France

Meurtre d’un couple de policiers en France: trois personnes en garde à vue

Le meurtre d'un couple de policiers à Magnanville, à une soixantaine de kilomètres de Paris, a été revendiqué par l'organisation Etat islamique.
Le meurtre d'un couple de policiers à Magnanville, à une soixantaine de kilomètres de Paris, a été revendiqué par l'organisation Etat islamique. REUTERS/Reuters TV

Une enquête antiterroriste a été ouverte après le meurtre dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juin d’un couple de policiers, près de Paris, à Magnanville, dans les Yvelines. Le policier a été tué de plusieurs coups de couteaux devant son domicile, où sa compagne a été retrouvée morte. L’assaillant, Larossi Abballa, s’était retranché dans la maison du commandant de police, où il a été abattu par le Raid, l’unité d’élite de la police. Il s’est réclamé du groupe Etat islamique, organisation terroriste qui a revendiqué l’attentat. Deux personnes ont été placées en garde à vue mardi matin, et une troisième personne a été interpellée et placée en garde à vue dans le cadre de l'enquête. Par ailleurs, « une liste de cibles » de personnalités, policiers ou rappeurs a été retrouvée, selon le procureur de Paris, François Molins.

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La chronologie de l’attentat

Tout commence vers 20h30 lundi soir. Un commandant de police âgé de 42 ans rentre chez lui, dans un quartier pavillonnaire à Magnanville. C’est une commune d’environ 6 000 habitants située dans les Yvelines, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Le policier, prénommé Jean-Baptiste Salvaing, rentre de son commissariat aux Mureaux, une localité voisine.

Il est en civil quand surgit un homme qui l’attaque et le frappe de plusieurs coups de couteau. Le procureur de la République de Versailles, Vincent Lesclous, décrit la suite des événements : « L’assaillant s’est réfugié dans la maison de ce commandant. En y entrant, les forces de l’ordre, qui agissaient avec mon autorisation en légitime défense d’autrui, ont trouvé le corps d’une femme et un enfant de trois ans [le fils du couple, ndlr], choqué mais indemne. J’ai tenu à annoncer d’abord la nouvelle aux collègues de ce commandant que je connaissais, et qui sont extrêmement choqués. »

La femme, Jessica Schneider (36 ans), elle aussi fonctionnaire du ministère de l’Intérieur en poste à Mantes-la-Jolie, est la compagne du commandant. A ce stade, aucun détail n’a filtré sur les circonstances dans lesquelles elle a été tuée. L’assaillant a, lui aussi, trouvé la mort dans l’assaut donné par les forces du Raid (Recherche, assistance, intervention, dissuasion). Il y aurait eu toute une phase de négociations et c’est au cours de ces échanges que l’auteur de l’attaque aurait évoqué son appartenance à l’organisation Etat islamique (EI).

Reportage à Magnanville : les riverains sous le choc après l'attaque terroriste

L’EI a revendiqué l’attaque dès lundi soir, via l’un de ses organes de propagande, Amaq, un site qui a déjà servi avant-hier à revendiquer l’attentat d’Orlando.

La réaction des autorités françaises

« Toute la lumière sera faite sur la nature exacte de ce crime abominable », a déclaré François Hollande. Le président français a tenu une réunion de crise à l’Elysée à 7h45 mardi matin, avec le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas.

C’est un acte incontestablement terroriste à la fois parce que son auteur, qui a été neutralisé grâce à l’assaut des forces de sécurité, avait lui-même voulu que son acte puisse être reconnu comme terroriste ; et l’organisation, dont il se réclamait, a elle aussi revendiqué l’acte. Une pensée pour ce couple qui ne faisait que son devoir. L’homme rentrait chez lui après avoir mené ses enquêtes, fait son travail avec beaucoup de rigueur et d’exigence. Elle [son épouse], elle l’attendait parce qu’elle savait aussi ce qu’est la nécessité de protéger un pays puisqu’elle était elle-même fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. Que les forces de sécurité en France sachent bien qu’elles ont tout le soutien, toute la solidarité des pouvoirs publics.

Le président François Hollande a parlé d'un «acte incontestablement terroriste»

Bernard Cazeneuve a qualifié cette attaque d’« acte terroriste abject ». Il s'est rendu ce matin dans les commissariats des Mureaux et de Mantes-la-Jolie, où travaillaient les deux victimes.

« J’ai eu l’occasion d’exprimer aux policiers notre immense tristesse, toute notre compassion, l’occasion aussi de leur exprimer mon immense gratitude pour l’action que les forces de l’ordre conduisent. Ce qui s’est passé hier, de façon absolument tragique, en présence d’un petit enfant qui a pu être sauvé par le Raid, c’est la démonstration s’il en était besoin, de la très grande exposition des forces de sécurité intérieure, des policiers et des gendarmes qui paient un lourd tribut pour assurer la sécurité des Français. Par-delà la neutralisation de l’agresseur terroriste hier, l’enquête se poursuit. Elle avance aussi rapidement que possible. Elle est conduite par les policiers sous l’autorité des magistrats tambour battant. Et ce qui nous importe à nous tous au sein de l’appareil d’Etat, à la fois à la chancellerie et au ministère de l’Intérieur, c’est que nous puissions faire avancer cette enquête de manière à mettre hors d’état de nuire d’éventuels complices. Et c’est la raison pour laquelle notre mobilisation est totale. »

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est rendu ce matin au commissariat des Mureaux

L’assaillant, Larossi Abballa, était connu de la police et de la justice

Originaire de Mantes-la-Jolie où il habitait, Larossi Abballa, un Français d'origine marocaine âgé de 25 ans, avait été arrêté en 2011. Il a été condamné en 2013 pour avoir participé à une filière d’acheminement de jihadistes vers la zone Pakistan-Afghanistan. Il avait écopé de trois ans de prison, dont six mois avec sursis. Il a été libéré à l'issue de son procès, sa peine ayant été purgée en détention provisoire.

Dès 20h52 (heure de Paris) lundi soir, l’assaillant a communiqué sur les réseaux sociaux. « Quelques minutes à peine après ces deux assassinats, il s’est connecté sur le réseau social Facebook pour revendiquer son acte », explique notre journaliste David Thomson, spécialiste de RFI sur les réseaux terroristes. A l’aide de l’application Facebook Live, Larossi Abballa a diffusé en direct des images depuis le domicile des policiers tués, alors qu’il était cerné, au moment même, par la police.

Dans la vidéo, il a lu un message qu'il avait écrit à l'avance sur un bout de papier. Il prête allégeance à l’émir irakien du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Il explique aussi qu’il répond à l’appel du porte-parole du groupe Etat islamique, Abou Mohamed al-Adnani. Juste avant le début du ramadan, celui-ci a appelé à faire du ramadan un « mois sanglant pour les pays de la coalition » contre l’EI. Ensuite, Larossi Abballa poursuit un long message dans lequel il appelle à de nombreux attentats en France, notamment contre l’Euro de football (compétition dont il menace qu'elle sera un « cimetière ») et en diffusant des noms de personnalités à assassiner.

La vidéo, qui dure douze minutes et cinquante et une seconde, a été censurée par Facebook ce matin.

David Thomson précise : « Parmi ses contacts Facebook, il y a des membres du groupe Etat islamique qui sont actuellement présents en Syrie et en Irak, mais aussi en Libye. C’est une page Facebook qui ne comptait que 160 contacts, dont nous-mêmes. Et il lance donc ce message pour prévenir les membres de l’Etat islamique qu’il vient de commettre cette action en leur nom, et leur demande ainsi de regarder la vidéo. Juste après, le message est visiblement transmis avant qu’il y ait cette revendication par l’agence de presse Amaq. »

Le nom de Larossi Abballa est réapparu récemment dans une enquête judiciaire sur un homme parti en Syrie, explique à l'AFP une source policière. Il a été placé sur écoute judiciaire « sur plusieurs lignes téléphoniques », a déclaré le procureur de Paris François Molins. Mais ces écoutes n'ont pas permis « de déceler le moindre élément (sur) la préparation et un passage à l'acte violent », précise-t-il.

En avril dernier, Larossi Abballa a créé une entreprise de restaturation rapide, Dr Food, selon des documents du tribunal de commerce de Versailles.

Le point sur l’enquête

Une enquête a été ouverte afin de connaître la nature de ce double meurtre et de retracer le parcours de l’assaillant. Elle a été confiée à la sous-direction antiterroriste (SDAT), à la police judiciaire de Versailles et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Dès lundi soir, le parquet antiterroriste s'est saisi de l'enquête, ouverte pour « assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique », « tentatives d'assassinats sur mineur de 15 ans » et « séquestration », l'ensemble de ces faits étant en relation avec une entreprise terroriste. L'enquête est aussi ouverte pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » criminelle.

L'enquête permettra notamment d'établir les liens réels ou supposés entre cet homme et l'EI. Deux personnes dans l'entourage de Larossi Abballa ont été placées en garde à vue mardi matin. Une troisième personne a été interpellée et placée en garde à vue dans le cadre de l'enquête.

Dans le domicile des victimes ont été saisis « trois téléphones, trois couteaux et en particulier un couteau ensanglanté posé sur la table », a déclaré lors d'une conférence de presse tenue dans l'après-midi, le procureur de Paris François Molins. « Dans sa voiture garée à proximité du pavillon a notamment été découvert un Coran, une djellaba blanche, deux livres intitulés "La croyance authentique et l'explications des trois fondements" », a-t-il ajouté.

Selon une source policière interrogée par notre journaliste Alexis Bédu, il est probable que l’homme connaissait le couple. La femme travaillait à Mantes-la-Jolie, où vivait l’assaillant. François Molins a confirmé dans l'après-midi que l'assaillant savait que sa victime était un policier.

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