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Culture

Le nouveau musée de Pont-Aven entre dans le XXIe siècle

Des visiteurs écoutant le guide audio dans le nouveau musée de Pont-Avent. Au fond apparaît « Nu de la Comtesse d’Hauteroche », un tableau peint en 1896 par Armand Seguin.
Des visiteurs écoutant le guide audio dans le nouveau musée de Pont-Avent. Au fond apparaît « Nu de la Comtesse d’Hauteroche », un tableau peint en 1896 par Armand Seguin. Fred Tanneau / AFP
7 mn

C’est une petite commune en Bretagne, traversée par sa paisible rivière non loin de l'océan. Au XIXe siècle, Pont-Aven va fédérer des centaines de peintres et donner naissance à l'école de Pont-Aven, représentée entre autres par le peintre Paul Gauguin. Plus de 130 ans après sa découverte par des peintres américains, la ville française dispose enfin d’un musée digne de ce nom. Inauguré fin mars, le nouveau lieu a coûté 8 millions d’euros et table sur 100 000 visiteurs par an.

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C’est un très beau musée flambant neuf de 1 700 mètres carrés pour une ville de moins de 3 000 habitants, installé en partie dans l'ancienne pension de famille de Mlle Julia qui hébergeait les artistes… Ce musée de pierre, de bois et de verre fait entrer l'école de Pont-Aven dans le XXe siècle.

Dès les années 1850, des peintres américains et anglais découvrent ce petit coin de Bretagne préservé, Pont-Aven, un village pittoresque où les femmes portent l'habit et la coiffe traditionnelle, parlent une langue différente du français, un village bordé de dizaines de moulins, traversée par une rivière non loin de l'océan. La lumière est idéale, l'accueil chaleureux et bon marché, ils vont s'en faire l'écho et le lieu va devenir un havre pour les artistes qui viennent croquer des scènes bucoliques pour ensuite venir les vendre dans les grandes villes.

L'école de Pont-Aven est née véritablement en 1888, sous l'impulsion de Paul Gauguin et Émile Bernard. Ces artistes réinventent la peinture en simplifiant les formes, en utilisant des couleurs pures en grands aplats et en bouleversant les règles de la perspective. La pension Gloanec et autres hôtels proposent parfois gîte et couvert contre des toiles et autres dessins.

Les aubergistes transformés en mécènes d’art

« Par commodité de paiement, des artistes pouvaient payer en tableaux. Par exemple, parmi les toutes premières œuvres à être entrées au musée, je pense au peintre Jourdan, et ce sont précisément deux de ses deux œuvres ont été retrouvées dans les greniers de Pont-Aven, remarque Estelle Guille des Buttes-Fresneau, la conservatrice du nouveau musée de Pont-Aven. En fait, les aubergistes eux-mêmes jouaient souvent le rôle de mécènes, et cela à double titre : d’abord, parce qu’ils laissent ces peintres tout oser sur les murs, les chambres, les portes qui devenaient finalement des portes d’ateliers. En même temps, ils les mettaient aussi en valeur, parce que, par exemple dans cet hôtel Julia, Mademoiselle Julia avait rassemblé toute une collection, en particulier dans son fumoir. Aujourd’hui, notre devoir en tant que musée est de retrouver ces œuvres pour les présenter au musée. Donc chaque décennie, on arrive à introduire deux ou trois nouvelles qu’on voit très bien sur les cartes anciennes de l’hôtel Julia. »

Aujourd’hui, on parle d’un « nouveau » musée, même s’il existait déjà un musée de Pont-Aven depuis 1985. Car, à l’époque, c'était un musée sans collection. Il a fallu rassembler pendant 30 ans les œuvres, notamment grâce aux mécènes, à l’État, à toutes les collectivités et à l'Association historique des amis de Pont-Aven, présidée par Louis-Marie Le Breton :

Une des nouvelles acquisitions du musée Pont-Aven : Paul Gauguin, « Les Misères humaines » (détail), 1889, zincographie sur papier jaune, H.64,2 x L.49,5 cm. Don des Amis du Musée de Pont-Aven.
Une des nouvelles acquisitions du musée Pont-Aven : Paul Gauguin, « Les Misères humaines » (détail), 1889, zincographie sur papier jaune, H.64,2 x L.49,5 cm. Don des Amis du Musée de Pont-Aven. DR

Cinq zincographies de Gauguin

« On s’est vite rendu compte que la maison était belle, mais vide. On s’est mis alors à la recherche de mécènes, de donateurs, on était très aidés par les collectionneurs américains ou autres qui étaient assez intéressés par ce qui se passait à Pont-Aven. Ils nous encourageaient en nous offrant des documents pour la salle de documentation, en nous donnant de l’argent. On a créé une association, on a trouvé un premier partenaire et tout cet argent servait à aider la municipalité dans l’achat des lots. À côté de cela, pendant trente ans, nous avons offert au musée de Pont-Aven 154 œuvres. Il y a un côté rigolo. Quand ce musée était ouvert, on se disait : il faut qu’on ait au moins un Gauguin. Mais après, on s’est dit : cela ne sera pas possible d’avoir un Gauguin. Finalement, on a quand même pu offrir cinq Gauguin au musée, des zincographies sur vélin jaunes, des commandes uniques. »

Le nouveau musée présente aussi des tableaux de paysagistes anglo-saxons et scandinaves, par exemple Robert Wylie ou Henry Bacon qui ont été des précurseurs bien avant les peintres français. On peut aussi admirer des tableaux de Paul Sérusier, Émile Jourdan et Charles Filiger ainsi que de très beaux prêts du musée d'Orsay à Paris, un dépôt pour trois ans d’Un village breton sous la neige de Paul Gauguin ou la célèbre Madeleine au bois d'amour d'Émile Bernard. Estelle Guille des Buttes-Fresneau savoure son travail des 10 dernières années.

Un repère incontournable pour connaître l’Ecole de Pont-Aven

« Les pièces maîtresses, ce sont déjà nos Gauguin dont nous sommes très fières, parce que c’était un effort de guerre d’acquérir un Gauguin pour une commune de moins de 3 000 habitants. Et nous en avons une dizaine, notamment plusieurs de la Suite Volpini. On a aussi la chance d’avoir de belles œuvres d’Émile Bernard. On a aussi un très beau portrait de Paul Sérusier qui était longtemps en main privée ou encore des tableaux de Maurice Denis. Ce musée est vraiment devenu un repère incontournable pour qui veut accéder à l’École de Pont-Aven et au meilleur de l’École de Pont-Aven. »

Encore aujourd’hui, il y a des dizaines de peintres et de galeries à Pont-Aven où les paysages et l'architecture n'ont presque pas changé. Des artistes qui vivent du tourisme et sur la réputation de leurs ainés.

Vue de l’aile contemporaine sur jardin du nouveau Musée de Pont-Aven.
Vue de l’aile contemporaine sur jardin du nouveau Musée de Pont-Aven. Dominique Leroux

Le site officiel du musée de Pont-Aven

 

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