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France / Justice

A son procès, Cahuzac affirme que son compte suisse visait à financer Rocard

L'ancien ministre Jérôme Cahuzac arrive au tribunal le 5 septembre 2016 pour son procès pour fraude fiscale.
L'ancien ministre Jérôme Cahuzac arrive au tribunal le 5 septembre 2016 pour son procès pour fraude fiscale. PHILIPPE LOPEZ / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le procès de l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, pour fraude fiscale et blanchiment s’est ouvert ce lundi. A la barre du tribunal correctionnel de Paris où il a été appelé à se défendre, Jérôme Cahuzac a affirmé que son compte suisse avait été ouvert pour financer les activités politiques du feu Premier ministre Michel Rocard.

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Lundi, à l'ouverture de son procès pour fraude fiscale à Paris, près de quatre ans après un retentissant scandale, l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a lâché une bombe. En fait, contrairement à ce qu'il a toujours dit, l'argent qui se trouvait sur son compte occulte en Suisse, ne lui appartient pas. Cet argent, affirme-t-il, a bien été collecté par ses soins en 1992, mais c'était pour « financer » une éventuelle campagne présidentielle de Michel Rocard, son mentor politique. 

→ A(RE)LIRE : Le procès de l’ex-ministre fraudeur Jérôme Cahuzac reprend ce lundi

C'est la première fois qu'il affirme que ce compte, ouvert à la banque genevoise UBS par un intermédiaire, a servi « pendant sept mois, de novembre 1992 à mai 1993 » à un financement politique.

Les sommes virées sur le compte, au nom d'un avocat, n'étaient pas le fruit de son travail, mais constituaient le financement des activités politiques de Michel Rocard, a annoncé Jérôme Cahuzac à la barre. « La vie politique coûte cher », a déclaré Jérôme Cahuzac, expliquant qu'à l'époque, le financement occulte était « la règle ». L'ouverture de ce compte, « c'était du financement politique pour un homme dont j'espérais qu'il aurait un destin national », a-t-il ajouté.

Et ces espèces étaient versées par des laboratoires pharmaceutiques, dont l'ex-médecin était si proche, notamment le laboratoire Pfizer. Et d’ajouter : « L'argent ne pouvait pas venir des comptes officiels du laboratoire. »

« Pour l'instant, tu ne bouges pas »

Cependant, « Michel Rocard ignorait tout », a certifié Jérôme Cahuzac. L’argent devait « servir à financer la campagne [des élections présidentielles] de 1995 », à laquelle Rocard était pressenti pour se présenter. L’ancien ministre de Budget a aussi déclaré : « Je ne voulais pas faire de mal à Michel Rocard, j'ai pris sur moi. »

Le prévenu précise également : « A deux reprises, en 1994 et 1997, je me suis tourné vers les personnes qui m'avaient demandé de faire ça pour savoir ce que je devais faire. On m'a répondu : "Pour l'instant, tu ne bouges pas." » Jérôme Cahuzac n'en dira pas plus.

Le tribunal est stupéfait : véritable révélation ou stratégie de défense ? Le président est dubitatif et il demande : « Est-ce la mort récente de Michel Rocard qui vous pousse à dire ça ? » Et l'ex-ministre de répondre : « Ça ne peut pas nuire à son héritage politique. » Le procureur s'en mêle : « Avez-vous dit toute la vérité ? » « Oui », répond Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux.

Redressement de 2,3 millions d'euros

Michel Rocard, décédé le 2 juillet dernier, a été ministre sous plusieurs gouvernements de François Mitterrand, avant d’être Premier ministre du président socialiste de 1988 à 1991. A l’époque, Jérôme Cahuzac avait travaillé au cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin. Après la démission de Michel Rocard, en 1991, il l'a suivi, et travaillait pour lui, en plus de ses activités de conseil auprès des entreprises pharmaceutiques et de chirurgie esthétique.

Ouvert en 1992 à l’insu du fisc français, ce compte bancaire est à l’origine de la démission de l’ex-locataire de Bercy, en mars 2013. Le site d’information Mediapart avait révélé l’existence de ce compte, enregistrement à l’appui, ainsi que son transfert à Singapour en 2009, via des sociétés écrans établies au Panama et aux Seychelles. Jérôme Cahuzac avait d’abord nié en bloc posséder de tels placements, notamment devant l’Assemblée nationale, mais avait ensuite été contraint de quitter le gouvernement.

Le procès pour fraude fiscale et blanchiment de l’ancien ministre du Budget avait été ouvert en févier 2016, mais repoussé, suite à la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par la défense. Les avocats de Jérôme Cahuzac dénoncent depuis le début un acharnement contre leur client, mettant en avant sa volonté de régulariser sa situation aux yeux du fisc français. L’ancien ministre, qui comparaît aux côtés de son avocat, de son banquier suisse, et de son ex-femme a en effet déjà subi, avec cette dernière, un redressement fiscal de 2,3 millions d’euros. C’est cette « double peine » que les avocats de Jérôme Cahuzac avaient voulu contester avec la QPC.

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