France

Michel Sapin reconnaît un geste «inapproprié» envers une journaliste

Le ministre français des Finances Michel Sapin.
Le ministre français des Finances Michel Sapin. REUTERS/Charles Platiau

Mis en cause depuis plusieurs semaines, le ministre français des Finances Michel Sapin a fini par reconnaître un geste « inapproprié » envers une journaliste. Et ce au moment même où des accusations de harcèlement sexuel visant un député mettent en lumière le comportement machiste de nombreux hommes politiques.

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(Avec AFP)

Après avoir dénoncé « des allégations totalement fausses » contenues dans un livre politique paru en avril, le ministre, un proche du président socialiste François Hollande, a présenté ce mardi 10 mai au soir dans un communiqué sa version d'un incident survenu en janvier 2015 pendant le Forum économique mondial de Davos (Suisse).

« Lors d'un déplacement en janvier 2015 à Davos, au milieu d'une vingtaine de personnes, j'ai fait à une journaliste une remarque sur sa tenue vestimentaire en posant ma main sur son dos. Il n'y avait dans mon attitude aucune volonté agressive ou sexiste, mais le seul fait d'avoir choqué la personne en question démontre que ces paroles et ce geste étaient inappropriés, et j'en ai été et en suis encore désolé », a-t-il raconté.

« Dans les minutes qui ont suivi, la journaliste a demandé à me voir en tête à tête pour me faire part de son indignation. Je lui ai évidemment présenté mes très sincères excuses », a ajouté le ministre. Les auteurs du livre L'Élysée off, les journalistes Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri accusaient Michel Sapin d'avoir « fait claquer l'élastique de la culotte » dépassant du pantalon d'une journaliste penchée pour ramasser un stylo, en murmurant : « Ah, mais qu'est-ce que vous me montrez là ? ».

Des associations féministes ont réclamé la démission du ministre et une ancienne ministre socialiste, Delphine Batho, lui a demandé de « s'expliquer » ou de « présenter des excuses, pour le moins ». L'épisode, sans le nom du ministre ni le détail de l'élastique, avait été évoqué dans une tribune dénonçant le sexisme en politique, signée par un collectif de 40 journalistes femmes et publiée dans le quotidien Libération.

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« Précisions nécessaires »

Proche du président François Hollande, Michel Sapin avait dès le 22 avril qualifié le récit figurant dans le livre d'« allégations inexactes et calomnieuses ». Mardi encore, quelques heures avant son communiqué, il dénonçait une « calomnie » et des « allégations totalement fausses ».

Le ministre socialiste a appelé à ne pas « faire la confusion » entre son nom et celui du député écologiste Denis Baupin, accusé d'agressions sexuelles par huit membres de son parti EELV, dont quatre élues. « Ce qui est décrit par les femmes est épouvantable », mais « c'est à la justice d'établir les faits, pas à la presse ni aux personnes », avait déclaré Michel Sapin mardi 10 mai au cours d'un point de presse, peu avant la publication de son communiqué.

Dans ce texte, le ministre a expliqué que « les circonstances actuelles » liées à l'affaire Baupin « obligent à apporter, en toute transparence, les précisions nécessaires » sur l'incident de Davos. Son récit des faits était « nécessaire et absolument clair et indispensable », a réagi ce mercredi le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, qui a aussi appelé les responsables politiques à être « vigilants » dans leur conduite.

Il y a sûrement, dans tous les comportements, à bien penser, à chaque fois qu'on est dans la vie quotidienne et la vie publique et politique, à l'attitude qui doit être celle des hommes politiques dans tous les contextes où ils ont à exercer leurs responsabilités.

Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement

→ A (RE)LIRE : Affaire Baupin: l'omerta sur le harcèlement sexuel en politique perdure

Les accusations visant Denis Baupin ont été révélées lundi 9 mai dans une enquête de la radio France Inter et du journal en ligne Mediapart. L'élu écologiste, qui dément toute agression, a démissionné de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale et une enquête judiciaire a été ouverte. Une manifestation de féministes devait se dérouler mercredi soir devant l'Assemblée pour réclamer sa démission de ses fonctions de député.

Ces révélations ont contribué à fissurer un peu plus l'omerta qui règne sur les comportements machistes, voire délictuels, de nombreux hommes politiques français, encore très largement majoritaires malgré des lois sur la parité votées en 2007 et 2014.

La tribune écrite l'an dernier dans Libération par les « journalistes politiques victimes de sexisme » énumérait déjà une liste impressionnante d'incidents révélateurs, sans citer de noms : de tel député qui lance « ah vous faite le tapin ! » à une journaliste attendant les parlementaires à la sortie de l'hémicycle, à tel ministre glissant à une de ses homologues en chasuble pendant la visite d'une usine : « ce serait mieux si vous n'aviez rien en dessous ».

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