France / Justice

Le FN mis en examen dans l’enquête sur son financement

A trois mois des régionales, cette mise en examen fait mauvais effet pour le FN.
A trois mois des régionales, cette mise en examen fait mauvais effet pour le FN. REUTERS/Philippe Wojazer

En France, le Front national a été mis en examen ce mercredi dans une enquête sur son financement. Le parti est soupçonné d’escroquerie au préjudice de l’Etat lors des législatives de 2012. Il a ainsi été inculpé pour recel d'abus de biens sociaux et complicité d'escroquerie.

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La justice soupçonne le parti d’extrême droite d’avoir gonflé artificiellement ses comptes de campagne. Le Front national aurait vendu via la société de communication Riwal des kits de campagnes aux candidats frontistes lors des législatives de 2012. Leur coût – de 9 000 ou 16 000 euros – aurait été largement surévalué. Une manœuvre effectuée au préjudice de l’Etat au final, car ce dernier rembourse les candidats qui dépassent 5 % des voix.

Des prêts pratiqués par Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, se trouvent également au centre des soupçons. Ces prêts présumés fictifs n’auraient eu pour but que le remboursement des intérêts d’emprunt par l’Etat. Les juges se demandent enfin si le Front national n’a pas été financé illégalement par la société Riwal. La mise à disposition gratuite de locaux ou d’employés ou encore le paiement de deux mois de salaires du maire FN de Fréjus David Rachline et du député européen Nicolas Bay, sont notamment en cause.

Six personnes avaient déjà été mises en examen dans ce dossier, dont l’un des vice-présidents du parti, Jean-François Jalkh, ainsi que Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen. Cette inculpation est une mauvaise nouvelle pour le Front national à trois mois des élections régionales. Elle le prive de son fonds de commerce : le FN a de tout temps dénoncé la corruption en politique.

Présomption d'innocence

Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste du Front national, cette mise en examen n'est pas étonnante et la défense du FN est déjà toute trouvée :

« [Le Front national] avait anticipé et commençait déjà à élaborer la seule stratégie de défense qui vaille, en tout cas aux yeux de l’opinion, qui consiste à se dire victime. Rappelons-le, qu’il s’agisse d’une personne physique ou d’une personne morale, une personne mise en examen est présumée innocente jusqu’à tant qu’un jugement la déclare coupable. Le Front national va donc évidemment jouer là-dessus, continuer à dire : "Nous sommes innocents des faits qui nous sont reprochés" – il en conteste d’ailleurs la matérialité.

C’est en tout cas une mauvaise passe pour le Front national. Ça vient après cette période de controverse entre deux lignes de politiques différentes, celle de Marine Le Pen et celle de son père.

Mais encore une fois, il y a une manière de s’en sortir, il n’y en a qu’une seule, en tout cas d’ici les régionales, c’est de dire : "Mais vous voyez, c’est précisément parce qu’on va encore faire un carton aux élections régionales que le seul moyen pour nous empêcher de réaliser ce score, c’est de nous mettre des bâtons dans les roues par une procédure judiciaire" ».

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