Festival de Cannes 2016

Thierry Frémaux: «Il n’y a pas de préférence nationale au Festival de Cannes»

Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes 2016.
Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes 2016. RFI/Anthony Ravera

A quelques heures avant l’ouverture du 69e Festival de Cannes, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, a accordé à RFI une interview sur les points forts de la 69e édition, la présence des stars sur la Croisette, le cinéma français, Canal + et Amazone.

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Thierry Frémaux, c’est le nouveau film de Woody Allen « Café Society » qui fait l’ouverture du Festival de Cannes. Un film sur le Hollywood des années 1930, un Hollywood mythique ? Est-ce qu’il va donner le ton de cette 69e édition ?

Thierry Frémaux : C’est une promenade dans le Hollywood des années 1930 à la façon de Woody Allen. C’est-à-dire quelque chose à la fois d’assez léger, mais d’assez mélancolique et qui dit l’importance du cinéma dans nos vies. Et au fond c’est le même message que fait passer le Festival de Cannes.

Woody Allen vient pour la 14e foi à Cannes. D’autres viennent très souvent en compétition : Jim Jarmusch, les frères Dardenne, Ken Loach... Pourquoi le terme de « habitués » vous irrite ?

La sélection d’un Woody Allen, d’un Pedro Almodovar ne se réduit pas à une sorte d’habitude. Si les films sont là c’est parce qu’on les aime. Il y a quatre nouveaux entrants en compétition et pour que quelqu’un soit un jour un habitué il a fallu qu’un jour il vienne avec son premier film. On ne cesse jamais de découvrir…

Lors de la conférence de presse vous aviez même parlé d’un film venant du Panama. C’était une blague ?

C’était une demi-boutade. Il y a un film qui vient du Panama, mais qui est réalisé par un cinéaste vénézuélien, Jonathan Jakubowicz, un film sur le boxeur panaméen Roberto Duran. Robert De Niro joue le manager et Edgar Ramirez joue le boxeur. On va faire une séance avec ce film pour faire un grand hommage à Robert De Niro.

Cette année, est-ce particulièrement un festival de star ? On sait bien que Cannes c’est toujours un cocktail entre le business, les stars, les auteurs…

Oui, c’est ça, parce que si l’un des ingrédients manque ça n’a pas le même goût.

Est-ce que vous diriez par rapport à une édition 2015 qui était quand même branchée sur l’âpreté du monde, celle de 2016 est beaucoup plus dans le romanesque ?


Oui, peut-être parce qu’il y a plus de films historiques, de films à costumes. On sait qu’il s’est passé des choses effroyables en France et dans le monde toute l’année 2015, donc il faudra attendre un an, deux ans peut-être, pour que le cinéma et les artistes s’emparent de ça. Bien qu’il y ait aussi des films parfaitement ancrés dans la pulsation du monde il y a aussi des films très romanesques. Il faut de tout pour réapprendre et recommencer à vivre.

Quatre films français se trouvent en compétition. L’an dernier, il y avait la Palme d’or pour Dheepande Jacques Audiard et le Prix d’interprétation pour Vincent Lindon. Cannes montre une exceptionnelle vitalité du cinéma français ?


Le vrai nom du Festival de Cannes c’est le Festival international du film. On l’a remis sur l’affiche cette année et on tient beaucoup à ça. Le cinéma français est très bien représenté parce que le cinéma français est l’un des meilleurs du monde. Le cinéma américain est extrêmement bien représenté parce que c’est l’un des meilleurs du monde et le cinéma roumain est extrêmement bien représenté parce que c’est l’un des meilleurs du monde. Donc il n’y a pas de préférence nationale, il n’y a pas quoi que ce soit qui pourrait donner le sentiment que la France qui a le Festival sur son territoire voit son cinéma privilégié. Cannes n’est pas un festival français, c’est un festival en France. C’est un film égyptien, le film de Mohamed Diab qui ouvre, par exemple, la section parallèle Un certain regard. On tient beaucoup à cette pluralité, à cette diversité et à l’idée que Cannes soit une terre très, très hospitalière.

Est-ce que vous voyez quand même de très bons films français particulièrement ces dernières années ?


L’an dernier le cinéma français était très présent au palmarès avec neuf jurés et une seule Française, Sophie Marceau. Le reste ce n’était pas des gens qui avaient quoi que ce soit d’apriori favorable pour le cinéma français. Le cinéma français est reconnu comme l’un des premiers au monde. Le cinéma français comme système est également reconnu comme l’un des plus performants. C’est-à-dire qu’on apprend le cinéma à l’école en France. Il y a des traditions de cinéphilie, de revues de cinéma, d’archives, de cinémathèques...

Il y a eu un désengagement -en tout cas en présence d’équipes-de Canal + ici au Festival de Cannes. Par ailleurs, même si ça n’a pas de rapport de cause à effet, en sélection officielle se trouvent cinq films produits par Amazon. C’est un bouleversement d’écosystème.


C’est deux coïncidences. Canal + dont la présence des équipes, ça ne se verra même pas pour les spectateurs et même pas pour les téléspectateurs…

…quand même, il n’y a plus de Grand Journal.


Oui, mais c’était prévu et c’est déjà arrivé dans l’histoire et on n’en a pas fait aussi grand cas. C’est déjà arrivé au début des années 2000 que le Grand journal ne vienne plus à Cannes. Non, le cinéma est une chose mouvante qui suscite de l’intérêt. En effet, de voir Amazon, qui est l’une de ces grandes nouvelles compagnies, décider qu’elle investit son argent dans le cinéma, c’est intéressant. Après il ne faut pas confondre Amazon et Netflix. Netflix ne s’intéresse pas au cinéma et produit ses propres contenus. Amazon vient acheter des films d’auteurs. Donc c’est une manne financière nouvelle. C’est une bonne nouvelle pour le cinéma !

 

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