Culture

Dix ans après, le musée du Quai Branly ressemble étrangement à Jacques Chirac

Des masques japonais exposés dans le cadre de l’exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures » au musée du Quai Branly-Jacques Chirac.
Des masques japonais exposés dans le cadre de l’exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures » au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. REUTERS/Jacky Naegelen

Dix ans après son inauguration, le 20 juin 2006, le musée du Quai Branly a été rebaptisé musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Né de l’impulsion de l’ancien président de la République, il a attiré près de 14 millions de visiteurs depuis son ouverture.

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Cette date anniversaire a été célébré avec l’ouverture de l’exposition Jacques Chirac ou le dialogue des cultures. Entre fétiches africains, objets de culte ou sacrés des Amériques, de Nouvelle Zélande et sculptures contemporaines de Giacometti, 170 objets évoquent la passion pour l’histoire de l’art du fondateur de cette institution. Parmi eux, le masque du démon japonais Obeshimi qui ressemble étrangement à Jacques Chirac.

L’exposition démontre qu’aujourd’hui, en France, les cultures non-occidentales sont valorisées au même titre que les classiques. Pour le comprendre, il faut remonter dans le temps.

Coup de maître

L’histoire commence sur une plage de l’île Maurice quand le collectionneur et marchand d’art Jacques Kerchache rencontre Jacques Chirac, encore maire de Paris, et le convainc de la nécessité d’un musée des arts primitifs. Défi lancé pour les deux hommes attachés à la reconnaissance des civilisations lointaines dans l’histoire de l’art.

Leur coup de maître : dans un premier temps, ils font cohabiter les arts premiers et la Joconde et cela malgré l’indignation des détracteurs. Selon Hélène Fulgence, la directrice des expositions du musée Quai Branly-Jacques Chirac, « la  première idée de Jacques Kerchache est de faire entrer au sein du musée du Louvre des œuvres d’art africain, d’art dogon ou d’art taïnos qui passionnent Jacques Chirac. Le président Chirac s’attache d’abord  à y introduire 100 chefs d’œuvre sélectionnés par Kerchache pour leur beauté absolue. Chirac a ensuite cette idée géniale de faire construire au pied de la Tour Eiffel un musée qui va s’intéresser aux civilisations non-occidentales ».

Le Quai Branly, un musée « végétal » innovant

Après trois ans de polémiques et de travaux pour 232 millions d’euros, l’architecte Jean Nouvel signe un musée de 40 600 mètres carrés. Suspendu comme un hamac au-dessus d’un jardin, pas de murs comme dans un musée classique et un cadre végétal avec des arbres et parois de verre qui entourent les œuvres. Pour la directrice des expositions du musée du Quai Branly-Jacques Chirac « la mise en scène des objets est spectaculaire. Jean Nouvel a proposé aux conservateurs de ne pas avoir des salles comme dans les autres musées, mais d’être de plein pied sur un terrain qui ressemble à une forêt ou à un espace ouvert d’un village puisque ce sont des objets conçus pour être dans la nature ou dans le palais d’un roi en Afrique. Des grandes parois de verre entourent le musée. Quand vous êtes à l’intérieur, les objets sont dans les plantes du jardin. On est dans un paysage et je crois qu’on y reflète mieux l’histoire qui y a véritablement été, non pas celle que les voyageurs occidentaux ont vu, mais celle que les peuples d’Asie, d’Océanie, des Amériques et d’Afrique ont fabriqué avec ces objets ».

Polémique sur une collection sur l’histoire des civilisations 

Riche de 350 mille objets, le Quai Branly Jacques Chirac a rassemblé les collections du musée  de l’Homme et celle du musée des Arts africains et océaniens de la Porte Dorée.  Les ethnologues étaient hostiles au démembrement des deux musées, au transfert de ses objets singuliers chargés de sens au profit d’une institution artistique, nous confie Hélène Fulgence : «  A l’époque, ça a créé une polémique importante. C’est toujours douloureux pour une équipe de voir sa collection déménager. Et puis, il y a eu une deuxième querelle sur des questions très françaises, est-ce que c’est de l’art, du sacrée ou de la science ? Eh bien, nous, on est des deux côtés, parce que les peuples du monde entier produisent des objets de prestige. Est-ce qu’on les met au musée ou dans un temple ?  Je pense qu’on a le droit d’expliquer les deux côtés autour d’une vitrine comprenant l’objet »

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