Terrorisme

Attentats de Paris: comment soigner le traumatisme psychologique?

Jesse Hughes (à droite) et Julian Dorio, les membres du groupe Eagles of Death Metal se recueillent devant le Bataclan le 8 décembre, un mois à peine après l'attaque sanglante qui a frappé la salle de concert parisienne.
Jesse Hughes (à droite) et Julian Dorio, les membres du groupe Eagles of Death Metal se recueillent devant le Bataclan le 8 décembre, un mois à peine après l'attaque sanglante qui a frappé la salle de concert parisienne. REUTERS/Charles Platiau

130 morts, 352 blessés. Les attentats de Paris du 13 novembre sont les plus sanglants de l’histoire contemporaine en France. Un drame aussi psychologique pour beaucoup de victimes directes ou indirectes, qui doivent désormais vivre avec un traumatisme difficile, voire impossible à effacer. En France, une association accompagne ces victimes pour les aider à se reconstruire malgré tout.

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Depuis 2009, l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) accompagne et soutient les victimes d’attentats en France et à l’étranger. Depuis le 13 novembre, des dizaines voire des centaines de personnes contactent quasi quotidiennement la structure, près de 200, dont environ 150 ont déjà rencontré des membres de l’association, précise Stéphane Lacombe, directeur adjoint de l'AFVT. Certains ont été blessés, d’autres ont perdu des proches ou ont simplement été témoins des scènes d’horreur, dans la salle de concert du Bataclan, sur des terrasses de cafés du Xe et du XIe arrondissement, ou au Stade de France.

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Tous sont en tout cas très touchés, de près ou de loin, par un choc profond qui peut dans certains cas être assimilé à un syndrome de stress post-traumatique. Il peut survenir plusieurs jours, plusieurs semaines voire plusieurs mois après l’attentat. Tout dépend des personnes.

Un avant, un après

« Beaucoup appellent déjà pour savoir ce qu’est le syndrome post-traumatique, explique Asma Guenifi, psychologue et clinicienne de l’association. Ils veulent savoir s’ils souffrent de ça et quels sont les symptômes. Notre rôle, c’est de travailler d’abord par l’écoute », pour comprendre s’il y a traumatisme ou non. « Beaucoup parlent de peur, d’angoisse, certains parlent de troubles du sommeil, de perte d’appétit, de perte de plaisir de tout faire. » Certains, explique la psychologue, évoquent un changement radical. « Ils ne se reconnaissent plus depuis le vendredi 13 novembre. […] Il y a un avant et un après ». D’autres ont carrément perdu leurs repères. « Ils n’arrivent plus à savoir ce qu’ils ont vécu, ce qui est réel et ce qui est fantasmé ou imaginaire. »

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D’autres parlent des scènes d'horreur qui viennent hanter leurs esprits, « des corps explosés, déchiquetés, des femmes ou des hommes blessés… » Des images très fortes « qui viennent les interrompre à chaque moment de leur vie », sans forcément comprendre pourquoi. Au point de se demander « s’ils vont devenir fous », explique la psychologue. La peur s’invite jusque dans leur quotidien, avec souvent pour conséquence la crainte de prendre les transports en commun ou la peur du bruit, qui peuvent mener à des phobies handicapantes.

La peur est humaine, mais le courage aussi.

Asma Guenifi, psychologue de l'Association française des victimes du terrorisme

Pour guérir d’un tel traumatisme, « il ne faut surtout pas céder à la panique », prévient Asma Guenifi. Pour elle, il est tout à fait humain d’avoir peur de prendre le métro après les attentats du 13 novembre. Pour autant, même s'il n'y a pas de mal à rester vigilant, « il faut continuer à vivre », dit-elle, rappelant que d'autres pays sont toujours en guerre et confrontés presque quotidiennement à des attentats. « Etre vigilant ne veut pas dire céder à sa panique et se renfermer. Là, ça devient pathologique. »

Traumatisme collectif

La particularité des attentats de Paris, c'est en tout cas qu'ils ont entraîné un traumatisme collectif. Du fait par exemple, que dans la salle de concert du Bataclan, tout le monde ait vécu la même attaque. Mais pas seulement. Stéphane Lacombe rappelle que ces événements ont été vécus non seulement par les personnes qui étaient sur place, mais aussi par ceux qui en étaient proches. Des personnes « qui se trouvaient géographiquement en retrait, mais qui ont tout vu, tout entendu ».

Le choc peut ainsi être considérable pour ceux qui se trouvaient dans des cafés proches des lieux des fusillades et qui ont dû rester confinés tous ensemble pendant des heures sans savoir ce qu’il se passait. Mais il y a aussi ceux qui ont suivi ces attaques à la télé et qui peuvent aussi être atteints psychologiquement. Enfin, il y a ceux qui ont été victimes d’autres attentats, comme Charlie Hebdo ou l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, et dont la cicatrice s'est « rouverte » le 13 novembre.

Selon les estimations de l’association, près de 5000 personnes doivent être prises en charge, rien qu’après les attentats de Paris, qui ont fait 130 morts et 352 blessés. Un chiffre « sans précédent » en France, rappelle le directeur adjoint de l'AFVT.

Culpabilité

La priorité pour l’association, c’est avant tout « d’instaurer un climat de confiance » avec les victimes, explique Stéphane Lacombe, pour « les rassurer et leur apporter les réponses à leurs premières questions qui sont légitimes ». Car après un tel drame, il y a de quoi s’interroger : « Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi eux sont morts et pas moi ? », se demandent régulièrement les victimes qui développent ainsi une forme de culpabilité.

Le rôle de l’AFVT est aussi de « renouer le dialogue intergénérationnel », précise le directeur adjoint de l'association. « Il y a des familles ou les enfants étaient au Bataclan et sont traumatisés. Les parents se sentent un peu désemparés, ce qui peut aussi dans certains cas provoquer des conflits familiaux, des incompréhensions, des tensions. »

La parole et le corps contre l’horreur

Comment se sortir de ce choc psychologique ? Asma Guenifi explique que la première étape, c’est d’abord le dialogue, « pour ne pas fixer le traumatisme ». Mais « nous ne sommes pas tous égaux face à la parole », rappelle-t-elle. Beaucoup arrivent facilement à communiquer sur ce qu’ils ont vécu, ce qui leur permet de « purger ce traumatisme ». Pour autant, beaucoup d’autres ont toujours du mal à exprimer leurs sentiments.

A (ré)écouter :Le projet Papillon pour aider les jeunes victimes du terrorisme

Une autre solution est alors d’extérioriser le traumatisme par le corps. Pour cela, l’AFVT fait appel à des art-thérapeutes, qui cherchent à déceler les failles enfouies chez les victimes, à travers des ateliers artistiques. Asma Guenifi cite l’exemple d’une thérapeute qui travaille sur l’argile. Un exercice qui permet selon elle de « faciliter la sortie du traumatisme parce qu’on le voit, on le fabrique, on le détruit si on en a envie et on le reconstruit ».

Passé, présent, futur

Le travail de reconstruction prend évidemment du temps. La cellule psychologique de l’AFVT a choisi de le diviser en trois étapes principales : le passé, le présent et le futur. « Quand il y a une projection [dans le futur ndlr], c’est que le pronostic est bon », explique la psychologue.

L’association a mis en place plusieurs projets de reconstruction pour les victimes. Le projet Papillon regroupe, le temps d’une dizaine de jours, des jeunes francophones du monde entier, tandis que projet Phoenix qui vise plutôt un public adulte. Dans les deux cas, les participants assistent entre autres à des groupes de parole et à des ateliers d’art-thérapie, avec un objectif commun : faire en sorte que des personnes victimes d’un traumatisme comparable se rencontrent et tissent des liens pour échanger plus facilement sur ce qu'ils ont vécu. Dans le cas du projet Papillon, la première étape a été organisée en 2014 et consacrée au passé, la seconde en juillet 2015 sur le présent, et la dernière session se tiendra l’été prochain sur le thème du futur.

Les sites des associations d'accompagnement des victimes d'attentats terroristes :
Association française des victimes du terrorisme
Paris Aide aux Victimes

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