pénalise les exportations de lait et de viande depuis plus d’un an.

Tous attendent donc beaucoup de cette manifestation, et certains la qualifient déjà de dernière chance pour le secteur. « L’agriculture est une force, c’est tout de même 14 à 15 % des emplois en France. Donc, il y a un enjeu majeur. Et puis, en même temps, c’est la vie des campagnes, c’est la vie de la ruralité française, donc aujourd’hui le gouvernement doit donner des vraies réponses. Sinon l’action pourrait durer », insiste Luc Smessaert, de la FNSEA.

Cette année nous sommes dans une situation catastrophique, de par la sécheresse et les prix bas...

Michel Lacoste

→ À la Une de la revue de presse française ce jeudi : « Mais quel foin ! »

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